‹ Les œuvres, augmentées d'un grand nombre de ses compositions nouvelles par ci-devant non imprimées (volume 2)Chapitre 23 sur 68 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mort de Jehan Marot. — Ses volontés dernières. — François I" accorde à Clément le casuel de son père. — Episode de Semblançay, le « riche infortuné ». — Marot se fait encore mettre en prison : le roi l'en sort. — Mort et « déploration » de Florimond Robertet. — De la coupe aux lèvres : Marot oublié sur les rôles des gages. — Difficultés à toucher un « acquit au comptant ». — Lettres du roi et de Marguerite à Montmorency. — Epître au cardinal de Lorraine et dizain au grand maître. — Marot inscrit enfin à l'état des officiers.

A fin de l'an i526 fut marquée par un événement qui aurait dû fournir à Marot le sujet de quelque belle pièce de vers. Ce fut en effet à la fin de cette année que la protectrice du poète, la douce Marguerite, la sœur bienaimée du roi, échangea son titre de duchesse d'Alençon contre celui de reine de Navarre. Les choses se passèrent selon toutes les règles du cérémonial usité en pareille circonstance. Le 26 décembre i526, les fiançailles furent célébrées à Saint-Germain-en-Laye, où se trouvait le roi et toute sa cour. Le contrat de mariage fut signé le 3 janvier 1627 et enfin le 3o la cérémonie religieuse eut lieu à Saint-Germain et fut suivie pendant huit jours de « joustes, tournois et gros triumphes » (i). Et la Muse de Marot, qui chantera plus tard les noces de Renée de Ferrare et de Magdelaine d'Ecosse, reste muette et silencieuse!

(i) Journal d'un Bourgeois, p. 3o2.

ii8 Vie de Clément Marot.

Ce n'étaient pourtant ni l'affection ni la reconnaissance qui faisaient défaut au cœur de Marot. En maintes circonstances il avait trouvé les accents les plus touchants pour exprimer à sa bienfaitrice des sentiments respectueux qui se rapprochaient de l'admiration. Si la Muse de Marot se tait, c'est qu'il se trouve sous le coup de la douleur la plus sensible et la plus poignante. Son père, dont il parle toujours en termes émus et pour lequel il professe, depuis son enfance, la plus affectueuse tendresse, son père touche à ses derniers moments.

La mort ne surprit point le vieux poète à l'improviste, il en ressentit les approches, il la vit venir lentement. Nous en recueillons le témoignage dans les vers mêmes de son fils, où il nous présente ce bon vieillard au moment des suprêmes recommandations :

Et me fouvient, quand la mort attendoit, Qu'il me difoit en me prenant la dextre...

(Épitre au Roy.)

Les derniers jours de Jehan Marot furent encore assez nombreux pour que le moribond pût s'entretenir à diverses reprises des pensées qui remplissaient son cœur pour l'avenir de ce fils bien-aimé. Il ne pouvait oublier que, durant toute sa vie, il avait souffert sans relâche de cette maladie trop connue des poètes et qu'ils appellent « faulte d'argent ». Il l'avait écrit bien souvent à ceux qui auraient pu le guérir, au trésorier Florimond Robertet par exemple :

Du mal que i'ay argent eft médecine...

Mais le remède n'était jamais venu, et le pauvre Jehan Marot allait trépasser avec cette maladie incurable qu'il aurait bien voulu ne pas laisser à son fils dans sa succession. C'est pour ce motif qu'au moment de mourir il se cramponnait à l'espérance de voir Clément lui succéder dans ses fonctions de valet de chambre et, après lui avoir rappelé ce qu'il y a de supérieur à toutes les autres carrières dans les nobles travaux du poète, il lui recommande d'aller, aussitôt après son trépas, trouver le roi pour le prier de lui conserver le casuel de son père.

Vie de Clément Marot. 119

Puisque nous voilà arrêtés devant cette maison que la mort a déjà frôlée de son aile, nous allons en franchir le seuil et assister à ces suprêmes entretiens du père et du fils. Grâce au soin pieux apporté par Marot à nous conserver le souvenir de son père, il nous sera donné d'entendre les dernières exhortations de celui qui avait formé la jeunesse de notre poète et qui, avec tant de joie, l'avait vu grandir en intelligence et en renommée. Le fils debout, au chevet du lit, tient dans ses mains cette main aimée qui commence à se glacer, et le père, d'une voix affaiblie, mais ferme encore, lui adresse ces paroles où se peignent toute son âme et toute sa reconnaissance :

Filz, puis que Dieu t'a faicl la grâce d'eftre

Vray héritier de mon peu de fçauoir,

Quiers en le bien qu'on m'en a faid auoir.

Tu cognois comme ufer en eft décent :

C'eft vn fçauoir tant pur & innocent

Qu'on n'en fçauroit à créature nuyre.

Par prefchements le peuple on peult feduyre;

Par marchander tromper on le peult bien;

Par plaiderie on peult manger fon bien;

Par médecine on peult Thomme tuer.

Mais ton bel art ne peult telz coups ruer...

Tu en pourras traduyre les volumes

ladis efcriptz par les diuines plumes

Des vieulx Latins, dont tant eft mention.

Après tu peulx de ton inuention

Faire quelcque œuure à iecler en lumière,

Dedans lequel, en la fueille première,

Doibs inuoquer le nom du Toutpuiflant;

Puis defcriras le bruyt refplendiflant

De quelcque roy ou prince dont le nom

Rendra ton oeuure immortel de renom.

Qui te fera, peut eftre, fi bon heur,

Que le prouffit fera ioind à l'honneur.

Doncq, pour ce faire, il fauldroit que tu prinfes

Le droiél chemin du feruice des princes,

Mefmes du Roy, qui chérit & praclique

Par fon hault fens ce noble art poétique.

Va doncq à luy, car ma fin eft prefente,

Et de ton faid quelcque œuure luy prefente.

Le fuppliant que, par fa grand doulceur,

120 Vie de Clément Marot.

De mon eftat te face fucceffeur.

Que pleures tu, puis que l'aage me preffe? Gefle ton pleur & va où ie t'adrefce... Ainfi difoit le bon vieillard mourant.

(Épistre au Roy.)

Toute la pensée de Jehan Marot rayonne dans ces vers, et c'est bien ainsi qu'il dut parler. Ces recommandations sont en quelque sorte le testament du poète, trop pauvre pour laisser à son fils autre chose que des conseils de sagesse. Nous verrons tout à l'heure comment Marot exécuta ces volontés.

Sans pouvoir indiquer une date précise, nous inclinons à penser que ces jours de douleur pour Clément Marot correspondent aux fêtes du mariage de Marguerite. Nous avons fait remarquer plus haut le silence du poète en ces circonstances, c'est dans son deuil qu'il faut en chercher l'explication. Marot, retenu auprès du lit d'un père tendrement aimé, à la veille de voir se rompre pour jamais des liens qui lui étaient particulièrement chers, ne se trouvait point en disposition de célébrer les joies de l'hyménée princière. Une pièce de vers inédite que nous publions au milieu des œuvres de Marot nous révèle d'autres motifs encore qui devaient ajouter à sa tristesse (i). Des détracteurs de Marot qui prennent texte du dénùment de son père pour se livrer contre lui aux excès de langage les plus injurieux nous initient aux angoisses que dut éprouver ce bon fils pour pouvoir assurer à l'auteur de ses jours une sépulture décente. Par eux nous savons que Jehan Marot mourut dans une misère si noire que

quand Mort le vint cueillir,

A peine auoit drap pour l'enfepuelir (2).

