‹ Les œuvres, augmentées d'un grand nombre de ses compositions nouvelles par ci-devant non imprimées (volume 2)Chapitre 50 sur 68 · V. Éd. Lalanne, t. VI, p · texte numérisé non relu

V. Éd. Lalanne, t. VI, p

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en cette circonstance, nous nous bornerons à rappeler les noms de ceux qui voulurent saluer l'entrée du nom de Marot dans la gloire : Gilles d'Aurigny, François Habert, Etienne Forcadel, Saint- Romard, Du Val, évêque de Séez. Mellin de Saint-Gelais garda un silence prudent. Il avait eu avec Marot une liaison des plus étroites; mais l'intérêt du courtisan étouffa la voix de l'ami. A la liste qui précède, il faut ajouter encore le nom d'un poète de Turin, Gabriel Simeani. Dans ce concert de regrets, les réformés eurent leur représentant. Le même homme qui avait accueilli Marot, venant chercher à Genève un refuge contre les persécutions de la Sorbonne, se chargea de dire un suprême adieu au traducteur des Psaumes, Nous voulons parler du docteur Malingre, avec qui nous avons déjà fait connaissance. Chose étrange, dans ces vers, au lieu de faire allusion à la traduction des Psaumes^ l'auteur se perd en divagations mythologiques et évoque les divinités discréditées de l'Olympe pour célébrer la mémoire d'un poète qui s'est inspiré de l'Écriture sainte. Pour se faire pardonner sans doute ses métaphores païennes, le prédicateur de la Réforme composa une autre épitaphe qui a du moins le mérite de revenir à la réalité et de nous rappeler Marot que nous connaissons :

Qui en maintz lieux alla à fa plaifance, Vn iour ioyeux & l'aultre en defplaifance, Suyvant la cour de François, puiflant roy...

A Chambéry, qui avait été sa dernière demeure, avant qu'il vînt à Cérisoles, Marot avait laissé ses papiers et ses livres. Les reliques du poète défunt furent conservées par une main amie dans l'état où il les laissa à sa mort, car, à quelque temps de là, le fils de Marot, revenant de Ferrare où il avait été peut-être hébergé pendant quelque temps par Lyon Jamet, passa par Chambéry, retrouva ces papiers, feuilleta ces manuscrits, y recueillit en quelque sorte les dernières pensées du mourant. Voici ce que Michel Marot écrit à son ami, le seigneur du Pavillon les Loris, sous le coup de cette émotion :

A mon retoiir du pays de Ferrare,

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Par Ghambery, le chemin f'adreflant,

l'ay trouué certe vne chofe bien rare

Au cabinet de mon père Clément :

Car refolvant fes efcriptz pour les lire

Trop me nuifoyent et n'apaifoyent mon ire...

Nous publions dans les œuvres de notre poète une épître de Clément Marot au même seigneur du Pavillon que le fils aurait découverte. Certains soupçons se présentent à l'esprit quant à l'authenticité de cette pièce. Cependant, puisque Michel Marot affirme qu'elle est de son père, il faut bien le croire. Mais ces vers ne sont point la seule trouvaille de Michel. Il existe deux pièces dont nous n'avons pu nous procurer les éditions originales, mais qui portent dans le titre une mention de nature à fixer notre attention. La première est intitulée : Le riche en pauvreté^ joyeux en ajffliction et content en souffrance. La seconde est la Complainte du pastoureau chrestien. Nous avons déjà parlé de ces deux compositions à leurs dates et croyons avoir démontré que l'une d'elles au moins est très antérieure à la mort de Marot. Cependant, elles ne virent point le jour de son vivant et le titre dit expressément qu'elles furent « retrouvées après sa mort parmy ses autres factures à Chamberry ». Il est vraisemblable que Michel Marot accomplit son pèlerinage à Chambéry presque aussitôt après la mort de son père. Mais cela n'est point certain et la date de ces deux publications jette un doute dans l'esprit. Comment expliquer que le Balladin, laissé inachevé par Marot, ait été publié à Paris l'année qui suivit sa mort, tandis que ses deux autres compositions, retrouvées par son fils, attendirent jusqu'en i558 pour être imprimées chez le libraire Estienne Denise, à Paris (i)? On ne peut même pas trouver motif à ce retard de publication dans le sujet de ces compositions, car, aussi bien que ces deux pièces, le Balladin contient de violentes attaques contre l'Église catholique et cependant rien n'en-

(i) A la vérité, Lenglet Dufres- ni le nom du libraire, ni la date

noy cite assez négligemment de l'impression, ce qui nous met

une édition qui aurait été impri- en défiance sur l'existence même

mée à Turin, mais il ne donne de cette édition.

