tome III aux pages 257-259. poiffon en karefme, tu as dis
(2) Voir ci-dessus, p. 99. efcus pour avoir un confeffion-
(3) Un docteur en théologie, le nal, lors tu mangeras de la frère Amédée Mesgret, osait ris- chair fans être repris. Et toi tu quer la thèse suivante : « Absti- es un pauvre homme, tu n'as nentia a carnibus, tempore qua- point d'argent pour avoir un dragesimali et diebus sabbati, confeffionnal & ne peux menger non est de praecepto. » Inutile de poiffon & faire ta besogne, d'ajouter que la Sorbonne décla- nourrir ta femme & tes enfans, rait sa proposition fausse, scan- alors tu es plus tenu d'obéir aux daleuse et contraire aux bonnes commandements des hommes. » mœurs. — Certaines autres pro- (D'Argentré, Collectio Judiciopositions affectaient une forme »-um de novis erroribus, t. II, presque satirique. Telle celle-ci : p. 104.)
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une autre manière de sortir d'embarras, c'était d'avoir des amis assez en crédit pour vous ôter des griffes ecclésiastiques. Par les bons soins de Lyon Jamet, Marot avait été tiré une première fois d'affaire. En cette nouvelle circonstance, une intervention plus haute encore écarta le péril. Dans les mêmes registres du Parlement, à deux jours de date, nous relevons les lignes suivantes :
Mercredy, 20e iour de mars i53i (n. st. i532), mane : Cedit iour, Eflienne Clavier, fecrétaire des roy et royne de Navarre, a pleigé et cautionné Clément Marot, fut pœna conuiâi, & a promis ne partir la ville fans en aduertir la Court vng ou deux iours auparavant auec toute fubmiffion accoultumée.
Il ne fallait pas moins que ces tout-puissants protecteurs pour donner cette tournure à l'affaire. C'était une manière de mettre le poète hors de cause et de renvoyer l'instruction à une date indéterminée, en attendant le retour et la décision du roi.
Pour les autres inculpés, les choses n'en allèrent point ainsi, ils firent connaissance avec la prison. Le 26 mars, « Martin Villeneufve et André Leroy ayant présenté requeste pour estre eslargis » en faisant les soumissions accoutumées, obtinrent qu'on leur donnât leur maison pour prison, avec défense de partir sub pœna convicti; ils eurent toutefois la permission de se rendre à leur paroisse pour assister à la messe les dimanches et jours de fête. Quant à Laurent Meigret, son cas prit un tour bien plus fâcheux, car nous lisons dans le Journal (Twi bourgeois de Paris :
L'an 1334, pénultième iour de aouft, le Magnificque Meigret, par fentence des commiffaires de la Tour quarrée, feit amende honorable la torche ardante au poing & en chemife au parquet ciuil de la Cour & fur la pierre de marbre & deuant la grande eglife Noftre-Dame, parce qu'il eftoit luthérien & mangeoit de la chair en carefme & aux vendredys & famedys. Et furent fes biens au Roy confifquez & fut banni pour cinq ans du royaume (i).
Une dernière remarque : nous verrons cette accusation (i) Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 438.
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d'avoir mangé du lard en carême reparaître quelques années plus tard dans les diatribes dirigées par François Sagon contre Marot avec la même haine et le même acharnement. C'est l'arme favorite dont l'auteur du Coup d'essay se servira contre son rival en poésie pour tâcher d'obtenir qu'il soit envoyé au dernier supplice. Est-ce que Sagon, que nous retrouvons à la fin de cette campagne sans trêve ni merci, ne pourrait pas être soupçonné d'en être un peu l'instigateur, encore qu'il fît en ce temps-là bonne mine à Marot et affectât d'être son ami ?...
Quand les adversaires de Marot virent que toutes leurs intrigues restaient sans résultat, ne pouvant plus s'en prendre au valet de chambre du roi, au protégé de Marguerite, ils s'en prirent au poète et tentèrent d'ameuter contre lui les gens de Gascogne, sous prétexte qu'il leur avait fait injure en racontant que son valet voleur était de ce pays. Marot, répondant à l'inventeur de cette mauvaise querelle, ne lui fit pas l'honneur de le nommer; mais il lui décocha quelques-uns de ces vers comme il savait les trousser lorsque sa bile s'échauffait (i). Ne seraient-ils pas à l'adresse de Sagon, qui, se prétendant originaire d'Espagne, se serait cru autorisé à prendre fait et cause pour les Gascons? Il n'y a rien de très précis dans tout cela; mais souvent un ensemble de petits faits équivaut à une demi-certitude.