Environ le moment où Clément Marot achevait de rendre aux dépouilles de son père les devoirs dictés par la piété filiale, la cour, après un séjour de quelque temps,

(i) Voyez la pièce satirique : après, dans notre tome III, p. i32

Six Dames de Paris à Clément et suivantes.

Marot (Bibl. nat., mss. fr. 2335, (2) Ibidem. fol. 5i), que nous imprimons ci-

à Saint-Germain, se rendait à Compiègne pour y continuer les fêtes qui marquèrent l'union de Marguerite d'Angoulême avec Henri d'Albret. Ainsi, ce serait au commencement de 1527, vers le mois de février ou de mars, qu'il faudrait placer la mort de Jehan Marot (i).

Le fils avait de bonnes raisons pour se conformer fidèlement aux instructions toutes récentes de son père. Et aussitôt après lui avoir fermé les yeux, il s'adressa au roi, comme nous l'apprend l'épître dont nous venons de citer un long passage et dans laquelle, à une année de distance, il rappelle au monarque ses promesses antérieures

(i) Dans une brochure intitulée La Colombine et Clément Marot, un érudit qui se pique de perspicacité et qui ne manque pas de malice, M. Henri Harisse, a cru établir, contre toutes les preuves produites à l'appui de notre thèse, que Jehan Marot serait mort entre mars et mai ou juin 1526.

Cela fait déjà quatre mois sur lesquels le prudent érudit fait flotter la date du décès de Jehan Marot. Bonne précaution que de prendre ainsi du champ pour être plus sûr de ne point se tromper.

Pour nous, nous ne pouvons en aucune manière admettre que Jehan Marot soit mort dans un des cent vingt jours dans lesquels s'enferme M. Harisse. Celui-ci n'a tenu aucun compte des faits que nous avons rapportés et dont l'enchaînement ne laisse point debout son hypothèse. Il prend deux quittances et sur ces deux quittances il bâtit, au gré de son imagination, tout un système que repousse l'ordre historique et chronologique de la vie de notre poète. Notre récit nous paraît avoir fait justice de tous les

raisonnements et de toutes les déductions de M. Harisse. Mais, pour ne chercher d'argument contre lui que dans la date même qu'il propose, nous ferons remarquer que si, comme le suppose M. Harisse, Jehan Marot était mort dans les premiers mois de Tannée i526, les réclamations que son fils souleva pour être inscrit sur les rôles de la maison du roi aux lieu et place de son père à la fin de l'année 1527 auraient été produites par notre poète à la fin de l'année i526.

Mais notre poète n'éleva aucune prétention et il n'en avait aucune à élever, parce que son père, valet de chambre en titre, était encore en vie.

Au contraire, Marot réclame, à la fin de 1527, le droit de succéder à son père, tout juste parce que Jehan Marot était mort dans les premiers mois de cette année. Il y a là un argument décisif qui ruine dans leur principe les déductions de M. Harisse et il est surprenant qu'il ne s'en soit point aperçu tout le premier.

122 Vie de Clément Marot.

et le supplie de les faire exécuter, en dépit du mauvais vouloir des trésoriers. En même temps qu'il implorait le roi, Marot allait également solliciter sa bien-aimée protectrice, la bonne Marguerite, et la priait de le recommander à son frère. Nous sommes certains que Marguerite, avisée de la triste nouvelle, ne manquait pas de se rendre aux vœux exprimés par son ancien secrétaire et réclamait pour lui à François I" la survivance de la charge paternelle. Après sa première démarche auprès du roi, Marguerite, pouvant déjà compter sur la parole de son frère, ne perdait pas un moment pour assurer encore à son protégé la bienveillance du grand maître Anne de Montmorency, alors toutpuissant à la cour. Nous avons la preuve, dans une lettre que nous citerons plus loin, qu'elle écrivit à ce très puissant personnage au moment de se mettre en route pour ses nouveaux États de Béarn (i).

Marot, rassuré par l'intervention de ses protecteurs ordinaires, le roi et sa sœur, et fort ignorant des formalités administratives, ne se préoccupa point autrement, dans son indifférence pour les questions d'argent, de vérifier par lui-même s'il avait bien été porté sur les rôles de la maison du roi. Nous verrons tous les ennuis qu'il en coûta au poète pour s'être déchargé sur autrui du soin de régulariser sa situation.

Nous n'allons pas jusqu'à attribuer à cet oubli d'inscription du nom de Marot sur les états de la maison royale une portée plus considérable qu'il ne convient. Il est tels mystères financiers qu'il serait bien difficile de pénétrer à si grande distance. Mais nous trouvons au moins, dans ce fait, une indication, et l'on en pourrait inférer que l'ordre le plus parfait ne régnait point dans les comptes de l'État. Aussi bien à cette époque on peut constater un redoublement de sévérité à l'égard des gens de finances. Le peuple, qui les détestait pour leur opulence et qui les considérait un peu comme les auteurs de tous ses maux, applaudissait volontiers à ces rigueurs; il lui semblait qu'il dût en sortir un soulagement à ses misères. Le roi, pour lors très gêné, au moins autant par l'excès de ses

(ï) Bibl. nat., mss. 3o26, fol. i8.

Vie de Clément Marot. i23

dépenses personnelles que par la mauvaise gestion des deniers publics, ne fut pas fâché de s'en prendre à ses argentiers et de les effrayer par un exemple.

L'exemple, du reste, était bien choisi pour terrifier les auteurs de malversations, car il tombait sur un vieillard que ses longs services, que la faveur du maître, paraissaient devoir assurer contre une pareille catastrophe. Jacques de Beaune, seigneur de Semblançay en Touraine, avait servi trois rois : Charles VIII, Louis XII et François I«^ Ce dernier le traitait même avec une grande familiarité et se plaisait parfois à l'appeler son « compère ». (Charles IX, un jour, prodiguera les mêmes dénominations affectueuses à Coligny.)

D'autres se sont chargés d'écrire l'histoire du procès de Semblançay et de démêler les secrètes intrigues qui précipitèrent cette chute retentissante (i). Nous serions entraîné trop loin s'il nous fallait exposer les calculs intéressés de la reine-mère et discuter les raisons que purent avoir les juges de condamner Semblançay. Nous n'avons à parler ici que des faits qui frappaient le public, à dire comment cette émotion de la foule était ensuite ressentie par le poète et à expliquer comment il la traduisait enfin dans ses vers.

