‹ Les œuvres, augmentées d'un grand nombre de ses compositions nouvelles par ci-devant non imprimées (volume 2)Chapitre 41 sur 68 · EPISTRE · texte numérisé non relu

EPISTRE

a Marot, a Sa-

gon,8ca la

Huteric,

v^ On la vend au mont SainA

HylaiTc , Deuant le Colle»

ge de Reims.

Vie de Clément Marot. 383

Telle qu'à parler par raifon Il n'y auroit comparaifon.

Après Sagon, La Huetterie :

La Hueterie en quelque endroit En parle aultant à tort qu'à droit...

Sagon, à ce moment, dut commencer à faire la grimace. Mais ce qui mit le comble à son désappointement, c'est lorsqu'il vit les verges se changer en fleurs lorsque vint le tour de Marot d'être pris à partie. Non seulement Germain Colin n'a pas pour lui de paroles amères, mais encore il sait trouver des excuses en sa faveur contre Sagon :

Marot revient à fa venue,

Par fon valet vous les falue [Sagon et Huet]

Et fi ie ne fcay pas comment

Il se monflre vng bien peu clément;

Mais on peut dire, en vérité,

Qu'on l'auoit premier irrité...

Déclarer que Marot n'avait pas les premiers torts, c'en était trop. Et, pour le coup, Sagon se fâcha tout rouge. Mais poursuivons notre analyse. Germain Colin continue par des critiques de toutes sortes à l'adresse de Sagon, lesquelles ont pour contre-partie des compliments pour Marot. L'auteur fait honte tout d'abord à Sagon et à sa bande des procédés de polémique,

D'ordure & toute vilenie,

dont ils ont usé à l'égard du premier poète de France. Puis il reprend, vers par vers, les différentes pièces du débat et il en épluche toutes les fautes, sans faire grâce d'une seule. C'est un véritable cours de prosodie et de grammaire. Mais quand le nom de Marot vient sous sa plume, Colin lui décerne les éloges dont tous ses contemporains le reconnaissent digne :

Tefmoing les fcavants de noftre aage, Qui le louent tous d'vng courage.

384 Vie de Clément Marot.

On pense si cette manière de présenter la question faisait l'affaire de Sagon. Il conçut un vif ressentiment contre Germain Colin et, prenant pour confident de ses déboires l'honnête et bon Jean Bouchet, il se déchargea dans son sein de tous les griefs que son imagination avait accumulés contre son ex-ami Colin, contre ce « cueur fainôt et maling », contre ce trompeur « portant ung visage de masque » (i).

Germain Colin était dans son droit en imprimant ce qu'il pensait et Sagon n'excédait pas le sien en exhalant sa bile. Mais si Germain Colin avait été dur pour Sagon, quoiqu'il se fût posé en médiateur, c'est que tout le monde commençait à en avoir assez et qu'après l'ardeur du début de la bataille, la lassitude était devenue générale. Le public lui-même ne s'amusait plus de voir les adversaires aux prises et l'ennui le gagnait d'entendre toujours parler d'une querelle où, en définitive, il s'agissait d'intérêts qui n'étaient pas les siens. Cette lutte avait pu fixer un moment son attention par l'appât du scandale, mais les mêmes injures se reproduisaient avec une monotonie fastidieuse. Ce sentiment de fatigue ne tarda pas à se faire jour; on pensa d'abord tout bas qu'il était temps pour les adversaires de laisser les gens tranquilles, on ne tarda pas à le dire tout haut. Ce fut même avec une franchise un peu brutale que se traduisit cette impression :

Vng aultre mal adulent de voz debatz On oit crier & batte hault & bas Tant de criars crians de touts coftez.

Les gens en ont les cerueaulx affotez Et eftourdiz, car vng petit follet S'en va criant le débat du uallet, Clément Marot contre François Sagon, Vng aultre vient qui crie en fon jargon, Portant o foy des papiers vng pacquet : « Qui veult, qui veult le rabais du cacquet « De Frippelippe & de Marot Clément, « Didl Rat pelé, il fault dire aultrement « Clément Marot... (2). »

(i) Voyez Jean Bouchet, Épis- trêves donne!{ jusqu'à la fleur des très familières (Épître CIX). febves, etc.

