POINT DE VUE ANARCHISTE
.… Traitant de la vie de Paris, des idées qui y bouillonnent, des convoitises qui cherchent à s’y satisfaire, de l’état social qui fonctionne, Zola ne pouvait faire autrement que de toucher aux événements du jour. Ii a su les frôler d’assez près sans les suivre servilement ; il a su les coordonner pour leur donner leur signification propre. Et les tripotages financiers, les chantages de la presse, la corruption parlementaire y tiennent leur place. Peut- -être, aussi, pourrait-on trouver |là le mobile de certaines haïines qui se sont mamifestées à son égard.
La propagande anarchiste s’y trouve aussi, et y est en assez bonne posture. Vaillant sous la figure de Salvat ; d’autres se rapprochant pius ou moins des personnages dont le romancier s’est servi pour tracer ses portraits et que l’on devine, malgré que l’auteur se soit astreint à ne pas les copier exactement. Presque tout le mouvement y est, jusqu'à ses cambrioleurs autant mouchards que voleurs, qui font leurs affaires en même temps que celles de la police. Jusqu’aux snobs, aux détraqués de la gomme et de l’aristocratie qui entrent dans l’anarchie par genre, parce que c’est la mode, et qui, du reste, en ressortent aussi vite qu'ils y entrent.
Parce que, en parlant des anarchistes, il a essayé de se rendre compte de ce qu’ils pensent, de ce qu’ils veulent, parce que, faisant la part de l’outrance, de la provocation, il a essayé de mettre chaque chose à sa place, chacun en son rôle, de dégager les idées en ce qu’elles sont, les bourgeois traitent Zola d’anarchiste. Que n’a-t-il, comme les folliculaires qui font leur cour au public qui paie, injurié et bavé, au lieu d’être consciencieux : peut-être lui aurait-on pardonné son intervention en faveur de Dreytus.
Anarchiste, je ne crois pas que Zola le soit. Il se contente de rechercher le vrai autant qu’il lui est possible, de l’exprimer comme il l’a compris, essayant d'y asseoir son œuvre, sans se préoccuper de ceuxlà que ça peut mécontenter. C’en est assez, il est vrai, pour lui mériter cette épithète. L’anarchiste ne veut pas autre chose. Mais c’est de l’anarchie inconsciente.
Au fond, à mon avis, l’idéal de Zola, c’est Bertheroy, le vieux savant, membre de l’Institut, constellé d’ordres et de décorations, bourré de pensions et d’emplois et s’imaginant être le plus révolutionnaire de tous, parce qu’il travaille au développement de la science... Accepter les sophismes de Bertheroy, serait croire à la fatalité du progrès. Or ie progrès ne se fait qu’à condition qu’on l’arrache, à condition qu’on lutte contre ceux qui ont intérêt à le retarder.