‹ Les œuvres de Hugues de Saint-VictorChapitre 14 sur 39 · II. Dialogus de Sacramentis legis naturalis et scripta · texte numérisé non relu

II. Dialogus de Sacramentis legis naturalis et scripta

Ce dialogue entre un maître et son disciple nous offre une série de questions et de réponses sur des mystères que la théologie prétend expliquer. Il y a d'étranges réponses; cependant elles n"ont choqué ni Casimir Oudin ni les auteurs de VHistoire littéraire, qui s'accordent à louer cet écrit. Pour notre part, nous n'avons aucunement l'intention de le censurer. Nous étendons volontiers jusqu'aux théologiens cette liberté de tout oser qu'Horace concède aux peintres et aux poètes.

Dans le n° 222 de Gharleville le dialogue commence par cette question : Quid faction est priusquam rnundus fieret ? C'est-à-dire : Qu'avait fait le créateur avant de faire le monde ? Mais hâtons-nous de corriger ce texte défectueux. Il faut lire : Quid fuit priusquam mundus fieret ? Cette question est déjà bien assez indiscrète.

(1) Bibl. nat., n"^ 25-27, 2532. 2566, 33Û7, 14506, 15315, 15692, 15988; Mazarine, 433; Laon, 173, 463, 471 ; Tours, 85; Douai, 360 et 366; Oxford, collège Merlon, 13, etc., etc.

(2) Voiries nos oo83 et 14294 de la Bibliolh. nation.

(3) \ l'appendice du t. VI, dans l'édit. des Bénédictins.

()'l LKS (IKIVUKS I)K

(Juoi (ju'il en soit, la réponse est orlliodoxc : Snlus Deus. Mais celle qui va suivre l'est-elle ? Le Disciple demande: L'hi faclus est )nundus ? Et le Maître n'-pond : In Dca. Ce n'est pas là, du moins, ce que l'Eglise a toujours permis de dire ; pour en fournir la preuve, nous n'avons qu'à rappeler la sentence rendue contre Amaury de Bennes et David de Dinant, Hugues n'insiste pas d'ailleurs sur celte assertion périlleuse. Il y aurait insist»', suivant Etienne de Bourbon, et aurait ainsi défini Dieu : Deus est super omnia non elatus, subter omnia non substratus, inter omnia non inclusus, extra omyiia non crclusus (1). Mais Etienne de Bourbon s'est trompé. Cette définition poétique de l'es-sence divine n'appartient pas au chanoine de Saint- Victor ; elle est d'Hildebert:

Intra cuncta, nec inclusus:

Hxtra cuncta, necexclusus:

Super cuncta, nec elatus ; Subter cuncta. nec substratus (2)...

Hugues définit ici la matière première comme dans ses gloses sur la Dentateuque, et pour exprimer la même opinion il se sert des mêmes termes H reproduit parcilh-ment l'explication bizarre qu'il a déjà donnée sur l'extraction de cette côte (lui, transformée, doit devenir la compagne d'Adam. La question est de savoir pourquoi Dieu l'a tirée de l'homme dormant plutôt que de l'homme éveillé ; et la réponse est qu'il

(1) Etienne de BoBrbon. De seplcm donis; n» t5970 de la Bibliolh. nat., f. 8, verso.

(2) Opéra Ilildeberti. edento iJeaugcndre, col. I.']37.

l'a tirée de l'homme dormant pour ne lui causer aucune douleur. Quelques passages doivent être cités textuellement.

« Le Disciple: Pourquoi Dieu n'a-t-il pas fait tous les hommes à la fois, comme les anges? — Le Maître: Parce qu'il a voulu que le genre humain eût un seul principe. — Le Disciple : Mais pourquoi a-t-il voulu cela? — Le Maître:FouT rabattre l'orgueil du diable. Le diable ayant eu Porgueilleux désir d'être un principe autre que Dieu, Dieu voulut, pour châtier son insolence, que Phomme eût Phonneur de lui ressembler en ce point qu'il fut principe de génération pour les autres hommes, comme il était lui-même principe de création pour Pensemble des êtres. » Ce que nous venons de citer a pour objet de faire voir que parfois le Maître se tire d'embarras en homme d'esprit. Quelques-unes de ses réponses, étant plus sérieuses, ont pkis de portée. Il s'agit, par exemple, de savoir comment certains hommes ont pu triompher du diable avant Père de la grâce, sous le régime de la loi. Ils ne Pont pu, répond le maître, que par le mérite de la passion du Christ. Le disciple trouve la réponse obscure et demande qu'elle soit exphquée. « Que dirai-je du Verbe incarné ? N'est-ce pas un roi venu dans ce monde, après avoir revêtu l'humanité, pour y guerroyer contre le diable et l'en chasser comme un usurpateur établi par la violence dans le domaine cPautrui ? Et ces saints des premiers âges, qui furent avant l'Incarnation les élus de Dieu, comment les appellerai-je, si ce n'est la vaillante avantgarde du roi qui devait venir Et ces autres élus,