Dès l'année i522, Semblançay avait été mis en cause et accusé de détournements sur les sommes destinées aux armées d'Italie. Les choses traînèrent en longueur et il fut arrêté seulement le i3 janvier 1527. Il y avait en vérité détournements, mais par ordre et au profit de Louise de Savoie. Ainsi le trésorier avait affaire à trop forte partie pour s'en tirer indemne; il devait succomber et il succomba en effet. Le 9 août, il fut condamné « à estre privé de tous honneurs et estas..., à estre pendu et estranglé au gibet de Montfaulcon..., à la confiscation de tous ses biens meubles et héritages, sur lesquels seroit prinse la somme de trois cent mil livres », à titre de restitution au roi, « pour ses larrecins, malversations et abuz » (2). La foule commença dès lors à se préoccuper

(i) Pierre Clément, Trois dra- lier de Rohan. Paris, Didier, 1857. mes historiques : Enguerrand de (2) Journal d'un bourgeois de

Marigny, Semblançay^ le cheva- Paris, p. 3o5.

124 ^i^ de Clément Marot.

de l'événement qui lui promettait un de ces spectacles dramatiques dont elle fut de tout temps friande.

Semblançay présenta des lettres de cléricature et, sous ce prétexte, demanda à être renvoyé devant des juges ecclésiastiques. La cour, sans désemparer, examina le moyen proposé par le condamné, puis, l'ayant repoussé, décida que l'exécution aurait lieu le lundi suivant. C'est ainsi que Louise de Savoie, pour assouvir ses rancunes et satisfaire sa rapacité, privait successivement son fils de ses serviteurs, sinon les plus intègres, du moins les plus dévoués et les plus intelligents. Tour à tour folle d'amour et de cupidité, elle avait obligé déjà le connétable de Bourbon à chercher son salut dans la fuite, à la suite d'un procès où elle avait tout fait pour le dépouiller de son patrimoine. Maintenant, cette reine implacable se tournait sans pitié contre un malheureux vieillard.

Le lundi 12 août, la population parisienne était sur pied. Il y avait peut-être dans cet empressement plus de curiosité que de commisération, et le titre de financier n'était point pour provoquer les sympathies de la foule. Mais, depuis plusieurs jours, le bruit qui s'était fait autour du procès, le rang du condamné mettaient en émoi toute la ville, et les spectateurs avaient envahi les rues que devait parcourir le funèbre cortège. Le lieutenant criminel vint prendre Semblançay à la Bastille, où il était détenu. Le patient, vêtu d'une longue robe de couleur sombre, avec une s-aye en velours noir, se mit en marche, placé sur une mule, précédé et suivi d'un déploiement de force considérable : les sergents du Châtelet, le guet à cheval et à pied, les archers, arbalestriers et haquebutiers de Paris, rien n'y manquait. De la Bastille, on se rendit à la porte Baudets ou Baudoyer, puis au Châtelet. Lorsque le cortège passa devant le couvent des Filles-Dieu, les religieuses vinrent offrir, suivant l'usage, du pain et du vin et remirent entre les mains du patient une croix de bois peinte en rouge. Ce fut la dernière étape avant d'arriver à Montfaucon. A chacune de ces haltes, un héraut « faisait le cri », c'est-à-dire lisait à haute voix la sentence. Arrivé au lieu du supplice, le vieillard, espérant encore en la clémence royale, implora le lieutenant criminel de ne point pro-

Vie de Clément Marot. i25

céder tout de suite à l'exécution. On attendit en vain plusieurs heures; le porteur de la grâce royale ne vint point. Le lieutenant criminel Maillart annonça alors au condamné qu'il ne pouvait différer plus longtemps de remplir son office. Au moment de gravir l'échelle du gibet, Semblançay, se tournant vers l'assistance, déclara qu'il acceptait sa peine avec résignation et qu'il aurait mieux fait de moins obéir aux hommes et de s'appliquer davantage à servir Dieu. Après quoi le bourreau s'acquitta de sa besogne.

Clément Marot assistait certainement à cette exécution et peut-être il suivit pas à pas le vieux trésorier dans ce cruel pèlerinage. Non seulement il se sentit ému de compassion pour la victime, mais le souvenir des mauvais traitements par lui-même subis au Chàtelet fut en quelque sorte ravivé par la vue du lieutenant criminel Maillan. En se retrouvant face à face avec celui qui naguère lui avait fait si grand'peur dans les ténèbres de la prison, l'indignation prit Marot à la gorge et s'exhala dans la célèbre imprécation :

Lorfque Maillart, juge d'Enfer, menoit

A Montfaulcon, Semblançay l'âme rendre...

(Épigramme du lieutenant criminel et de Semblançay.)

Marot se vengeait en poète. Mais il faut croire aussi

que l'homme s'était senti profondément ému en voyant ce vieillard jeté au bourreau par un caprice du maître, car Marot ne composa pas seulement l'épigramme contre Maillart. Trois jours après l'exécution, on trouvait sur le pont aux Meuniers ces vers où l'auteur, avec un attendrissement abandonné, déplore le sort de l'infortuné qui, après avoir été au pinacle des honneurs, est traité comme le dernier des criminels :

En fon gyron iadis me novuriflbit,

Doulce Fortune, & tant me cheriflbit,

Qu'à plain fouhait me faifoit deliurance

Des haulx honneurs & grands trefors de France...

(Élégie du Riche infortuné laques de Beaune, seigneur de Semblançay. j

126 Vie de Clément Marot.

Cette pièce, qui fut aussitôt imprimée en caractères gothiques et distribuée à profusion dans les rues, parut alors sans nom d'auteur. Elle était de Clément Marot. Par un motif de prudence, le poète ne publia l'épigramme contre Maillart que dans une édition de i538; l'élégie du Riche infortuné avait été imprimée trois ans plus tôt sous son nom, en 1 535, alors qu'il était en exil. Nous devons faire observer que si, dans cette pièce, se glissent quelques notes attendries, le ton général est plutôt celui d'une indifférence calculée qui, doctoralement, déplore l'instabilité des choses humaines. Il ne falloit point déchaîner contre soi la terrible Louise de Savoie. Marot le savait, et le Normand retint le Gascon sur la pente. Ces vers, du reste, ne prirent rang à côté des autres œuvres du poète qu'après la mort de la vindicative princesse, comme on le voit par les dates rappelées ci-dessus.

Nous ne savons si, dès cette époque, Marot nourrissait le projet de publier l'édition de Villon qu'il fit paraître six ans plus tard, mais nous affirmons que déjà il faisait sa lecture assidue du poète « mauvais garçon », et les vers de Marot offrent une réminiscence, sinon une imitation de son devancier. Voici la peinture qu'il nous fait de Semblançay suspendu au gibet :

le qui auois ferme entente & attente

D'eftre en fepulchre honorable eftendu,

Suis tout debout à Montfaulcon pendu,

Là où le vent, quand eft fort & nuyfible,

Mon corps agite, & quand il eft paifible

Barbe & cheueulx tous blans me fai<5l branfler

Ne plus ne moings que feuilles d'arbre en l'air.

Mes yeulx, iadis vigilans de nature,

De vieulx corbeaux font devenuz pafture;

Mon col, qui eut l'accol de cheualier,

Eft accolé de trop mortel collier;

Mon corps, iadis bien logé, bien veftu,

Eft à prefent de la grelle batu,

Laué de pluye & du foleil feiché,

Au plus vil lieu qui puiffe eftre cherché.