Clément Marot, convalescent, avait hâte de payer sa dette de reconnaissance au roi en célébrant la renommée de celle qui laissait un si grand vide à la cour après le rôle prépondérant qu'elle avait joué dans la politique de son temps. Le poète, pour l'oraison funèbre de Louise de Savoie, emprunta la forme de l'églogue :
Pleurons la mère au grand berger d'icy, Pleurons la mère à Margot d'Excellence, Pleurons la mère à nous aultres aufTy...
Louise de Savoie, imitant en cela l'exemple d'Anne de
(i) Voyez l'Épître : A vn qui (tome III, p. igS). calumnia Vepistre précédente
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Bretagne, avait groupé à la cour les filles de tous les grands du royaume; elle les dirigeait, les conseillait, présidait à leurs travaux. Marot nous fait un tableau charmant de ces jeunes filles réunies sous l'aile tutélaire de la reine et il en prend texte pour chanter la sagesse de la mère de François I" :
Lorfque Loyfe en fa loge profpere
Son beau mefnage en bon fans conduifoit,
Chafcun pafteur, tant fuft il riche père,
Lieu là dedans pour sa fille eflifoit.
Aulcunes foys Loyfe f'aduifoit
Les faire feoir toutes foubz vng grand orme
Et, elle eftant au milieu, leur difoit :
« Filles, il fault que d'vng poinél vous informe ;
Ce n'efl; pas tout d'auoir plaifante forme,
Bordes, troupeaulx, riche père & puiiTant,
Il fault preueoir que vice ne difforme
Par long repos voftre aage florifl'ant.
Oyfiveté n'allez poind nourriflant,
Car elle eft pire entre ieunes bergères
Qu'entre brebis le grand loup rauiflant
Qui vient au foir toufiours en ces fougères... »
Ainfi difoit la mère au grand berger
Et à fondiél trauailloient paftourelles :
L'vne plantoit herbes en vng verger,
L'aultre paiffbit colombz & tourterelles,
L'aultre à l'aiguille ouuroit chofes nouuelles,
L'aultre en après faifoit chapeaux de fleurs.
(Complainte de Madame Loyse de Savoie...)
Cette pièce obtint un immense succès; le sujet même qu'elle traitait commandait aux courtisans l'enthousiasme; le roi avait félicité le poète, le devoir de tous était d'applaudir. Il faut reconnaître, du reste, que si les éloges décernés à Louise de Savoie par Marot étaient quelque peu hyperboliques, en revanche, les éloges décernés à Marot par le public étaient mérités. Au temps de la Pléiade, cette pièce aurait pu soutenir la comparaison avec les meilleures de Ronsard. Marot conserva lui-même une très vive impression de l'émotion qu'il avait su com-
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muniquer autour de lui, et plus tard il évoquait ce souvenir avec un légitime orgueil :
Si qu'à mes plaindz vn iour les Oreades, Faunes, Syluans, Satyres & Dryades En m'efcoutant iedarent larmes d'yeulx : Si feirent bien les plus fouuerains Dieux, Si feit Margot, bergère, qui tant vaut : Mais d'vn tel pleur efbahyr ne fe fault, Car ie faifoys chanter à ma mufette La mort (hélas!), la mort de Loyfette...
(Eglogue au Roy soitb^ les noms de Pan & Robin.)
Pour délasser sa Muse, Marot, dans le même temps, lâchant la bride à son esprit, composait son premier Coq à Vasne qu'il envoyait à Lyon Jamet, l'ami fidèle des heures d'épreuve. Cette boutade faisait fureur et éveillait la verve d'une nuée d'imitateurs qui ne comprirent pas toujours que l'exagération dans la fantaisie peut conduire au grotesque.