66 LES oF.rvnES de

([ui l'ont été, (jui le seront, (l(>j)iiis l'Incarnation jusqu'à la consommation des siècles, que sont-ils, si ce n'est d'autres soldats formant l'arrièrc-gardo du même roi, tous animés d'une ardeur pareille, ayant, il est vrai, miliciens nouveaux, des armes nouvelles, mais armés par le même chef pour livrer hataille au même ennemi ? Ainsi donc, cju'ils marchent à lavant ou bien à l'arrière, ils portent les insignes symboliques du même roi, c'est pour ce roi quils combattent et contre le même tyran ; la seule diirérence est (jue les uns sont venus avant le roi, les autres après. Tu vois donc comment, depuis le commencement jusqu'à la iin des temps, tous les bons S(jnt des Christs car il n'y a que les Christs qui triomphent du diable. » Mais, reprend le disciple, il faut de cela conclure qu'il y a eu des chrétiens dès le commencement du monde. « Le Maiire : Rien de plus vrai. — Le Disciple: Cependant beaucoup de gens ne sont pas de cet avis. » Qu'on note cette remarque mise dans la bouche du disciple étonn<';. Hugues se plaît donc à déclarer luimême que sa créance n'est pas, en ce cas, la créance commune. L'en blàmerons-nous ? Non sans doute. Les hommes qui se sont élevés par l'étude au-dessus de la foule peuvent à bon droit être fiers de ne pas toujours penser comme elle.

Ce dialogue est anonyme dans les n" 470'J (fol. 9.')) et 12312 (fol. 174) de la Bibliothèque nationale ; mais il porte le nom de Hugues dans les n*" l'J08, 2929, 1 'i.303 et 15(582 de la mémo bibliothè(|uc, ainsi que dans les n°* 222 de Charlevilir, 128 de lUjulognesur-Mer et dans un volume de la Bibliothèque impé-

rialc de Vienne décrit par Denis (1). Cette attribution ne paraît pas contestable. L'auteur se révèle en se répétant. Que néanmoins on ne considère pas comme une répétition de l'auteur le compte rendu de certain procès entre Dieu, l'homme et le diable que nous retrouverons dans une glose sur les Psaumes et dans le traité des Sacrements. Sa vraie place est, pensonsnous, dans notre dialogue ; ailleurs c'est une interpolation faite par des copistes.

Le même opuscule est encore intitulé Dialogus super Genesimel Dialogus de Veteri Testamento, sive creatione muncU. Denis le mentionne comme inédit. Il a commis cette erreur pour avoir été trompé par un titre qui diffère du titre imprimé.

IIL Summa Sententiarum.

Cet ouvrage est, en effet, intitulé, dans quelques manuscrits, Sentent iœ ; mais on le trouve encore sous ces autres titres : Tractatics ,theologicus, Tractatus de quivstionibus theologlcls, Liber sacramentorum, Liber minor de sacramentis. Il se divise en sept parties, dont la première a pour objet la Trinité, la seconde les anges, la troisième l'homme, et les quatre dernières les sacrements. Nous avons d'abord à présenter quelques observations sur le texte ; nous discuterons ensuite toutes les conjectures qu'on a faites sur l'auteur.

Dans un très grand nombre de manuscrits ce texte commence par : De fuie et spe qux in nobis est omni

(l) Cod.man. Uieol. Vindob., t. I, col. 27'2S.

08 LES OKfVRES DE

poscenti reddere rationem, ut ait Petrus in epistola sua, parati esse debemus. De celto phrase et de plusieurs autres qui suivent les éditeurs do 1648 ont fait une préface. Etrange préface, rjui peut tout au plus servir d'introduction aux trois chapitres qui viennent immédiatement après ! Les manuscrits n'ont pas de préface; c'est un chapitre du livre même qui commence par les mots De fide et spe. Voilà notre première remarque. En voici maintenant une autre plus importante.