A tort, Marot tente de redire ce que Villon avait dit mieux que lui, ce que personne ne pourra dire mieux.

Vie de Clément Marot. 127

Comparez plutôt aux vers de Marot l'épitaphe que Villon prépara pour lui-même et pour ses compagnons menacés de la corde :

La pluye nous a debuez & lauez

Et le foleil deffechez & noirciz.

Pies, corbeaulx, nous ont les yeulx creuez

Et arrachez la barbe & les fourcilz :

lamais nul temps nous ne fommes raflls;

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A fon plaifir fans cefle nous charrie.

Plus becquetez d'oyfeaulx que dez à couldre... (i).

La supériorité de Villon est incontestable. Mais de ce rapprochement nous tirons une indication précieuse sur les tendances et les études de notre poète. Il est certain que le génie de Villon a beaucoup contribué à former le talent de Marot. Si le poète officiel de François I" n'a point cette âpre saveur de pensée, cette crudité d'expression qui impriment un cachet tout particulier à l'œuvre de l'écolier vagabond, on sent pourtant chez Marot, quoique à un degré moindre, cet esprit plein de charmes et de surprises que les autres peuples ont souvent envié à la nation française.

Nous n'ajouterons qu'un détail qui servira comme d'épilogue à cette histoire tragique. Après avoir été attaché pendant quelques jours au gibet de Montfaulcon, le corps de Semblançay en fut enlevé nuitamment par des mains pieuses pour être inhumé en terre sainte. Le chancelier du Prat, qui était son ennemi déclaré, exprima l'avis que les coupables devaient être punis et « le corps desenterré pour estre rapporté là où il avoit esté pris » (2). Cette proposition ne fut pas suivie d'efTet (3).

Nous ne saurions trop dire quel mobile avait poussé Marot à écrire son élégie sur le supplice de Semblançay;

^i) Villon, Poésies diverses : (2) P. Clément, Trois procès

l'Épitaphe en forme de Ballade historiques, p. 207.

que feit Villon pour luy et ses (3) La mort de Semblançay

compaignons, s'attendant estre provoqua chez M"" de Clermont-

pendu avec eulx. Tallard, qui avait une langue

128 Vie de Clément Marot.

il ne pouvait en tirer profit auprès des gens de finances, puisqu'il ne s'en reconnut l'auteur que fort longtemps après et lorsque les collègues de Semblançay avaient dû oublier ce que le poète avait fait pour un des leurs. Probablement Marot céda à un de ces accès de sensibilité désintéressée qui, en maintes circonstances, lui firent épouser la cause de l'opprimé sans qu'il calculât toujours jusqu'où pouvait l'entraîner son ardeur.

Cette disposition à prendre fait et cause pour ceux qu'il considérait comme les victimes de la force lui attira une méchante affaire à la fin de cette même année 1627. C'était vers le milieu d'octobre.

Un jour qu'il flânait devant la porte du Palais, il aperçut un homme qui se débattait entre les mains du sergent du guet. Sans en savoir plus long et cédant à son entraînement ordinaire, Marot se jette à plein dans la bagarre, tombe sur le guet et délivre ou à peu près le prisonnier. A quelques jours de là, trois grands « pendards », comme il les nommé, car il était dénué de respect pour les gens de justice, l'abordaient devant le Palais, lui rappelaient sa malencontreuse intervention et lui exhibaient

vn parchemin efcript

terrible, une de ces incartades lesquelles reprenaient bien vite

dont elle était coutumière. A la le dessus. Et si l'on avait eu une

nouvelle du supplice, les autres larme pour le mort, on compo-

demoiselles d'honneur, la voyant sait à l'intention des survivants

fondre en larmes, s'empressèrent une complainte menaçante dont

autour d'elle lui demandant ce le refrain devait résonner à leurs

qu'elle avait : « Hélas! leur dit- oreilles comme un glas :

elle, le roy^me vient d'appeller „ ., . ui 1 «, „«.:f,

' ■' f^^ Tremblez, tremblez, larrons gros ixpetitz,

ast' heure par trois ou quatre Retirez vous gens trop fins «S; fubtilz,

fois sa fille, j'ay grand peur qu'il Abfentez vous bientôt & prenez terre

ne m'en face faire autant qu'à Gens de finances & treforiers gentilz

Qui d attraper eues tant ententirz.

M. de Semblançay qu il appeloit gur vous furviegne tempefle & tonoire,

tantôt son père » (Brantôme, Le Craignez la cour qui vous donra la guerre.

erand roy Françoys, t. III, p. 911. Bien afprement quante i'y ay pansé,

,. , «^ - r • Souviengne VOUS de la mort Semblançay.

Tandis que la gaite française ^ . , ^ . , ,

... j . , , (Chronique du roy rrançots I, p. 444.)

maintenait ainsi ses droits a la '

cour, l'attendrissement populaire II y a ainsi sept strophes d'im-

qui s'était manifesté le jour du précations contre les gens de fi-

supplice cédait le pas aux vieilles nances à la fin desquelles revient

rancunes contre les trésoriers, le même refrain.

Vie de Clément Marot. 129

Où n'y auoit feul mot de lefu Ghrift : Il ne parloit tout que de plaiderie, De confeillers et d'emprifonnerie.

(Marot prisonnier escrit au Roy pour sa deliurance.)

Marot protesta de toutes ses forces, mais la résistance était inutile, il fallut céder, car, ajoute le poète.

Pour faire court ie ne fceu tant prefcher Que ces paillards me voulfiffent lafcher. Sur mes deux bras ilz ont la main pofée Et m'ont mené ainfi qu'vne efpoufée, Non pas ainfi, mais plus royde vn petit.

On conduisit notre rebelle aux agents de l'autorité tout droit à la Conciergerie; le titre même de la pièce nous donne cette indication. Par trop de vivacité, Marot s'était mis dans un mauvais cas. Pour en sortir, il essaya d'abord de corrompre son juge par la gourmandise. Le juge ne refusa point les cadeaux qu'on lui envoyait, mais il laissa son prisonnier sous les verrous :

Il a bien prins de moy vne becafle, Vne perdrix & vn leurault aufli, Et touteffoyz ie fuyz encor icy.

Alors, dans sa détresse, Marot se souvint qu'il était valet de chambre du roi; il y avait peut-être déjà pensé, mais il lui déplaisait d'avoir à faire tout de suite un semblable usage de son nouveau titre; c'est là l'explication du séjour un peu prolongé qu'il se résigna à faire dans sa nouvelle prison. Enfin, au bout de seize jours, trouvant que son juge avait la digestion trop lente, il se décida à tout avouer au roi et à se faire réclamer par lui :

Roy des François, plein de toutes bontez, Quinze iours a, ie les ai bien comptez, Et dès demain feront iuflement feize, Que ie fu faiél confrère au diocefe De Saind-Marry, en l'eglife Saind-Pris...

