De chercher à propos d'amour
J'en laisseray du tout* faire à Espaigne,
De qui la main en nostre sang se baigne.
C'est à ses gens à coucher par hystoires,
D'un stile hault, triumphes et victoires;
Et c'est à nous à coucher par escriptz ,
D'un piteux stile, infortunes et cryz.
Ainsi diront leurs victoires apertes,
Et nous dirons noz malheureuses pertes.
Les dire , hélas ! Il vault trop mieulx les taire !
Il vault trop mieulx en ung lieu solitaire ,
En champs, ou boys pleins d'arbres et de fleurs,
Aller dictçr les plaisirs ou les pleurs
Que l'on reçoit de sa dame chérie ;
Puis pour oster hors du cueur fascherie,
Voiler ^ en plaine et chasser en forestz ,
Descoupler chiens, tendre toilles et rhetz ;
Aulcunesfois , après les longues courses.
Se venir seoir près des ruisseaux et sources,
Et s'endormir au son de l'eaue qui bruyt.
Ou escouter la musique et le bruict
Des oyselletz , painctz de couleurs estranges ,
Comme mallars,^ merles, maulviz,* mésanges.
Pinsons, pivers, passes^ et passerons.^
En ce plaisir le temps nous passerons ,
Et n'en sera, ce croy-je, ofl'ensé Dieu,
Puis que la guerre à l'amour donne lieu.
Mais s'il advient que la guerre s'esbranle,