On s'explique mal qu'un traité particulier sur la Trinité, faisant corps avec six autres et formant avec eux un cours complet de théologie, débute par trois chapitres sur la foi, l'espérance et la charité. Il semble que l'auteur doit être amené par quelque chose à discourir sur ces vertus, et (|uc l'ouvrage est incomplet dans les nombreuses copies (|ui commencent par cette digression. Telle est, en effet, la vérité. En d'autres manuscrits les premiers mots de l'ouvrage sont : Indubitanlcr credo unum Deuni esse et non pluies, juxta illud Moysi : Audi Israël, et vient à la suite une ample exposition des principaux dogmes de la théologie chrétienne. L'auteur déclare d'abord sa doctrine sur l'unité de la cause universellement créatrice et sur ses attributs nécessaires. Il dit ensuite en quoi consiste l'essence propre de Dieu, la distinction des personnes divines devant être expliijuée plus hjin. Mais, en terminant sa démonstration d'un Dieu substantiel, l'auteur s'aperçoit bien (ju'on peut faire de graves objections à tout ce qu'il vient de dire sur ce grand mystère ; il s'arrête alors pour déclarer très

volontiers, sans que l'aveu lui coule, que, si la raison n'enseigne pas de telles vérités, elles viennent de la foi, et c'est alors qu'il entame sa digression sur les vertus théologales. Ainsi se termine, dans le manuscrit que nous avons sous les yeux, le chapitre relatif à la substance divine : Quod si contigerit a dialecticis, pcr ea quœ j uxla soUtum naturœ cursum et icsus vocum inventa sunt, sive judxo, siue luvretico, impugnarl veritatem catholicam quœ est de natura divinx substantix omnia ineffahlliter transcendente. quamvis catJiolicus nequeat humana ratione refellcre, tamen nihilominus in fide, qux tantis auctoritatibus innita est, constanter permaneat, memoriter recolens illam fidem non habere merltum cui humana ratio prxbet experimentum. Et, aussitôt après, commence le chapitre dont tels sont les premiers mots : De fide et spe, etc., etc.

Le manuscrit avec lequel nous venons défaire cette correction est un beau volume du xii'' siècle, qui, conservé jadis à Saint-Germain-des-Prés, est aujourd'hui le n° 12528 du fonds latin, à la Bibliothèque nationale. Le collège de Saint-Jean-Baptiste, à Oxford, en possède un semblable, sous le n" 98. Il ne faut pas s'étonner de rencontrer tant de copies incomplètes. Les copistes du moyen âge ont commis beaucoup de ces mutilations ; mais nous n'avons pas à leur en demander un compte très sévère. Leurs obligations n'étaient pas celles des éditeurs modernes, par qui les textes des auteurs doivent toujours être scrupuleusement respectés. S'ils copiaient pour eux-mêmes, ils pouvaient librement laisser de côté ce qu'ils jugeaient

70 LES oF.rvnEs df.

inutile; s'ils copiaient pour les autres, les autres avaient le même droit do leur imposer tels ou tels retranchements. Il est vraisemblable que, des le xii* siècle, un d'entre eux aura détaché les premiers chapitres de la Somme pour en faire un traité particulier sur la nature de la substance divine, et (juc cette disjonction aura, dans la suite, prévalu. Ce qui nous porte à le croire, c'est que Jean de Tritenheim inscrit parmi les œuvres de notre chanoine un traité qu'il intitule : De nalura Dci simplici liber unus. Or, d'une part, ce traité manque dans les éditions et, d'autre part, le litre conservé par Jean de Tritenheim répond exactement au contenu des premiers chapitres de la ^o^n^î^'dans les exemplaires complets.

