DE MADAME MADAME LA DUCHESSE DE FERRARE
Petit enfant, quel que sois, fille ou filz, Parfay le temps de tes neuf moys préfix Heureusement ; puis sors du royal ventre , Et de ce monde en la grand lumière entre. Entre sans cry, vien sans pleur en lumière. Viens sans donner destresse coustumière A la mère humble en qui Dieu t'a faict naistre I Puis d'un doux rys commence la congnoistre. Après que faict luy auras congnoissance , Prens peu à peu nourriture et croissance, Tant qu'à demy commences à parler.
Et tout seulet, en trépignant, aller Sur les carreaux de ta maison prospère. Au passetemps de ta mère et ton père Qui de t'y veoir un de ces jours prétendent Avec ton frère et ta sœur qui t'attendent.
Vien hardyment , car quand, grandet seras Et qu'à entendre un peu commenceras, Tu trouveras un siècle pour aprendre En peu de temps ce qu'enfant peut comprendre.
Vien hardyment, car ayant plus grand aage. Tu trouveras encores d'avantage :
Tu trouveras la guerre commencée Contre ignorance et sa trouppe insensée , Et, au rebours, vertu mise en avant.
Qui te rendra personnage sçavant En tous beaux artz, tant soient-ilz difficiles. Tant par moyens* que par lettres faciles. Puis, je suis seur, et on le congnoistra, Qu'à ta naissance avecques toy naistra Esprit docile, et cueur sans tache amère. Si tu tiens rien^ du costé de la mère.
Vien hardyment, et ne crains que Saturne En biens mondains te puisse estre importune, Car tu naistras, non ainsi pauvre et mince Comme moy, las, mais enfant d'un grand prince.
Vien sain et sauf , tu peulx «stre asseuré Qu'à ta naissance il n'y aura^ pleuré A la façon des Thraces lamentans Leurs nouveaulx nais, et en grand dueil chantans L'ennuy, le mal et la peine asservie
i. Méthodes.