La science et le catholicisme
Prétendue banqueroute de la science.
— 20 à 32. — Note sur La Religion, par Tarde. — 33 à 64. — Notes sur: Saint-Simon (1760-1825). Fourier (1772-1837). Auguste Comte (1798- 1857); Proudhon (1809-1865). Cabet (1788-1856) ; Karl Marx.
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Feuillets 1
— 65 à 72. — L’Individualisme.
— 13 à 79. — Le Sacré-Cœur.
— 80 à 90. — Montmartre (avec plan de la Butte). — 91 à 105. — La politique. La crise ministérielle. Les
hommes politiques.
— 106 à 109. — Aspects de Paris.
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Bibliothèque Méjanes.
Lycées de filles. Ecole normale (avec prospectus du Lycée Fénelon et programmes des examens pour l’obtention des Brevets de capacité.
L’Arc de Triomphe.
Nitti. — Le socialisme catholique.
Note sur L’Anarchie du prince Pierre Kropotkine.
L’Anarchie. — Réquisitoire de Bulot au
procès Ravachol. — Procès Vaillant (procureur général Bertrand au siège du Ministère public). — Procès Emile
Henry. — Procès des Trente.
Le Congrès des Religions (traduction par J. La Cecilia, de Frédéric Harrisson).
Feuillets imprimés de La Revue Occidentale *””. |
Petits détails. — Coupures de journaux.
Manuscrits, tome III, 1608.
Extrait des Notes manuscerites
PORTRAIT DE PIERRE FROMENT, d’APRÈS LES NOTES DE TRAVAIL
PIERRE FROMENT, né en 1860, âgé de 36 ans. Il avait trente ans à Lourdes. Entre Lourdes et Rome, trois ans. Donc, il peut avoir trente-quatre ans, lorsqu'il revient de Rome. Et il est de retour à Paris depuis deux ans.
Portrait physique. — À trente ans, pâle, mince avec un large front. À seize ans, lorsqu'il entre au Séminaire : grand, mince, visage long, avec un front très développé, haut et droit comme une tour, tandis que les mâchoires s’effilent et se terminent par un menton très fin. Tout cerveau. La bouche seule, un peu forte, reste tendre. Dans la bouche, les yeux, une faim inapaisée d’aimer, de se donner et de vivre. Mais l’intellectualité revient quand même, il est toujours dévoré du souci de comprendre et de savoir. Plus tard, quand il ne croit plus, après avoir lu les papiers de son père : son père renaissait dans cette dualité héréditaire. Le haut de la face, le front droit en forme de tour, semblait s’être exhaussé encore, tandis que le bas, le menton fin, la bouche tendre, se noyait. Au début de Rome : élancé, immobile et fin. Il avait encore maigri après Lourdes, son visage s'était fondu. Depuis que sa mère l’emportait de nouveau, le grand front droit, la tour intellectuelle qu’il devait à son père, semblait décroître, pendant que la bouche de bonté, un peu forte, le menton délicat, d’une infinie tendresse, dominaient, disaient son âme, qui brûlait aussi dans la flamme charitable des yeux. Je le reprends donc à Paris deux ans après, il a trente-six ans ; mais
il faut que tout le ravage qui est en lui se peigne dans sa physionomie. Le néant, plus que de la cendre, l’idée que la charité est dérisoire, que le catholicisme rajeuni ne peut être la religion de la démocratie, l'attente de la catastrophe qui emportera le vieux monde, et plus rien qu’un sépulcre vide, sans croyance, sans espoir, tenu debout par la seule bravoure, continuant son métier de prêtre chaste (la phrase sur l'illusion). Très grande cette figure. Physiquement je la vois maigre, muette, des paroles lentes et cherchées pour que son secret ne lui échappe pas, toute l’apparence du bon prêtre, un peu froid et raide, s’enfermant strictement dans son ministère, avec quelque chose par instant de défiant, de hagard, d’épouvanté. La bouche de bonté alors a un pli d’amertume affreux, les yeux de tendresse deviennent noirs, pleins d’épouvante et d’angoisse, on sent une abominable détresse intérieure ; mais il se reprend, dit les paroles qu’il faut dire, fait les gestes qu’il faut faire. Pour la double hérédité : la bouche, les yeux, ie menton fin qu'il doit à sa mère noyés donc d’effroi et d’amertume, dans son éternelle faim d’aimer, de vivre et de se donner, qu’il croit ne plus devoir contenter jamais. Quant au front qu'il deit à son père, au front en forme de tour, le montrer dur, inexpugnable, la citadelle dont il souffre, la raison qui a fait sa crise et il est bien décidé à ne pas céder. Le livre est pour conter son évolution, la vérité trouvée dans la femme, l’enfant, la vie, le travail ; et à la fin j'aurai donc de lui un portrait où je reprendrai tout son visage, le haut. et le bas, la raison et le sentiment, son père et sa mère, enfin réunis, méêlés, satisfaits pour former un tout harmonieux. Un visage qui éclatera de force intellectuelle et de passion sentimentale entin contentée. Il contente sa faim de tendresse, sans blesser sa raison. Son équilibre vient de là. La nature contentée pleinement fait sa paix. N’est-il pas tout l’homme, la raison et le sentiment et ne souifre-t-on pas que de a lutte constante entre le sentiment et la raison?