C'est encore à cette époque, c'est-à-dire au commencement de l'année i532, que le poète forma le projet de réunir en un volume ses œuvres éparses. Jusque-là, quelquesunes de ses poésies avaient bien paru en plaquettes isolées : VÉpître de Maguelonne à son ami Pierre de Provence, le Temple de Cupido, la Complainte sur la mort de Semblançay, le Coq à l'asne, peut-être encore d'autres qui se sont perdues. Mais toutes avaient été jetées en pâture à la curiosité publique sans l'assentiment de l'auteur, parla cupidité de libraires peu scrupuleux et souvent ignorants. Marot souffrait dans son amour-propre de voir ses œuvres ainsi altérées et défigurées, et ce fut le motif principal qui le détermina à faire imprimer une édition préparée par lui, par lui revue et corrigée. Il s'exprime à cet égard dans sa préface en termes fort précis, déclarant que le déplaisir qu'il a eu « d'ouyr crier et publier par les rues une grande partie de ses œuvres toute incorreéle, mal imprimée & plus au prouffit du libraire qu'à l'honneur de l'autheur », l'a incité, autant que les prières de ses amis, à réunir les œuvres de sa jeunesse. La plupart de celles qui n'avaient
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pas été imprimées avaient déjà couru manuscrites. Mais leur texte avait besoin d'être modifié. Un poème peut contenir certaines libertés lorsqu'il est réservé à un petit cercle d'intimes, lesquelles deviennent dangereuses en passant sur la voie publique. Marot s'entendit donc avec Pierre Raffet, libraire et relieur du roi, et avec le célèbre imprimeur Geoffroi Tory, de Bourges, pour imprimer la première édition de ses œuvres, qui parut le 12 août i532 sous le titre d^ Adolescence clémentine. Sur la page de titre on lit cette phrase significative qui prouve quelle part Marot avait prise à cette nouvelle édition et quel but il s'était proposé d'atteindre : « Le tout reveu, corrigé et mis en bon ordre (i). »
L'impression de ce volume fut assez rapidement menée, car, à la suite des pièces qui y figurent, nous trouvons l'indication suivante : « Emendation d'aulcuns principaux lieux obmis pour la hafte de l'impreiïion qu'on pourra facilement corriger avec la plume. » A la fin de l'ouvrage, on lisait encore cette mention : « Autres œuvres de Clément Marot, valet de chambre du Roy, faiftes depuis l'eage de son adolescence par cy-deuant incorredement & maintenant corredement imprimées. » Parmi les pièces que Marot désigne comme n'ayant point été composées pendant son adolescence, on remarquera la Défloration de Florimond Robertet, VEglogue sur le trespas de Loyse de Savoye^ le premier Coq-à-l'asne et un certain nombre de pièces sur la maladie du poète.
Cette édition des œuvres de Marot publiées par leur auteur fut accueillie avec une grande faveur et les exemplaires en furent si bien disputés que le libraire se mit aussitôt à l'œuvre pour faire paraître une nouvelle édition qui fut « achevée d'imprimer » le i3 novembre de la même année ; comme la précédente, elle était mise en vente par Pierre Raffet et sortait des presses de Geoffroi Tory, Cette fois l'imprimeur faisait disparaître toutes les fautes qu'il avait relevées dans la première édition.
Encouragé par le succès et par les sympathies du public, Marot, obéissant à un sentiment filial des plus
(i) Voir l'Appendice, à la fin du volume.
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louables, voulut faire pour la gloire de son père ce qu'il avait fait pour la sienne propre, et il se mit à préparer une édition du poète d'Anne de Bretagne.
Dans le courant de cette même année i532, le libraire Galiot-Dupré avait fait paraître une édition des œuvres de Villon. François I", adonné aux lettres, eut certainement cette réimpression entre les mains et put constater qu'elle était fort incorrecte. Il suggéra à Marot l'idée d'en publier une autre. Suggestion de roi est un ordre. Marot se mit aussitôt à la besogne, et il mena de front la préparation des œuvres de son père et celle des œuvres de l'auteur des Testaments. Mais Marot avait une singulière façon de comprendre sa tâche d'éditeur; il fit pour Villon ce qu'il avait fait pour le Roman de la Rose et il accommoda beaucoup trop à sa guise* en y mettant du sien, les vers de son immortel devancier.