INTRODUCTION. III
pour écrire sur commande des chants d'allégresse ou de deuil, pour célébrer en vers officiels (si Ton ose déjà dire) les grandes circonstances de la cour, est le plus souvent emprunté, guindé, presque médiocre quand les événements le condamnent à s'acquitter des devoirs de sa charge. Qu'il produise au contraire à son heure et à sa guise, soit pour louanger François I^"" ou Marguerite de Navarre, ses idoles, soit pour médire des moines ou des juges, ses bêtes noires; qu'il s'amuse à conter à son ami Jamet, en sautant du coq à Tâne, les historiettes du moment; surtout qu'il s'ingénie à quémander quelque pécune, son souci de toujours, alors Marot redevient le poète sentimental et ironique, élégant et naïf à la fois, qui se livre abandonnément à sa nature. Et comme, par son père, il est un peu de Gaen, s'il est de Cahors par sa mère, sa facétie gasconne se tempère de la finesse normande, sans jamais choir dans la bouffonnerie.
Au vrai, Marot n'est Marot que lorsqu'il suit son inclination personnelle, lorsqu'il cherche à exprimer ce qu'il ressent, lorsque ses amitiés, ses amours, ses haines ou ses intérêts sont en jeu et lorsqu'il laisse, dirait-on, son vers jaillir d'un seul jet. Mais s'il travaille sur un thème