‹ Les œuvres de Hugues de Saint-VictorChapitre 15 sur 39 · IV. De sacramentis christianœ fîdei · texte numérisé non relu

IV. De sacramentis christianœ fîdei

Ce traité Des Sacrements est l'ouvrage le plus digne de la grande renommée de Hugues de Saint- Victor. Dans aucun de ses autres écrits il ne parle un aussi beau langage ; dans aucun il ne tempère les inclinations mystiques de son cœur par un meilleur emploi de la méthode dialectique. Si la Somme des Sentences est un abrégé de la théologie, le traité Des Sacrements est une exposition complète de tous les dogmes, avec une réponse qui sera longtemps jugée satisfaisante

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à toutes les objections élevées au xii" siècle par l'cs- {ii'it d'oxanicn.

Il n'y a pas do contestation sur rauthenticité de cet ouvrage. Tous les manuscrits et tous les bibliographes le donnent à l'illustre prieur, Gauthier de Saint-Victor (1). Saint Thomas (2) et saint llonavciiturc (.'}) le citent sous son nom, et il est superilu du chercher de nouvelles preuves pour établir la parfaite légitimité de cette attribution. Nous n'avons, d'ailleurs, aucune remarque à faire sur le texte publié par les éditeurs.

Mais nous avons à signaler une étrange et vraiment impardonnable erreur commise par les auteurs de ï Histoire littéraire à l'occasion de cet ouvrage. Au chapitre qui concerne les œuvres inédites de notre prieur ils annoncent en ces termes une découverte qu'ils se flattent d'avoir faite: « A la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, nous avons rencontré sous le n° 131 : Iluf/onis a Sancto Victor c llcxamcron. C'est un traité philosophique et théologi(iue, dans lequel on résout d'une manière fort subtile et non moins solide les plus importantes questions sur l'ouvrage des six jours (i). » Oui ne les croirait ici i II s'agit d'un volume que les BiJnédictins doivent, comme il semble, exactement indiquer. Il est à Saint-Gurmain, en leur possession, sous leurs yeux. Eh bien, Tindica-

(1) Ribl. nal., man. lat., n* I lôDO, fol. 39, verso.

(2) Notamment dans les Quodlib. ; quodiib. iv, art. 9; cl dans la Somme de ihéol., iiart. III, (|ux'sl. xlv, art. 3.

(3) In icrtium Sentent, dist. XXI, quaesl. vi cl disl. XXJII, quacst. I Cl II.

(4) IJisl. lillér. de ta Fr., i. XII, (.. CI.

tion est fausse; le volume qui portait en 17G3 le n" 131 de Saint-Germain est occupé tout entier par des postules sur l'Écriture qui n'ont aucun rapport avec le traité philosophique .signalé par les Bénédictins, et l'auteur de ces postilles sur l'Ecriture est Nicolas de Lyre. Le traité philosophique, il faut l'aller rechercher dans l'ancien 131 de Saint-Germain, inscrit, depuis l'année 1740, sous le n° 914, et qui figure aujourd'hui sous le n" 13423 parmi les manuscrits latins de la Bibliothèque nationale. Mais du moins y trouvons-nous , en ayant fait la recherche , cet Hexameron inédit, cet ouvrage précieux dont les éditeurs de l'année 1648 ont, dit-oU; ignoré l'existence ? Nous y trouvons le premier livre des Sacrements^ dont la matière principale est, en effet, l'œuvre des six jours ; mais il n'y a rien là de nouveau, rien d'inédit, le traité Des Sacrements ayant été souvent pubhé depuis l'année 1485, où, comme il paraît, il le fut pour la première fois (1).

Ce traité Des Sacrements étant un ouvrage très considérable, où sont discutées les questions les plus diverses, on ne s'étonne pas de rencontrer dans les manuscrits, sous des titres particuliers, des fragments détachés de ce vaste ensemble. Ainsi dans le n° 16823 de la Bibliothèque nationale, on lit, fol. 145, un de ces fragments intitulé De corpore Domini. Qu'on ne le croie pas non plus un opuscule inédit.

Hugues de Saint- Victor est encore l'auteur désigné d'un autre Hexameron conservé dans le n" 37 des ma-

(1) Hain, Repert. bibliogr., t. III, n» 9025.

