‹ Les Œuvres complètesChapitre 27 sur 34 · ARTICLE DE GUSTAVE GEFFROY · texte numérisé non relu

ARTICLE DE GUSTAVE GEFFROY

.… Paris est l’histoire d’un moment de Paris ; d’un moment que connaît bien Zola, de ces jours à peine révolus des scandales financiers et des attentats anarchistes. Le romancier a justement vu la corrélation morbide entre ces deux ordres de faits, et il a expliqué la désespérance farouche et la résolution violente d’un misérable sans pain, comme Salvat, par le vol insolent et le vil instinct jouisseur d’un Duvillard. Je vois bien que l’aventure tragique de Vaillant et celle d'Emile Henry, ont été utilisées par Zola, mais avec quelle imagination créatrice! La seule poursuite de Salvat à travers les fourrés du Bois de Boulogne, la battue à l’homme, est un chef-d’œuvre par l’allure haletante du récit. Tous ces personnages du livre sont des composés, des résumés, parfois arbitraires, et qu'il ne faut donc pas vouloir mettre en strict parallèle avec des personnages vivants ; ils ne peuvent en avoir que certaines caractéristiques, une silhouette, une intonation.

La beauté de Paris, c’est qu’au milieu de toutes ces déchéances, de toutes les tares, de toutes les tristes constatations du présent, le romancier a dressé les promesses de l’avenir.

.…. Les pages où Pierre s’évade de l’Eglise sont infiniment émouvantes, et aussi celles où son frère aîné Guillaume lui fait le sacrifice de la jeune fille qu’il voulait épouser, cette Marie vivante, saine, jeune, et qui va naturellement vers l’homme jeune. C’est un nouvel hymne à la vie que chante Zola en racontant ces fiançailles, et cette jeune fille si droite, si pure, qui veut être femme et mère, nous ia connaissons bien, elle a déjà, sous d’autres noms, traversé les romans de l’écrivain. C’est la muse libre et fière de ce poëte du vrai qui aura eu la gloire, à l’apogée de sa vie, de réaliser pleinement son idéal, de mettre d’accord en lui le rêve et l’action.

GUSTAVE GEFFROY L’Aurore, 10 mars 1898.

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