‹ Les Œuvres complètesChapitre 22 sur 34 · FIN · texte numérisé non relu

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Notes et Commentaires sur “ Paris ”

Genèse et Historique de l’Œuvre

On a pu le dire, Paris est, de toutes les œuvres d’Emile*Zola, celle qui est la plus subjective. Avant de l’écrire, l’auteur n'’eut guère besoin de rassembler et d’étudier des textes, de se livrer à une enquête préalable, de consulter des techniciens et des spécialistes. Pour brosser cette vaste toile panoramique de Paris à la fin du xix® siècle, pour montrer l’extraordinaire bouillonnement d'idées, de sentiments, d’aspirations contradictoires qui l’emplissaient, il a abordé son sujet en observateur direct, sans hésiter à affirmer son opinion et ses conclusions personnelles.

Aucun de ses livres, d’ailleurs, n’est plus chargé d’idéologie. On retrouve moins, dans Paris, cette recherche des effets artistes, ces audaces picturales, dont il avait été si friand jusqu’alors, que des analyses de courants intellectuels, des exposés de théories, de systèmes philosophiques ou sociaux, des paraphrases généreuses, des discussions d'idées. Sans doute, le peintre visionnaire intervient encore pour tracer quelques admirables tableaux de la ville, vue des hauteurs de Montmartre ; sans doute, encore, le puissant créateur épique s’y révèle en maints chapitres, et surtout dans ce dramatique et

poignant récit de la chasse à l’homme, au bois de Boulogne. Mais on perçoit que ses soucis sont autres, que son but est différent. Ici, le réformateur esthétique cède le pas au réformateur moral.

Comme tous les sujets choisis par Zola, celui de Paris était hautement ambitieux et d’une particulière complexité.

L'idée centrale est des plus simples. Le salut terrestre et la guérison de l’abbé Pierre Froment, sa guérison, par le miracle de la nature et de l’amour. Mais, à côté, que d’épisodes juxtaposés, que de péripéties parallèles, que de milieux composites mis en scène, dont le raccord et le lien ont été réalisés avec un art magistral.

Le romancier devait nous transporter successivement à travers le Paris politique, celui de la galanterie, la vie littéraire et mondaine, ressusciter le monde du travail, intellectuel cu industriel, peiadre la misère du peuple et ses révoltes, dégager les rêves des élites, faire tenir encore dans tout cela les manifestations multiformes de l’anarchie, du mouvement néo-mystique, du socialisme, etc. Il s'agissait de représenter la cité symbolique ainsi qu’une ‘‘* cuve colossale où bouillait, pêle-mêle, les violences, les volontés déchaînées, le mélange innomable des ferments les plus âcres d’où sortirait, à grands fiots purs, le vin de l’avenir ””. Îci, le roman et le tableau se doublaient d’une thèse, et la thèse s’augmentait d’un réquisitoire, d’un bilan et d’une profession de foi.

Paris est donc une adaptation saisissante des événements de l’époque. Les scandales financiers du Panama, les attentats anarchistes en remplissent une grande partie. Sur les soixante- -quinze personnages, qui s’agitent dans le roman, on pourrait étiqueter des noms réels.

Bertheroy, c’est l’illustre chimiste Berthelot. Dans Salvat on retrouve l’anarchiste Vaillant, et, dans Victor Mathis, Emile Henry. Fonsègue, directeur du Globe rappelle à s’y méprendre Adrien Hébrard, directeur du Temps. Mège n’est autre que Guesde. Le chansonnier Legras fixe les traits de Bruant, barde crapuleux et cabaretier sans vergogne. Dans Sagnier, leader de La Voix du Peuple, on reconnaît Drumont, polémiste de La Libre Parole : ‘* Quand il n’y a plus d’ordures, il en trouve encore. Il ajoute à la boue et souille le cloaque ?”’. Le président du Conseil, Montferrand, est un mélange de Rouvier et de Constans. Enfin dans cette palene de contemporains, aux physionomies à peine remaniées, Emile Zola a voulu aussi se DIGRenrere lui-mêrae, anonymement : il a tracé sa propre silhouette dans celle du ‘* grand écrivain, l’homme des foules qui juge et qui observe ??.

S’étonnera-t-on que ce fut un jeu — au moment où Paris vit le jour — d'en rechercher les clefs? Jeu dangereux, en vérité, et qui devait occasionner quelques méprises, beaucoup de ces figures ayant été volontairement dénaturées.

C’est ce qui advint pour l”** illustre critique ””’ dont le portrait est esquissé, d’une plume assez ironique, au deuxième chapitre du Livre III, et à qui le romancier fait tenir un jugement quelque peu ridicule sur le rôle de Pauline dans Polyeucte.

‘* Il avait gardé, de l’Ecole Normale, écrit Zola tout un ce matisme, tout un pédantisme étroit dont rien n’avait pu le laver ”?