Son histoire abrégée — Venu au mondelorsque son père touchait déjà à la cinquantaine. Sa mère avait quinze ans de moins que son père : âme croyante, soumise d’abord par la reconnaissance, puis qui s'était mise à l’aimer. 1 a cinq ans, lorsque son père meurt de l’explosion d’une cornue. Son frère Guillaume, qui avait alors seize ans, était pensicnnaire au coliège, et appartenait déjà à la science, au siècle. Lui a connu leur père, et ils pourraient avoir une conversation intéressante sur ce père, sur la petite maison de Neuilly. La mère ne garde donc d’infiuence que sur le petit et en fait un prêtre. Il est à seize ans au séminaire (et Marie de Guersaint en: a dix). Il est prétre à vingi- six ans. Sa mère meurt, il tombe malade, lit les papiers ce son père, pendant sa convalescence, dans le CaDuEs resté intact ; et il perd la foi, la lutte commence. Ido) ii va à Lourdes. Il était la raison... Son père Î’emporte. Pourtant l’idée, la soif du divin. Un Lieu rétablissant l’égalité, refaisant du bonheur, à coups de miracles. Quand l’homme a touché le fond du malheur de vivre, il en revient à l'illusion divine (répondre à cela. Une religion nouvelle chez les anarchistes : ‘* Pierre, dans son horreur de la violence, faisait cause commune avec la vieille société qui se défendait). Et le mot qui termine : ‘* Ii attendrait ””
Puis, à Rome. ‘‘ Il revenait de Lourdes l’âme morte, le cœur sanglant, n’ayant plus en lui que de la cendre ””’. Les ruines de son amour et de sa foi. La raison souveraine qui lui avait fait tout sacrifier. Quelqu'un pleurait en lui, sa mère sans doute, une immense tendresse éperdue que rien n’avait assouvie encore, qui se désespérait sans fin de ne pouvoir se contenter ””. (La femme et l’enfant le contenteront ). Et quand il connaîtra la seconde Marie, qu'il épousera, il comprendra que tout son malheur est venu de n’avoir pas épousé la première. Jeter la soutane, vivre de la vie naturelle (mais le pouvait-il alors?) Le long détour qu'il a fait, si douloureux pour en venir à une vérité si commune, si courante, si banale. Je reprends. La rencontre de l’abbé Rose, et la charité. C’est sa mère encore qui renaît, jusqu’au dénoûment de Rome, où son père l’emporte. Sa raison cédait. La tentative, l’espoir que le catholicisme rajeuni pourrait empêcher la catastrophe sociale, en devenant la religion attendue par la démocratie. Et il échoue. Son livre : La Rome Nouvelle, abandonné. Puis toute la fin du roman à reprendre. Il avait eu l’idée d’écrire un nouveau livre : La Rome vraie, pour achever de tuer Rome. Rome mourante, ne pouvant être ressuscitée. Son idée un instant d’un schisme. Et la science balayant tout, l’humble manuel. Celui-là suffisait, à quoi bon écrire l’autre, La Rome Vraie. L’inutilité dérisoire de la charité, le mot qui jaillit du peuple, le grand muet est : Justice. Balayer l’ancien monde pour reconstruire le nouveau. Amertume de Pierre sur sa naïveté, sur son illusion. Le grand muet, le peuple, ni au Quirinal, ni au Vatican: de lui-même, il se reprend. Et toute la fin de Rome : ‘‘* Partagé entre le besoin du divin qui tourmente l’homme, et la souveraineté de la raison qui l’aide à vivre debout, Pierre n’était sûr que de tenir son serment, prêtre sans croyance veillant sur la croyance des autres, faisant chastement, honnêtement son métier, dans la tristesse hautaine de n’avoir pu renoncer à son intelligence, comme il avait renoncé à sa chair d’amoureux et à son rêve de sauveur des peuples. Et de nouveau, comme après Lourdes, il attendrait ?””.