Son désir de sortir de prison lui inspira une pièce remj- 9

i3o Vie de Clément Marot.

plie de ces traits ingénieux qui portent la marque de son talent. Après avoir supplié le roi de lui venir en aide, il termine par cette saillie :

Et m'excufez fi, pour le mien affaire, le ne fuy poind: vers vous allé parler : le n'ay pas eu le loifir d'y aller.

Le roi intervint en faveur de son valet de chambre; c'est la qualification qu'il lui donne dans la lettre de recommandation qu'il adressa en sa faveur au parlement :

Du lundy 4 novembre 1527. Prefens M^e Loys Picot, cheualier, premier prefident, Mre François de Marcilhac, fécond prefident, Benoift Larcher & Cleriadus de la Rozière, confeillers. Ce iour, par le s"" Caftillon, ont efté présentées à la cour les lettres miffives du roy, defquelles la teneur f'enfuit :

« De par le roy. Nos amés & féaux, nous auons efté aduertis de l'emprifonnement de noftre cher & bien amé valet de chambre ordinaire Clément Marot & duement informé de la caufe dudit emprifonnement, qui eft pour raifon de la refcouffe de certain prifonnier. Et pour ce qu'il a fatiffait à fa partie & qu'il n'eft détenu que pour noftre droit, à cette fin nous voulons, nous mandons & très expreftement enjoignons que, toutes excufes ceffantes, ayes à le deliurer & mettre hors defdites prifons. Si n'y faites faute, car tel est noftre plaifir. Donné à Paris, le i^ iour de novembre.

« Signé : François.

« Et au-dessous : Robertet.

« Et au dos et superscription : A nos amés et féaux les généraux confeillers fur le fait de la juftice de nos aydes à Paris. »

Apres la ledure defquelles la cour a fait refponfe audit Caftillon que, ouïe la partie & les gens du roy, elle obeiroit au vouloir & bon plaifir du roy, & à tant s'eft retiré ledit de Caftillon & luy retiré commis & députés Mres Benoift Larcher & Cleriadus de la Rozière, confeiller dudit feigneur, pour interroger ledit Marot, pour en faire leur rapport le lendemain.

Du mardy 5 novembre 1527. La cour, après auoir veu les charges & informations à l'encontre dudit Marot, les interrogatoires & confeflions, les conclufions du procureur gênerai du roy & ouïe la partie civile, a eflargi par tout quoufque ledit

Vie de Clément Marot. i3i

Marot en faifant les foumiflions & f'elifant domicile en la manière accoutumée (i).

Nous avons transcrit cette pièce sans y rien changer; mais, pour rétablir les faits dans l'ordre chronologique, nous ferons remarquer que la lettre du roi est du i^"^ novembre. Or, ainsi que Marot en a fait le décompte dans les vers cités plus haut, il y avait seize jours qu'il était enfermé à la Conciergerie lorsqu'il prit le parti d'écrire au roi. En supposant que François I*"" se soit occupé sans retard de son valet de chambre, c'est vers le 14 ou peut-être le i3 octobre qu'il faudrait placer le jour de l'incarcération. Les magistrats mirent encore assez de promptitude à instruire sa cause. Ce fut un vendredi que le roi écrivit à la Cour des Aides. Le port des dépêches ne se faisait point aussi rapidement que de nos jours; il est donc naturel que les lettres du roi ne soient arrivées que le dimanche. Dès le lundi, le tribunal se réunissait et le mardi Marot fut rendu à la liberté.

Nous aurions voulu connaître le nom de ce prisonnier auquel Marot s'intéressait si vivement et pour quelle cause il était conduit en prison. Nous n'avons pu découvrir sur cette affaire d'autres détails que ceux qui nous sont fournis par l'épître de Marot et par le registre de la Cour des Aides. De ce document, nous voulons pourtant retenir encore un point : il établit qu'à cette époque Marot était « valet de chambre ordinaire du roi ». Ce titre lui est donné par le monarque lui-même, et c'est bien avant par conséquent qu'il faut chercher la date de la mort du père de Marot.

Notre poète venait à peine de sortir de prison quand, le 29 novembre, décéda, dans le Palais même, le trésorier Florimond Robertet, qui avait été secrétaire d'État sous quatre rois. Ce personnage avait conquis une grande situation par les talents qu'il avait déployés dans les charges dont il avait été investi et, chose plus remar-

(i) Archives nationales, Zi' 162: Aides de Paris, commençant en Registre secret de la Cour des i5i5 et finissant en i553.

quable, dans ses délicates fonctions il avait fait preuve d'une probité restée au-dessus de tout soupçon (i).

François P"" fut très sensible à la perte de ce fidèle serviteur. Informé de la gravité de son mal, il s'était porté auprès de lui et lui avait rendu cette visite suprême qui est pour qui la reçoit tout à la fois un grand honneur et un mauvais présage. On fit à Robertet de pompeuses funérailles. Son convoi chemina à travers une partie delà France pour se rendre de Paris à Blois. Marot nous décrit cette triomphale marche funèbre dans une longue complainte ou « chanson mortelle » qu'il consacra au trésorier défunt :

De leurs maifons partirent feculiers, Hors des conuents fortirent réguliers, lufticiers laifferent leurs pratiques, Gens de labeur ferrèrent leurs boutiques, Dames aussi, tant fuffent bien polyes, Pour ce iour là ne fe feirent iolyes; Toutes & tous, des grandz iufque aux menuz, Loing au deuant de ce corps font venuz... Ses cloches doncq chafcune efglife ef branle, Sans carrillon, mais toutes à grand branfle.

(Défloration de Messire Florimond Robertet.)

C'est ainsi que le corps de Robertet fut reçu dans tous les villages qu'il traversait et mené avec le même cérémonial jusqu'à sa destination,

Dedans l'efglife au bon fainét Honoré,

à Blois, où le service fut célébré avec tout l'éclat qui convenait pour dignement louanger la mémoire d'un si grand personnage.

Clément Marot avait ses raisons pour ainsi se mettre en

(i) On conte à ce sujet l'anec- tet, qui écrivait à une table voi-

dote suivante. Un jour Louis XII sine, se tourna vers le roi et,

exprimait assez vivement sa mau- levant vers lui sa plume : fors

vaise humeur contre ses secré- une, dit-il. Ces deux mots eurent

taires-trcsoriers qu'il accusait de un succès tel qu'ils restèrent à

concussion et, par allusion à Robertet comme devise pour ses

l'instrument qui, dans sa pensée, armes, lesquelles étaient de

servait à leurs malversations, il gueules à bande d'or au vol de

termina en disant que « toutes sable, les plumes volaient ». — Rober-

Vie de Clément Marot. i33

frais de poésie et, dans cette occurrence, il ne plaçait point ses rimes à fonds perdu. Robertet laissait deux fils, François et Claude, qui devaient succéder aux charges de leur père. C'étaient deux protecteurs qu'il était bon de se ménager. Avec cette sagacité des faibles qui toujours quêtent l'appui des forts, Marot avait compris que, dans ses fonctions de valet de chambre, il pourrait survenir tel contretemps où il serait aise de trouver des amis puissants. Pour gagner les bonnes grâces des fils, il fit au père une magnifique oraison funèbre. Bien lui en prit du reste puisque, dès l'année suivante, Marot eut besoin de Claude Robertet, secrétaire et notaire du roi, pour obtenir le règlement de sa pension (i).