Mais comme, d’autre part, le romancier avait transformé son aspect physique en le représentant ‘‘ large d’épaules, la face large et barbue ”” certains petits journalistes avaient prétendu que c'était Francisque Sarcey qui se trouvait là délégué.

Celui-ci, dans Le Matin du 9 mars 1898, refusa de se reconnaître : ‘* Pourquoi m'en irais-je croire, disait-il, que Zola, ayant à peindre un critique de théâtre pédant et ridicule, ait songé à moi? ””, et plus loin : ‘* Je ne sais quel est le nigaud qui a dit cette bêtise sur Pauline, ce n’est pas moi, à coup sûr... ?”

Non, ce n’était pas Sarcev. Mais Ferdinand Brunetière, lui, crut se reconnaître dans le portrait de ce ‘* dogmatique étroit ”. Il s’en montra très courroucé ; et, dans la Revue des Deux-Mondes du 15 avril 1898, il se livra à un furieux démolissage de Paris et de Zola, reprochant à ce dernier d’avoir ‘‘ introduit dans son œuvre l’expression de ses animosités et de ses rancunes personnelles. ”?

Le Journal avait à peine commencé la publication de Paris en feuilleton que son illustre auteur prenait position dans l’Affaire Dreyfus. La publication n’en était pas achevée, quand J’Accuse éclata. Le grand quotidien que dirigeait Fernand Xau était entièrement acquis à l’Etat-major, et tandis que les épisodes du roman se déroulaient au rez-de-chaussée, les colonnes du journal étaient pleines de propos désobligeants et hostiles à l’égard du maître.

Lorsque l’ouvrage parut en librairie, le mot d’ordre fut donné, dans toute la presse nationaliste et conservatrice d’observer à son sujet un silence systématique. Cette tactique fut d’ailleurs suivie vis-à-vis de Zola, pendant de longues années. Maïs, pas plus que l’injure, le silence ne put avoir raison de sa gloire.

Cependant, en cette même année 1898, tandis qu'Emile Zola, traîné et condamné en Cour d’assises, se trouvait, chaque jour, couvert d’injures par une presse insensée, et voué aux gémonies, il se trouva un écrivain célèbre, que les événements devaient placer pourtant dans le camp adverse, qui ne craignit pas de lui apporter, l’hommage dû à son magnifique labeur et à son caractère.

Voici ce jugement de M. Paul Bourget, formulé au lendemain des Trois Viiles et qui honore également l’auteur des Essais de Psychologie contemporaine et du Disciple :

Les romans de M. Emile Zola sont sortis de cette conception ‘* que Taine définissait merveilleusement quand il appelait la litté- * rature ‘* une psychologie vivante ?”. L'’aureur des Rougon-Mac- ‘* quart a considéré le roman comme une espèce d’expérience hypo- ‘+ thétique tentée sur des données positives et dont la première ‘ condition était que les données fussent vraies et l’hypothèse ‘ Jogique. Quand l’heure de la justice aura sonné pour cetinfatigable ‘ ouvrier, on reconnaîtra quel labeur effrayant de documentation ‘* préalable suppose chacun de ses livres. On discernera aussi l’inten- ‘: tion constante de l’écrivain : établir sur la France contemporaine ‘* une enquête poussée le plus avant qu’il lui aura été possible

— enquête destinée à poser le problème dans ses conditions ‘ vraies.— Alors, on ne lui disputera pas ce droit à peindre la réalité

ce

totale qui est celui de tout sociologue, et plus simplement de tout historien. Si l’ardeur de la conviction, le courage de ses propres principes, l’intransigeance de la doctrine, la persévérance dans le travail, sont les hautes qualités professionnelles de l’artiste littéraire, on doit dire que M. Emile Zola est, à l’heure présente, une des figures en qui ces fortes vertus sont les plus évidentes. Toute son œuvre est empreinte de cette loyauté intellectuelle qui constitue, par elle-même, le plus efficace et le plus viril des ensei-

‘“ gnements. Voilà pourquoi il avait raison l’autre jour de protester

contre le reproche d’immoralité si légèrement, ou si perfidement, prodigué au résultat de son immense labeur. Il a pu dans ce colossal panorama de notre vaste démocratie, ne pas y voir toujours juste. La liberté de son coloris a pu froisser certaines délicatesses. Je défie qu’un lecteur de bonne foi, arrivé au terme des Rougon- Macquart et des Trois Villes, ne salue pas, dans l’auteur de ce vaste monument, un grand honnête homme de lettres et le plus

robuste talent de notre âge ?”.

Notes diverses du Manuscrit de ‘‘ Paris”

Résumé Analytiqne

Feuillets 1 à 192. — Ebauche.

— 194 à FIN. — Personnages.

Bibliothèque Méjanes, manuscrits, Tome 1° 1606.

Feuillets 1 à 5. — Plan par livres.

— 6 à 258. — Plan détaillé par livres Bibliothèque Méjanes. Manuscrits, tome II, 1607.

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