(2) De Marot et Sagon les

Vie de Clément iMarot. 385

La Sorbonne devait avoir la main sur une bonne partie des crieurs qui vendaient dans la rue les nouveaux pamphlets de Sagon, champion de la docte corporation. Elle lançait ses émissaires par toutes les pentes de la montagne Sainte-Geneviève jusqu'aux abords du Palais où ils assaillaient le public de leurs cris et de leurs propositions. Les passants, assourdis par ce tapage, demandaient à en être délivrés. D'autres, choqués des violences où en était arrivée la lutte, prévoyaient les voies de fait à court terme et émettaient l'avis de séparer les combattants :

Ne refte plus qu'à iouer des couteaulz, Ce qu'ilz feront quelque vng de ces matins, Ou fe mordront, comme font les maftins. Si moy beau père Abbé, seul chef de l'ordre, Ne leur défends de fraper, tuer ne mordre (i).

La raison même parlait ici par la bouche d'un fou. Ce « beau père Abbé » n'était autre en effet que le grand abbé de la Confrérie des Couards de Rouen, une des innombrables tribus relevant de la toute-puissance de la Mère Sotte. Cette querelle allait donc avoir son dénouement le plus désirable : elle allait finir par un éclat de rire. Si l'abbé des Couards descendait dans l'arène, c'était pour mettre du baume sur les blessures d'amour-propre que s'étaient faites les deux adversaires. Dans V Apologie qu'il consacre à leur querelle, il résume d'un ton assez vif et assez impartial tout le débat depuis son origine, et il conclut :

Vous mettre en paix eft la fin où ie tends, Taire ou bien dire eft le mieuix en tout temps.

Pour arriver à cet heureux résultat, voici les conseils qu'il donne et les interdictions qu'il prononce :

Pour euiter querelles & debatz, le vous défend toute iniure interdide.

Mais, foubz la peine icy deflbubz efcripte, N'ufer de coups, faire, dire, n'efcripre, Faiclz qui ne foient ioyeux & bons pour rire.

(i) Appologie faicte par le invectives, etc. grant abbé des Conards sur les

APPOLOGIE

faiûcnar legrant abbc dcsConards

Sur les Inucâiues Sagô,Mafot,La Hu tcne,Pages,Yalctz^Brâquecx &c.

Vie de Clément Marot. 387

Et comme cette menace serait dérisoire si elle restait dépourvue de sanction, voici le châtiment qu'imagine l'abbé, châtiment tout à fait approprié au royaume de la Folie; il enjoint de couper court au différend

Ou sur la chair aurez, fans blefler l'os, D'vng bracquemard tout neuf à quinze poindz Miferere iufques à Vitulos.

Cette boutade arrivait juste à point et le mieux eût été de clore ainsi le débat. Mais on avait trouvé une veine facétieuse, on voulut l'exploiter jusqu'au bout. Ce désir d'appuyer l'effet donna naissance à quelques écrits d'une telle médiocrité que nous nous bornerons à citer un seul titre : Contre Sagon et les siens, épistre nouvelle faicte par un amy de Clément Marot, et à signaler en bloc une avalanche d'épigrammes latines, françaises, courtes ou longues, selon le caprice de l'auteur, mais dont il suffit de faire mention pour leur accorder encore plus d'honneur qu'elles ne méritent. Négligeons-les donc et arrêtons-nous quelque peu sur la plaisanterie commencée par l'abbé des Couards de Caen qui, après V Apologie de son collègue de Rouen, écrivit De Marot & Sagon les tréues données iusqu'à la /leur desfebues (i). Le titre même était de bon augure. Les idées pacifiques faisaient leur chemin; sous une forme bouffonne, sans doute, mais c'était toujours un pas en avant. Le mot de trêve prononcé, les négociateurs n'avaient plus qu'à suivre le courant. L'affaire se traitait du reste en famille : de quelque côté que l'on se tournât, on n'y rencontrait que Normands et, entre Normands, il faut toujours finir par s'entendre. Pour mettre en bonnes dispositions de l'écouter ceux auxquels il s'adresse, l'abbé des Couards de Caen se présente en bon pasteur, plein de sollicitude pour ses ouailles. Il s'est si bien pénétré de son rôle que son début est comme imprégné d'onction évangélique; mais le naturel ne perd jamais ses droits, et cette gravité d'apparat ne tiendra pas longtemps. Les premiers vers étant consacrés au résumé du débat, nous en ferons grâce au lecteur. Ce résumé est sur un ton de gaillardise que ne déparent point certains

(i) Cet opuscule eut plusieurs tera par les deux fac-similé ciéditions, ainsi qu'on le consta- contre.

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