Avant de laisser cette Déploration^ nous tenons à faire remarquer que Marot ne perdait aucune occasion de continuer la guerre d'escarmouche qu'il menait contre l'Église ou plutôt contre ses abus. C'est ainsi que, devant le char funèbre de Robertet, il place un personnage allégorique facile à reconnaître au portrait qu'il en trace :

Deuant lequel cheminoit une fée, Frefche, en bon poinét & noblement coiffée, Sur tefte rafe ayant triple couroi;ine Que mainte perle & rubys enuironne.

Sa robe eftoit d'un blanc & fin famys Où elle auoit en pourtraidure mys Par traid de temps, vn million de chofes. Comme chafteaux, palays & villes clofes. Villages, tours & temples & conventz.

Terres & mers & voiles à tous ventz.

Artillerie, armes, hommes armez.

Chiens & oifeaux, plaines & bois ramez, Le tout brodé de fine foye exquise, Par main d'aultruy torfe, tainde & acquife ; Et pour devife au bord de la befongne Eftoit efcript : Le feu à qui en grongne. Ce neantmoins, fa robe elle muffoit Soubz vn manteau qui humble paroiflbit, Où plufieurs draps diuers furent compris. De noir, de blanc, d'enfumé & de gris. Signifiant de fectes vn grand nombre

(i) Voyez notre tome III, p. 99 et 100, en note.

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Qui, fans trauail, viuent deffoubz fon umbre. Gefte grand'Dame eft nommée Rommaine.

Point n'était besoin de mettre un nom sous l'image, c'est l'Église catholique.

Évidemment Marot, sans parler de son indépendance naturelle qui le poussait à secouer tous les jougs, gardait rancune à la Sorbonne de sa détention récente au Châtelet. Chaque jour, presque, il voyait s'allumer de nouveaux bûchers dans Paris et il ne comprenait que trop où on avait essayé de le conduire. D'où sa colère, mitigée de prudence et se voilant sous l'allégorie.

Bientôt même, emporté par son sujet, il devient plus âpre quand il se hasarde à comparer le convoi du riche, tel celui de Robertet, au convoi du pauvre hère qu'on porte en terre avec beaucoup moins d'égards :

Mefles fans nombre & force anniverfaires,

C'eft belle chofe & la façon l'en prife,

Si font les chants, cloches & luminaires;

Mais le mal eft en l'auare prebftrise :

Car fi tu n'as vaillant que ta chemife,

Tien toy certain qu'après le tien trefpas

Il n'y aura ne convent ne efglife

Qui pour toy fonne ou chante ou face un pas.

Songez qu'un an à peine s'est écoulé depuis la mort de Jehan Marot qui ne laissait même pas « un drap pour l'ensevelir ». Le fils a encore le cœur ulcéré des rebuffades qu'il dut essuyer de la part des gens d'église lorsqu'il alla quémander à « l'avare prebftrife » des funérailles décentes pour le pauvre et cher défunt...

Marot avait été bien inspiré en tentant de se rendre favorables les fils de Florimond Robertet. On eût dit qu'il pressentait les difficultés pécuniaires qui allaient l'assaillir. La fin de l'année approchait; c'était l'époque où se réglaient les gages des officiers de la maison du roi, et, en sa qualité de valet de chambre ordinaire, ayant succédé en l'état de son père, il voyait arriver ce moment avec délices comme devant lui apporter un adoucissement passager aux privations qui faisaient le fond de son existence.

Quel ne fut pas son désappointement lorsqu'on lui apprit

Vie de Clément Marot. i35

qu'il ne figurait pas sur les rôles et que, par conséquent, on n'avait rien à lui payer. Le coup dut être terrible. Mais on ne revenait point sur les chiffres calculés par les trésoriers. Ces derniers étaient gens à entendre d'autant moins raison que leurs combinaisons personnelles entraient souvent pour beaucoup dans la façon dont ils arrêtaient leurs comptes. Il fallait trouver un biais pour sortir de cette fâcheuse situation.

Si le roi ne pouvait modifier les états dressés par les trésoriers, tout au moins tenait-il d'autre façon la clef de la caisse. Et il lui était toujours loisible de recourir à certains expédients que les courtisans connaissaient bien et Marot tout comme les autres; Clément alla donc droit au roi et lui exposa son embarras.

Dans une épître où il se surpasse en malice et en câlinerie, il rappelle les promesses qu'il a reçues à la mort de son père et réclame leur exécution avec une bonhomie non dépourvue d'une certaine fermeté :

Il vous a pieu, Syre, de pleine grâce, Bien commander qu'on me mift en la place Du père mien, voftre ferf humble, mort.

(Épistre au Roy.)

En effet, le père était inscrit sur les états et la formalité à remplir par le trésorier de l'épargne était des plus simples. Marot la connaît et l'indique :

Il ne falloit, Syre, tant feulement Qu'efTacer Jehan & efcripre Clément.

Par malheur, le poète a compté sur la parole du roi et le roi sur l'exactitude de ses officiers des finances. De sorte que rien n'a été fait en temps utile. Et Marot explique cette négligence avec une bonne grâce bien faite pour toucher son auguste correspondant; la faute en est, dit-il, à la malchance qui s'acharne après sa personne :

Car la fortune où luy plaifl rit & mord : Mors elle m'-a & ne m'a voulu rire, Ne mon nom faire en voz papiers efcripre. L'eftat eft faicl, les perfonnes rengées. Le parc eft clos & les brebis logées,

i36 Vie de Clément Marot.

Toutes, fors moy, le moindre du trouppeau Qui n'a toyfon ne laine sur la peau.

Il serait trop long de rechercher pour quels motifs les officiers préposés aux finances royales ont trouvé à propos de commettre cette omission. Aussi le poète, sans se soucier davantage de ces détournements qu'il soupçonne peut-être, ne veut rien entendre à autre chose qu'à la parole du roi et affirme avec une énergie sans égale qu'elle doit être respectée comme article de foi :

l'ay ferme confiance Que votre dire eft vn diuin oracle.

Maître Clément avait raison : la parole du roi ne pouvait rester en souffrance. Cependant, après cette épître, comme il n'obtenait point satisfaction immédiate, Marot pensa qu'il fallait insister auprès du maître et, quittant la note quelque peu mélancolique qu'il venait de faire entendre, il adressa au roi l'épigramme suivante, de tour plus leste et d'allure plus dégagée. Le vers court, saccadé, et semble s'impatienter de toutes ces lenteurs :

Plaife au roy noftre Syre De commander & dire Qu'vn bel acquid on baille A Marot qui n'a maille :

Lequel acquid dira (Au moins on y lira), Telle ou femblable chofe.

Mais ce fera en profe :

« Treforier, on entend Que vous payez content Marot, n'y faillez pas, Dès le iour du trefpas De Jehan Marot fon père. »

Ainfi, Syre, i'espere Qu'au moyen d'vn acquiél, Cil qui paoure naquit Riche se trouuera Tant qu'argent durera.

(Au Roy, pour commander un acquict.)