Il s'agit maintenant de faire connaître et d'apprécier les conjectures diverses que l'on a faites sur le nom de l'auteur. Les deux manuscrits complets, précédemment cités, sont anonymes. Sont également anonymes les exemplaires contenus daps les n'" 940 et 080 de la Mazarine, 2G5 et 388 de l'Arsenal, 1 1 et 80 de Chalons-sur-Marne, 58 de Vendôme, 388 de Tours, 524 de Troyes, 5'2 de Nîmes, 205 de Toulouse, 388 de Tours, lGi2 de Vienne, 700 de Turin, 80 et 232 des Cod. Laud. miscelL, à la IJodleienne, etc., etc. Mais dans les n"* 3244 de la l{ibliothè([ue nationale, 75 d'Alcobaça et 1264 de Troyes, l'auteur est appelé marjistcr Olho. Enfin, longtemps après avoir été publié par les chanoines de Saint- Victor sous le nom de leur confrère, il l'a été de nouveau, en 1708, sous le nom d'Hildebert de Lavardin. Voilà donc plusieurs attributions constatées. Laquelle admettre ?

Nous traiterons d'abord des six premiers livres, faisant nos réserves à l'égard du septième, qui doit être l'objet d'une critique particulière.

L'Histoire littéraire ne doit nous être ici d'aucun secours. Après avoir loué cet ouvrage dans leur tome XI, p. 362, comme étant d'Hildebert, les auteurs de VHistoire littéraire Font encore plus vanté dans leur tome XII, p. 29, comme étant de Hugues, et puis ils Font cité, dans le tome XIX, p. 231, comme étant peut-être d'Eudes de Chateauroux. Nous avons donc à rechercher ailleurs les informations qui nous sont nécessaires.

Hildebert doit être immédiatement écarté. Son éditeur, dom Beaugendre, était bien l'homme du monde le plus incapable de discerner, en ces matières, le faux du vrai. Nous sommes en mesure de prouver que le recueil formé par cet éditeur crédule contient moins de pièces authentiques que de pièces apocryphes. Cependant il n'a pas introduit ledit traité dans ce recueil sans douter qu'il fût d'Hildebert et sans avouer ce doute, le manuscrit auquel il a fait l'emprunt de son texte n'offrant aucun nom d'auteur. Or le nom d'Hildebert ne se lit, nous pouvons l'assurer, dans aucun autre. Il n'y a donc pas lieu d'insister davantage sur celte attribution dépourvue de tout fondement.

Reste maître Odon. Mais quel est ce personnage ? On a mis en avant Eudes de Chateauroux. C'est une conjecture non moins frivole. Eudes de Chateauroux, évêque de Tusculum, aujourd'hui Frascati, mort à Orvieto en l'année 1273, ne peut être l'auteur d'un

livre dont on a des copies faites avant sa naissance (11. Le P. Honoré de Sainl-Honavcnlure propose (lérani ndon , lliéologicn très renommé dans Tordre des Mineurs (2). Mais celle proposition est encore plus inacceptable, Gérard Odon étant mort vers le milieu du XIV'' siècle. C'est peut-être, forlc^ dit le rédacteur du Catalogue des manuscrits de Troyes (3), Eudes, abbé de Saint-Père d'Auxerre, (jui vivait encore, diton, en l'année 1181 ('«). Ici, nous le reconnaissons, il y a convenance entre l'époque des manuscrits et celle de l'auteur supposé ; mais cet Eudes, abbé de Saint- Père, n'a jamais été signalé, même dans son ordre, comme ayant écrit un livre quelconque, et l'on ne saurait admettre que l'auteur d'un ouvrage aussi longtemps célèbre que la Somme des Sentences soit demeuré jusqu'à ce jour un écrivain tout à fait ignoré. A notre avis, d'autres contemporains du même nom, soit Eudes de Soissons, soit Eudes abbé de Sainte- Geneviève, pourraient être mis en cause avec plus de vraisemblance. Cependant nous les laisserons de côté les uns et les autres, pour démontrer, pensons-nous, clairement que l'œuvre est bien placée dans le recueil de notre Victorin.

Si, comme nous l'avons dit, quelques copies l'attribuent à certain mailre Odon, Hugues de Saint-Victor est l'auteur désigné par le plus grand nombre des manuscrits, entre lesquels nous en pouvons citer

(1) Voir notre notice sur Quelques lettres d' Innocent JV, dans les Notices et extraits des man., t. XXIV, «lenxitMne partie, p. 20i.

(2) Comment, de Mcohnc, hibliolli., p. 342.