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trava sa publication six mois après la mort de l'auteur. Pourquoi les deux autres pièces attendirent-elles quatorze ans? Ces retards ont donné prise à quelques soupçons sur leur authenticité et certains se sont demandés si le fils n'aurait pas pris son temps pour composer ces vers, qui furent ensuite livrés par lui au public comme une trouvaille posthume, seul moyen d'assurer à des œuvres médiocres un brevet d'immortalité. A notre avis, ces deux pièces sont du père, quoiqu'elles n'ajoutent rien à sa renommée poétique. Mais, si elles étaient du fils, elles suffiraient à expliquer le silence qui s'est fait autour de son nom.

Le fils de Marot semblait du reste prédestiné, comme son père, à connaître toutes les misères de la pauvreté, sans avoir les consolations intermittentes que donne la gloire. Sans cesse il fut aux prises avec les hasards d'une vie errante et les angoisses de l'indigence. Sa devise : « Triste et pensif » résume fidèlement l'état d'une âme condamnée à la résignation sans espoir. Les vers peu nombreux qu'il produisit ont une allure morose et gênée; c'est l'œuvre d'un malheureux qui souffre et qui peut-être a faim. Dans les comptes de la duchesse Renée de Ferrare, retirée à Montargis, sur les registres du mois d'août 1574, une mention est ainsi conçue : « A ung pauvre gentilhomme passant soy disant filz de Clément Marot..., 5o livres 16 sols (i). » Si ce passant était bien Michel Marot, nous pouvons juger que les trente années qui s'étaient écoulées depuis la mort de son père ne l'avaient point tiré de cet état de dénuement que l'on se transmettait dans la famille Marot. Et pourtant ce nom qui avait eu son heure d'éclat était encore une protection pour ceux qui le portaient. Et si la duchesse Renée se montrait généreuse envers le fils, c'était en souvenir du père.

Or, tandis que l'héritier de Clément Marot ne pouvait soutenir la lutte sans trêve contre la misère qu'à l'aide des libéralités de quelques âmes charitables, son patrimoine littéraire ne restait pas improductif aux mains des libraires ;

(1) Journal des comptes de la duchesse de Ferrare.

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les réimpressions des Psaumes se multipliaient à l'infini et la gloire du poète huguenot grandissait à mesure que le silence et l'oubli s'étendaient de plus en plus sur le reste de son œuvre aussi bien que sur sa descendance.

Puisque nous parlons des enfants de Marot, mentionnons un livre de dépenses ayant appartenu à Marguerite de Navarre et qui contient cette simple ligne : « La fille de Marot, religieuse à Essai, xxv liv. (i). »

Essai était un château de plaisance des ducs d'Alençon et Marguerite de Navarre y avait fondé, en i533, un couvent qui donnait asile à vingt religieuses, toutes issues de la maison des filles pénitentes de Sainte-Madeleine à Paris. Le nom de la patronne de ce dernier établissement, la catégorie des femmes parmi lesquelles se recrutait son personnel semblent indiquer que, si la fille de Marot finit par trouver asile et protection auprès de la bonne reine Marguerite, peut-être avait-elle quelques reproches à adresser à son père au sujet de l'abandon dans lequel il l'avait laissée à ses débuts dans la vie. Nous n'avons point à en dire davantage.

Notons pourtant, en terminant, combien il est touchant de retrouver, mêlés à des œuvres de pitié et de miséricorde envers les enfants de Marot, les noms de Renée de France et de Marguerite d'Angoulême, les deux princesses dont l'affection et le dévouement avaient assisté le poète dans les circonstances les plus critiques de sa vie...

(i) La Ferrière-Percy, Mar- de dépense, p. 170. guérite d'Angoulême, son livre

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