C’est là que je reprends Pierre, et il faudra que je répète textuellement ces lignes au début de Paris, pour bien poser clairement la situation. Les deux expériences manquées. Et j'aurai quelque part, quand il aimera Marie, une scène superbe, un débat en lui, avant de rompre son serment. La lutte suprême pour redevenir l’homme normal, le travailleur, l’époux et le père, la femme acceptée ; la vie totale avec le travail. La santé est là.
Pour grandir la figure, il faut que dès le début je le montre conscient de la naïveté, de l’indécision dont il a fait preuve jusque là. La bêtise de son voyage à Lourdes. Surtout son imbécillité d’être allé à Rome (tout ce qu’on lui a reproché}. Il faut le faire s’exprimer rudement là-dessus. Il s’est mûri, plus la moindre illusion, dresser la figure, le Pierre intérieur dans une grandeur sauvage. Il a touché le fond du néant. Et cela dès le premier chapitre. Opposer ce farouche négateur, ce nihiliste désespéré, au prêtre correct qu'il continue d’être.
Car c’est de là que je pars pour sa dernière évolution morale. Je l’ai, après Lourdes, après Rome, ayant perdu toute foi, ne croyant plus
à la divinité du Christ, ne croyant plus à un nouveau catholicisme,
à un retour au christianisme primitif pouvant servir de religion à la démocratie et empêcher la catastrophe imminente. Tout de suite aussi sur l’impuissance de l’Evangile(?) Avec cela l’idée que la charité est impuissante, que la justice est fatale et que la catastrophe ne peut plus être empêchée. Il ne sait d’où elle viendra, ce qu’elle sera ; mais il la sent inévitable, dans le peuple exaspéré qu'il fréquente. Lui, réduit à l’expectative. Et c’est ce qui peut faire son désespoir muet : pas de religion nouvelle, il connaît un schismatique qui lui fait pitié. Donc pas de schisme possible. Où est-elle la religion qui nous aurait sauvés? il ne la voit plus. Avec cela, il resteun tendre au fond, la violence lui fait horreur. C’est pourquoi il va se trouver contre les anarchistes, tout en les comprenant. Son frère les lui fera excuser. Je le pose au premier chapitre dans sa grandeur farouche. Mais je ne l’ai tout entier, expliqué complètement, que dans son entretien avec son frère, une confession de son être, qu'il n’avait jamais osé se faire si complète et qui épouvante même son frère. Tous deux s’embrassent, redeviennent les bons frères tendres de leur enfance. Mais Pierre, par sa tendresse, toujours contre la violence, les anarchistes. Guillaume ne peut que les lui expliquer et les lui faire excuser. D’autre part Pierre connaît très bien le cas de Salvat et peut se dévouer à le sauver(?}), malgré la vision du petit trottin tué, horrible et douloureux. Et l’évolution ne commence vraiment que lorsque Pierre a vu Marie. Alors, le ramener à la normale par l’amour, l’éclairer, l’adoucir, le sauver, en plusieurs phases. 1i faut qu'il cesse d’abord de dire sa messe, puis il quittera la soutane. Et alors contre l’attentat, obligeant son frère à abandonner son projet, par toutes les raisons sages et naturelles. Je fais de Pierre l’homme naturel. Son père et sa mère s’unissant en lui. Conclure par son personnage sur son idée d’une religion nouvelle. (Cette religion viendra-t-elle de la science?) En tout cas, depuis 89 une société nouvelle, une religion, si l’on veut, en enfantement. Et il faut lui donner des siècles pour aboutir. L'idée de justice aussi triomphant avec le peuple. Une nouvelle loi du travail faisant la part du quatrième Etat. Et, tout Paris travaillant à cela, malgré ses abominations et ses misères : tout bouillant dans la cuve, ce que nous appelons le bien et le mal, pour faire le monde de demain. Paris initiateur, Paris créateur. L’amour de la femme, la fécondité de la mère, l’enfant qui est l’avenir, la beauté, la bonté, le bonheur; le travail qui est la loi du monde, le régulateur même de la vie. Vision sur l’avenir peut-être. Sur la science, conclure. L’éternelle expansion. Le petit livre de Morin, l’alphabet, le manuel conquérant du monde. La science, seule base solide, seule reine et seule déesse
qu’on doit adorer.
(1606. Feuillets 194 et suivants).