UN POINT DE VUE CATHOLIQUE
. On peut se passer d’une religion, et même cela vaut mieux, selon M. Zola, et, par suite, il la supprime, sauf à substituer le laboratoire à l’église. Par contre, de quelque manière qu’on la conçoive et qu’on l’organise, une Société est indispensable. Il la conserve donc, mais à coridition de la remanier de fond en comble. Il jette bas ce qui existe et reconstruit sur des ruines. C’est la seconde partie de sa thèse, étroitement liée à la première.
.… Je suis bien fâché de le dire à M. Zola, mais il est bourgeois, il l’est essentiellement. Ïl l’est de naissance, de tempérament et d’éducation. C’est assez de le voir pour n’en point douter. Il l’est encore par la simplicité de ses goûts, par la tranquillité de sa vie privée, par la nature de son talent, par ses habitudes de travail, tout fait de méthode et de ponctualité par sa tâche quotidienne (nulla dies sine linea est sa devise de chef de bureau). Du bourgeois, il a l’esprit de suite, la ténacité, la force non sans lourdeur, la bonhomie un peu bourrue, le gros rire, la plaisanterie pesante. Il en a la confiance en soi, la certitude de son mérite, le scepticisme mêlé de candeur, l’äpre désir d’en imposer, de donner son opinion pour loi aux siens, puis à ses amis, puis au public.
Mais ie bourgeois le plus bourgeoisant a ses dadas et a ses marottes.
Si la terre ne tourne pas selon ses idées, s’il découvre un grain de
poussière ou un brin de paille dans l’engrenage social, il s’émeut, s'inquiète, s’agite et ne se tient pas de crier : Gare!
… et lorsqu'il sait écrire, il écrit Paris. Mais ce n’est plus M. Emile Zola, ce n’est plus un artiste, ce n’est plus un écrivain... c’est Homais sur le Sinaï. |
CAMILLE VERGNIOL.
La Quinzaine, 17 avril 1898.