OPINION DE PAUL BRULAT
.… Paris, qui clôt la série des Trois Villes, fut terminé au commencement de septembre dernier, c’est-à-dire deux mois avant que n’éclatât l’Affaire Dreyfus. Le livre n’en est pas moins une superbe et décisive réponse aux calomniateurs actuels. Il explique, il justifie
la généreuse intervention de Zola. Les mobiles en sont simplement cette admirable pitié pour les vaincus, cette formidable foi en la justice et en la vérité qui frémissent dans toute l’œuvre. Ah! que l’orgueil est loin de pareils sentiments! Jamais Zola ne nous avait révélé à un si haut degré que par ce livre, son ardent idéal, son âme d’apôtre révolutionnaire évoluant sans cesse vers une conception toujours plus large et plus attendrie de la vie, plus héroïque aussi. Il n’a pas songé à Voltaire ni à Calas ; il n’a pas songé à sa gloire, il a seulement obéi à sa nature, à son impulsion, à l’appel de sa conscience. Convaincu de l’innocence de Dreyfus, il ne pouvait agir autrement qu'il n’a fait. Des idées, il a passé aux actes, il n’a fait qu’appliquer sa doctrine, il a été sublime sans le vouloir, sans le savoir, naturellement, comme on respire. Voilà ce qu’on comprend, quand on a lu ce livre.
PAUL BRULAT, Les Droits de l'Homme, 6 mars 1898.