La persévérance de Marot, mêlée à tant de gentillesse, ne pouvait manquer d'avoir gain de cause. Le roi finit par

Vie de Clément iMarot. iSy

ouvrir l'oreille à la requête de son poète. Il donna ordre qu'on délivrât à Marot un acquit au comptant pour une somme égale aux gages qui auraient dû lui être payés. C'était la seule manière d'en sortir. Les acquits au comptant étaient des sortes de bons payables à vue, sans que la Chambre des comptes eût à connaître le motif de la dépense. Le chancelier faisait préparer le parchemin, le roi mettait en marge son approbation et sa signature et l'acquit devait être payé au porteur sans qu'il eût même à donner reçu de la somme comptée.

Le chancelier était alors Duprat, qui venait d'être nommé cardinal; Marot se rendit auprès de lui et lui fit part des intentions du roi à son égard; mais comme les paroles volent, tandis que les écrits demeurent, après sa requête verbale, il lui adressa une épître en vers où il se compare d'abord à une brebis égarée loin du parc, que le pasteur n'a point fait rentrer, et qui se trouve ainsi exposée à passer la nuit à la belle étoile :

Si vn pafteur qui a fermé fon parc

Trouue de nuycl, loing cinq ou fix traids d'arc,

Vne brebis des fiennes efgarée.

Tant qu'il foit iour & la nuycl feparée.

En quelcque lieu la doibt loger & paiftre.

Ainfi a faicl noftre bon Roy & maiftre,

Me voyant loing de l'eftat ià fermé,

lufques au iour qu'il fera deffermé.

Ce temps pendant a pafturer m'ordonne

Et pour trouuer plus d'herbe franche & bonne,

M'a adreffé au Pré mieulx fleuriflant

De fon royaulme ample, large & puiffant.

(Au chancellier du Prat, nouuellement cardinal.)

Nous n'avons point à faire ressortir les mérites de ce jeu de mot qui n'avait certainement d'autre objet dans la pensée du poète que de mettre le cardinal en belle humeur et de le bien disposer. Mais ces vers ont pour nous un autre côté fort intéressant, c'est de bien préciser la situation exacte de Marot. Ce qu'il a demandé au roi, c'est l'équivalent de ses gages. Le roi l'a adressé à son chancelier pour remplir les formalités d'usage qui consistent tout

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simplement pour le chancelier à apposer le sceau royal sur Facquit :

Car fi fcellez mon acquit ie fuy riche. Raifon me dit, puifque le Roy l'entend, Que le ferez.

Marot épuise toutes les blandices poétiques pour hâter la décision de Duprat. L'avènement des souverains est d'ordinaire une occasion de rendre la liberté à de pauvres prisonniers. Sur cette donnée, le poète tourne un fort joli compliment au chancelier récemment fait cardinal, en le comparante un souverain qui va user de la plus belle des prérogatives royales :

Ainsi i'efpere & croy certainement Qu'à ce beau rouge & digne aduenement, Vous me mettrez, fans différence aulcune. Hors des prifons de faulte de pecune.

L'épître se termine par une facétieuse série de rimes riches et de calembours accumulés sur le scel et la façon de sceller. Le chancelier Duprat devait être un admirateur des dislocations de Guillaume Crétin et Marot ne l'ignorait point.

Nous avons lieu de croire que le cardinal se prêta de bonne grâce aux désirs de Marot et lui délivra assez vite l'acquit au comptant dont le poète avait tant besoin; mais si les choses paraissent avoir marché rondement du côté du cardinal, il n'en alla peut-être pas tout à fait de même de la part de certains employés secondaires qui tenaient à donner la mesure de leur importance par les difficultés qu'ils suscitaient. Marot, en effet, une fois en possession du parchemin, bien et duement scellé, croyait toucher au port. Toutefois, notre poète, sachant parfaitement qu'il avait encore affaire au trésorier de l'épargne, gardien des espèces, et pensant, par un surcroît de prudence, que le mieux était de le traiter avec toutes sortes d'égards, lui adressa un dizain, par manière d'introduction; c'était une précaution qui semblait de nature à aplanir les derniers obstacles :

Va toft, dixain, folliciter la fomme, l'en ay befoin.

(A Monsieur Preud'homme, thresorier de l'Espargne.)

Vie de Clément Marot. i3g

Mais on eût dit que, dans cette affaire, le guignon poursuivait l'infortuné Clément. Le trésorier Guillaume Prudhomme fit (à ce qu'il paraîtrait) des difficultés pour payer sur l'acquit, et voilà Marot obligé de revenir au cardinal, auquel il se plaint amèrement

Du threforier qui ne veult croire en cire, En bon acquiél, en exprès mandement, En Robertet, n'en François, noftre Syre.

(Pour se plaindre du thrésorier Preudhomme faisant difficulté d'obeyr à l'acquit despesché.)

Si tout cela ne suffit pas pour rendre son acquit valable, Marot ne voit plus ce qu'il peut y avoir à faire :

Fors peindre Dieu à mon acquidt fufdit.

Nous ignorons exactement la fin de l'histoire, mais puisque Marot cessa de se plaindre, il est probable que le chancelier intervint, que les difficultés administratives furent par lui levées et que Clément put enfin toucher son argent et sortir « hors des prisons de faulte de pecune ».

Tous ces ennuis, toutes ces démarches étaient une leçon pour Marot, un avertissementpour l'avenir. Aussi, en même temps qu'il se donnait tout ce mal pour se faire payer son acquit, prenait-il ses précautions pour que pareil désagrément ne lui arrivât point l'année suivante. Voici la lettre que François I^"", sur sa demande, adressait au grand maître du royaume, Anne de Montmorency :

A mon coufin le grant mayftre, Mon cousin, pour ce que Clément Marot, lung de mes varlets de chambre, fut oublyé en l'eftat de l'année palTée, ie vous ay bien voulu efcrire en fa faueur à ce que ne le veuillez oublyer en celluy de la prefente, vous aduifant que ie veulx & entendz qu'il y soit mis aux gaiges contenus en fon acquid: de l'année pafTée, à quoy ie vous prye ny faire faulte. Efcript à Saincl-Germain-en-Laye, ce xxve iour de mars.

Françoys.

Et plus bas : Robertet (i).

Cela ne suffisait point à Marot. Il alla relancer Mar-

(i) Bibl. nat., ms. fr. 3oi2, fol. 47.

140 Vie de Clément Marot.

guérite d'Angoulême, sa protectrice attitrée; il connaissait son influence et il fit tant et si bien qu'elle écrivit le même jour :

A mon nepveu monfieur le grant maiftre, Mon nepveu, auant mon parlement de Compiegne pour aller en Beart, ie vous priay de ne vouloir oblyer Marot aux prochains eftatz, & pour ce que la fouuenance depuis ce temps vous en pourroit eftre paflee, vous l'ay bien voulu ramenteuoyr; vous priant de rechef, mon nepueu, de medre hors d'eftre plus payé par acquitz & fuiuant l'intention du roy le meélre en l'eftat de celle présente année. Ce faisant, me ferez bien grand plaifir, eftimant que l'aurez traidé comme lung des miens. Priant Dieu, mon nepueu, vous donner & continuer fa grâce. Efcript de Saind-Germain-en-Laye, ce xxve iour de mars. Voftre bonne tante et amye.