(3) Catal. des man. des bibl. des départ., t. M, p. 220. (ij Uisl. liltér. de la France, t. XIV, p. 3i'J.

au moins un de son temps, le n" 2916 de la Bibliothèque nationale, provenant de Cluny. Joignons-y les n"^ 15139 de la même bibliothèque, 363 et 364 de Douai, 738 de Vienne et 304 de lord Ashburham. Pourquoi récuser leur témoignage ? Le P. Honoré de Saint-Bonaventure y fait, il est vrai, cette objection. 11 y a dans les Sentences communément données à Hugues de Saint- Victor des phrases qui se retrouvent, presque sans changement, dans les Sentences de Pierre le Lombard. L'emprunt est manifeste ; orce n'est pas un tel docteur que Pierre le Lombard qui peut être réputé l'emprunteur. L'objection n'est certainement pas valable. En effet, pourquoi Pierre le Lombard, composant à son tour une somme de théologie, n'aurait-il pas, avec une liberté qu'on prenait souvent au moyen âge, imité de très près, dans plusieurs chapitres de son gros livre, quelques bons passages d'une autre somme, très estimable et très estimée, dont l'auteur passait à bon droit pour le plus habile des théologiens modernes? Cne autre comparaison était à faire. Ldi Somme des Sentences est quelquefois intitulée, comme nous l'avons dit, Liber sacramentorum, Liber minor de sacramentis. Eh bien ! il l'aurait fallu comparer au grand traité Des Sacrements et l'on aurait aussitôt reconnu que les deux ouvrages sont calqués l'un sur l'autre, que les même décisions, sur tous les points importants, y sont reproduites dans les mêmes termes et que le plus court des deux serait d'un effronté plagiaire, si l'un et l'autre n'étaient pas du même auteur. Le moyen âge nous a laissé beaucoup de ces rédactions abrégées. Nous constatons le fait sans en

/ 1 LES OKIVRKS DK

rcclicrcbcr loulcs les Ciuiscs. Il sullil de rappeler (jue les écoliers les demandaient cux-mùmes à leurs maîlres.

Le seplirmc livre réclame, avons-nous dit, un examen parliculicr. En effet, un manuscrit de très bonne date, le n° 392 des Cod. Lawl. miscelL, à la Bodleienne, le sépare des autres pour l'attribuer à Gauthier de Mortagne. Ce septième livre, qui tout entier se rapporte au mariage, diffère, nous le reconnaissons, des précédents sous le double rapport de la composition et du style. Hugues n'est guère canonisle; il est encore moins légiste; ses autorités sont uniquement les livres saints et les Pères. Or, pres(iuc toutes les règles de conduite données dans ce livre sont empruntées à des textes légaux. On remarque, en outre, que les raisonnements appuyés sur ces textes sont développés avec une insistance minutieuse qui n'est pas habituelle à notre prieur. Il n'est certes i)as impossible que celui-ci, mort jeune, n'ait pas eu le temps d'achever ses Sentences, et que Gauthier de Mortaune, son grand ami, qui lui survécut d'environ trente années, ait pris le soin d'y joindre un complément jugé nécessaire. Ce septième livre se trouve d'ailleurs, dans le n" 210 de Douai, isol»' des six autres et sans aucun nom. Le copiste paraît l'avoir transcrit comme un traité particulier sur le mariage, laissé par un auteur inconnu.

Quoi qu'il en soit, plusieurs chapitres manquent ù ce septième livre dans les éditions de 1048 et de 185'i. Il s'arrête en eiîet, dans ces éditions, comme dans un certain nombre de manuscrits, au milieu

d'une dissertation sur les secondes noces, et un exemplaire venu de Saint- Victor à la Bibliothèque nationale, le n" 15125 du fonds latin, nous offre encore, outre la fin de la dissertation inachevée, quelques chapitres dont pas un ne semble superflu.

Un autre ouvrage existe sous le même titre, Sejitentiœ, et sous le nom d'Hugues, dans le n" 219 du collège Balliol, à Oxford, où il commence par : Ad instructionem minorum quibus non vacat opusculorum variorum ^jrolixitatem jjerscrîitai'i. Nous le connaissons, l'ayant aussi rencontré dans les n"' 14883, 16412 de la Bibliothèque nationale et 1015 de la Mazarine. Il est encore dans le n^SOS de Bruges, sous le titre de Tractalus theologùc perutil/s, dans le n" 397 des Cod. Laud. miscelL, à la Bodleienne et dans le n° 202 du collège Merton. Mais dans tous ces manuscrits, si ce n'est dans celui du collège Balliol, il est pareillement anonyme. Si donc les éditeurs l'ont omis, nous ne le leur reprochons pas.

Page 1