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Gênes, emmenoit avec lui gens de tous états, u du nombre desquels je me tiens bien heureux d'avoir été , et veu tout le progrez de la victoire. » C'est à la suite de cette expédition , soit à titre de soldat ou de secrétaire de quelque seigneur, soit à titre de pensionnaire du roi, c'est au milieu de ces gens de tous états que le père de Clément Marot fait définitivement et ofiiciellement son entrée dans l'histoire.
Plus tard, Jehan Marot dédiera à la reine Anne le récit poétique de cette conquête , et il dira , en parlant de Louis XII : <( Je l'ay continuellement veu, suyvant son excercite , tant à l'exploict que après jusques à son retour. » Dans cette dédicace, il se nomme a je , Jehan des Maretz, vostre povre escripvain, serviteur treshumbles des vostres treshumbles et tresobéissants serviteurs. » Il parle aussi de <( la gracieuse bonté de tous temps expérimentée de la royne. » On peut conclure de tout cela qu'il étoit depuis quelque temps déjà attaché à la fortune de quelque personnage de l'intimité d'Anne de Bretagne , et qu'il avoit plu à cette reine , grave , sévère , élégante et bonne , qui savoit le grec et le latin , dont la cour étoit comme le royaume de fèmenye, et qui aimoit les litlérez, c'est-à-dire la science et la poésie. Parmi les illustres personnes du Quercy qui étoient dans la faveur d'Anne, nous voyons Castelnau de Grammont, neveu du cardinal d'Amboise, et Jean le Roux, seigneur de La Tour, qui , pendant cette même expédition en Italie, vint à Savone annoncer à Louis XII la grossesse de la reine. Clément nous cite , comme une des protectrices de son père, une fille d'honneur, Michelle de Saubonne, qui, en l'an 1507, épousoit Jean de Parthenay, seigneur de Soubise.
Nous aurons l'occasion, plus tard, pendant le séjour de Clément à Ferrare, de parler de cette mère d'un des plus illustres capitaines huguenots du siècle. A cette époque, c'est-à-dire en 1536, notre poëte reconnoîtra que « elle fut première source du bon recueil fait à son père quand il arriva à la cour du Roy, où elle estoit alors la pluj^ aymée de la Royne. » Il ajoutera que elle et les siens aimoient d'instinct la littérature , les arts libé-
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raux et ceux qui s'y exercent. Enfin il nous révélera que c'est elle qui amena Jean Le Maire de Belges en France, Ce n'est pas exactement ce que nous apprend ce poëte dans la préface du troisième livre des Illustrations de la Gaule; mais il reste vraisemblable que Michelle de Saubonne contribua à faire nommer Jean Le Maire historiographe de la reine Anne, comme aussi à introduire Jean Marot à la cour.
A ce double titre , elle doit être considérée , par les biographes de Clément , comme une des marraines de son génie, comme une de ces fées des contes orientaux, qui apportent dans le berceau des enfants illustres toutes les bonnes fortunes de l'avenir : elle lui donna la cour et Jean Le Maire, c'est-à-dire sa maîtresse d'escole et son maître en poésie. On pourroit peut-être tirer d'une épigramme, qui semble adressée à Renée de Parthenay , la conséquence que c'étoit à cette famille de Parthenay que Jehan Marot étoit attaché dès la naissance même de son fils. Mais l' épigramme est obscure, et je me contente d'ouvrir cette perspective à ceux qui travailleront après moi la biographie de Jean et Clément Marot.
Quoi qu'il en soit, cette entrée à la cour fut pour Jean une bonne fortune, dont la grandeur peut être jugée par la persistante humilité de l'écrivain. 11 avoit jusque-là plus voyagé qu'écrit. 11 avoit couru les foires de Lyon, d'Anvers, du Lendit, de la Guibraie et de bien d'autres lieux. Il avoit sans doute moins étudié que regardé. « Je ne suis pas clerc, dit-il ; mais j'ay l'art de rimoyer. » Et la bienveillance avec laquelle la reine accueillit ses premières tentatives de cet art lui resta toujours dans la mémoire.
Dans la préface manuscrite de son Voyage de Gênes, il s'appesantit sur sa « povre simplicité, » sur (c sa lourde ignorance, » sur son « rural et maternel langaige, » sur son « agreste et inculte besoigne, » sa « lourde et trop basse forme. » Plus tard , quand il réunit sous la même couverture ce Voyage de Gênes et le Voyage de Venise , il n'a plus cette povre simplicité ; il a fait de grands progrès dans le beau langage du temps.