VI AVANT-PROPOS
mort du chanoine qui avait passé dans l'ûtudo et la prière tous les jours de son humble et paisible existence. Mais consultez les théologiens qui furent les contemporains de l'un et de l'autre : ils vénèrent dans saint Bernard le moine éloquent, l'impétueux vengeur de l'orthodoxie déjà menacée ; mais son instruction est, disentils, imparfaite ; il a trop peu lu, trop peu médité; les arrêts qu'il dicte d'une voix formidable, il ne sait pas les justifier; tandis qu'à leur jugement Hugues de Saint-Victor est « la harpe du Seigneur, l'organe du Saint-Esprit (1), » le philosophe chrétien par excellence, un autre Augustin (2). C'est l'opinion de ces théologiens sur notre chanoine qu'exprime en ces termes Richard de Poitiers : « Il eut une telle science des choses divines que personne, dans son temps, ne la surpassa (3). »
Cependant savons-nous bien à quels titres Hugues de Saint-Victor a eu cet immense crédit ? On ne manque pas d'ouvrages qui portent son nom. Ils abondent da^s les manuscrits, et l'imprimerie venait à peine d'être inventée qu'elle s'empressait d'en multiplier les exemplaires.
(1) Jacobus de Viiriaco, Uist. Uccidenlalis, c. xxiv.
(2) Anonymus Carlhusiensis, De Beligionum origine. Martène, Ampliss. CoUecL, t. VI, p. 55.
(3) Rich. Pict. Chronicon; Dibl. nat. man. lai. n» 1755C, fol. 49Î.