Marguerite (i).

Voilà donc Marot avec le roi et sa sœur dans ses intérêts. Mais il faut croire que notre poète redoutait du côté du grand maître une forte résistance puisqu'il croyait devoir mettre en plus dans son jeu le cardinal de Lorraine. Jean, frère d'Antoine, duc de Lorraine, et de Claude, duc de Guise, était tout-puissant à la cour. Il avait l'oreille du roi. En courtisan qui sait son métier, Marot se rendait parfaitement compte que Montmorency, qui aspirait à l'épée de connétable, n'ignorait pas de quel poids était auprès du roi la recommandation du reverendissime prélat. Le grand maître n'avait rien à lui refuser. Marot adressa donc une épître au cardinal pour le prier d'intercéder auprès de Montmorency. Il est très préoccupé, dit-il, du sort de la requête qu'il a présentée, mais il y a un moyen certain de le tirer d'inquiétude :

l'entend pourueu que monfieur le grant maiftre Veuillez prier vouloir souuenant eftre De mon affaire à ces nouueaulx eftats.

(Épistre au Reverendissime Cardinal de Lorraine.)

Ce succès ne fait pas de doute si le cardinal veut bien élever la voix en sa faveur :

vne seule parolle

De vous me peut faire coucher au rolle.

(i) Bibl. nat., ms. fr. 3o26, fol. 18.

Vie de Clément xMarot. 141

Il semblerait qu'après avoir ainsi dressé ses batteries, qu'après avoir circonvenu le grand maître de toutes parts, Marot dût être sûr du succès. Mais il n'en allait point ainsi avec le futur connétable; c'était un terrible homme que l'on n'amenait pas facilement au point où Ton voulait, et aucun expédient n'était de trop pour vaincre son obstination quand il s'était mis, ou plutôt quand il ne s'était point mis quelque chose dans la tête. Il avait sans doute des préventions contre Marot, parce que celui-ci passait déjà pour infecté de protestantisme, et Montmorency était dévoué à l'orthodoxie jusqu'à la violence. Marot pensa que, pour l'amadouer, il ne devait négliger aucun moyen. Mais, avec l'humeur de reître que l'on connaissait à Montmorency, il jugea avec raison qu'un simple dizain ferait mieux l'affaire que de longues tirades; il façonna donc dix vers où il exposait militairement les choses, allant droit au but. Il débute par dire sa situation fâcheuse :

Quand par acquidz les gaiges on afligne On eft d'ennuy tout malade & fafché, Mais à ce mal ne fault grand médecine.

Et pour ne pas même donner au grand maître la peine de chercher quelle est cette médecine, il s'empresse de la lui indiquer :

Tant feulement fault eftre bien couché, Non pas en lid n'en linge bien feché, Mais en l'eftat du noble roy chreftien.

(A Monsieur le Grand Maistre, pour estre mis en l'estat.j

Marot fut vraisemblablement couché sur les états de la maison du roi pour l'année 1 527-1 528. Malheureusement, il ne nous a pas été permis de vérifier le fait, et nous sommes obligé de nous en tenir aux conjectures. Par une fatalité déplorable, le registre de cette année n'existe pas dans la série des Archives; ce n'est qu'à l'année suivante que nous avons pu constater l'inscription de Marot. Voici la mention consignée par le registre qui porte pour titre :

Coppie du roolle & eftat des officiers de l'hoftel du roy pour

142 Vie de Clément Marot.

l'année commençant le premier iour de ianuier mil cinq cent vingt huid & finiffant le dernier iour de décembre mil cinq cent vingt neuf, lequel eft cy tranfcrit en la manière accouftumée & comme les comptes précédents & duquel eftat ou roolle la teneur enfuyd :

« Folio XII. Aultres varletz de chambre :

« Clément Marot, deux cents livres. »

Après cette mention, qui sert à établir les droits de Marot aux gages qui lui sont assignés, nous trouvons plus loin cet autre paragraphe qui indique que la somme a été bien et duement comptée :

« A Clément Marot, aufly vallet de chambre ordinaire du roy noftredidl sire, la fomme de deux cents liures tournoys de luy femblablement par icelluy sire & son did eltat ordonnée pour fes dids gaiges & eftat de vallet de chambre ordinaire d'icelluy feigneur de la dide année, "dont ce prefent compte fait mention, icelle fomme à luy par ce did prefent commis payé par vertu dudid eftat, komme appert par fa quittance fignée à la requefte de maiftre Antoine Macault, notaire & fecretaire du roy, le vingt vngiefme iour de décembre l'an mil cinq cent trente, cy rendue & pour cecy 11 c 1. (i). »

Ce n'est pas seulement par des démarches, par des recommandations que Marot affirmait ses droits à la succession de son père; les préoccupations pour assurer la vie quotidienne ne lui faisaient point oublier son état et, au milieu de tous les soucis que lui causait sa négligence ou le mauvais vouloir de certains trésoriers, il trouvait pourtant l'occasion de faire ses débuts comme poète officiel, comme « poète du roi », ainsi qu'il s'intitule lui-même avec orgueil.

Le dimanche 28 juin i528 fut célébré le mariage de M'»'= Renée de France, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne, avec Hercule d'Esté, duc de Ferrare. La cérémonie eut lieu dans la sainte chapelle du Palais. Le duc de Ferrare, tout étincelant de pierreries, portait un hautde-corps garni d'hermines et une robe de velours cra-

(i) Arch. nat., KK 99, 1529, lement le 21 décembre i53o que

Sect. hist., Comptes de la mai- sont payés les gages de l'année

son du roi, fol. l v° et fol. li r°. 1529, échus depuis janvier. — On remarquera que c'est seu-

Vie de Clément Marot. 143

moisi; sur ses cheveux flottants était placé un diadème constellé de gemmes. Clément Marot composa pour la circonstance un Chant nuptial imité de Catulle. Le texte de l'auteur latin semble avoir assez bien soutenu l'auteur français; ce n'est qu'une traduction, à la vérité, mais ce n'est pas une des plus mauvaises; le poète y a ajouté de son cru certaines gauloiseries qui étaient de mise en ce bon vieux temps, même dans les mariages du grand monde, et tenues pour manifestations de gaillardise :

Fille de roy, adieu ton pucelage, Et touteffoys tu n'en dois faire pleurs ; Car le pommier qui porte bon fruclage Vault mieulx que cil qui ne porte que fleurs...

Il semblait que la fortune n'eût plus que des sourires pour Marot. Après dix années d'attente, l'ancien page de Villeroy, le secrétaire de la reine Marguerite succédait à son père comme valet de chambre du roi. La méchante atfaire que lui avait suscitée la vindicative et mystérieuse Luna paraissait complètement oubliée. Tout allait marcher au gré de Marot. Lors survint un incident qui eut pour lui les suites les plus fâcheuses et que l'on peut considérer comme le point de départ de la plupart des misères et des tracas qui troublèrent le reste de la vie du poète.

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