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nuscrits de Toussaint {AU soûl), à Oxford, cl (jui commence, au rapport do M. Goxe, par ces mots : Libnua istum, urgent ibus fratribus. Mais cette désignation ne nous inspire aucune confiance. Si Touvrago (Hait vraiment de notre prieur, on en aurait plus d'une copie, et le manuscrit de Toussaint ollre seul son nom.

IV. De arca Xoe marali. — De arca Noe myslica. — De Yanitate mumli.

Les trois traités dont nous venons de reproduire les titres se succèdent en cet ordre dans Tédition de 1854. Dans l'édition de lG'i8 l'ordre est contraire. L'ordre préférable est celui de 185'i. En effet l'auteur nous informe qu'il a d'abord écrit V Arche morale^ puis V Arche mystique Gu^w le traité 5ur la vanitédu monde. Ou'on nous permette cependant de revenir, pour montrer quel est cet auteur, à l'ordre justement abandonné. Non seulement cela nous offrira plus de commodité pour traiter les questions que nous avons à résoudre, mais encore cela rendra l'intelligence do nos solutions plus facile.

Dans le second livre du traité De Vanitate mundi, Oudin a remarqué la phrase suivante, qui contient un précieux renseignement : De his scriplionibus in alio quodarn libro quem de Arca composuimus plura diximus (1). Il s'agit des dimensions mystiques de l'iirche de Noé, et l'auteur nous avertit qu'il a disserté plus amplement sur ces dimensions dans un livre de sa façon intitulé De Arca ; ce qui nous ren-

(I) Édit. tic 1854, t. II, col. 717.

voie au livre IV, ch. ix,de V Arche morale. Ce chapitre nous offre, en effet, des explications très étendues sur tout ce qui se trouve sommairement énoncé dans le second livre du traité De Vanitate mundl. C'est un vrai fatras de subtilités tropologiques, que l'on a bien de la peine à comprendre quand on n'a pas un penchant naturel pour ce genre de divagations ; mais il n'importe : le rapprochement que nous venons de faire entre les deux ouvrages prouve, du moins, qu'ils sont du même auteur, et c'est là tout ce qui nous intéresse en ce moment.

L'Arche morale et V Arche mystique ont été réunies par Casimir Oudin comme étant deux parties d'un seul traité. Doivent-elles rester séparées, telles que nous les présentent les éditions de 1G48 et de 1854 ? Nous reviendrons plus loin sur cette question très embrouillée par la diversité des témoignages. Il nous suffit présentement de constater ceci : du consentement de tout le monde, il convient d'attribuer au même auteur les trois traités imprimés sous ces titres: De Arca mystica, De Vanitate mundi, De Arca morali.

Il s'agit maintenant de le nommer. Toujours prêt à disputer contre Hugues de Saint- Victor, Oudin s'efforce d'établir que cet auteur est Hugues deFouilloi, qui, dit-il, fut un des moines noirs de l'abbaye de Gorbie, et il signale, dans l'un des trois traités, divers passages très élogieux pour l'illustre fondateur de la religion bénédictine ; ce qui, s'empresse-t-il d'ajouter, trahit manifestement un de ses disciples -.-Quod monachicm benedictinum olet, neutiquam vero canonicum regularem. Mais que vaut cette preuve ? Hugues de

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Fouilloi, prieur de Saint-Laurent d'IIcilly, apparloiiail à Tordre de Saint-Auguslin. Oudin nous déclare ensuite qu'il a consulté les manuscrits cl (ju'ils Tout confirmé dans son opinion. Cependant il est prudent de les interroger après lui.

Entre les exemplaires de ce traité que possède la lUbliollièque nationale, le plus ancien est dans le n" 15139, venu de Saint-Victor. C'est une copie qu'on rapporte au \u° siècle. Or Hugues est l'auteur qu'elle désigne. Il est encore désigné par d'autres manuscrits de même date, les n"* 304 de Douai et 301 de Troyes. Est-il nécessaire d'interroger les copies plus modernes ? Elles abondent. Pour ne citer que les u"* 3007, 1 'i50, 15315 et 15G95de la Bibliothèque nationale, ces volumes sont des recueils de traités tous attribués à noire Viclorin. Il est vrai qu'un exemplaire nous est indiqué, dans le n" 3G38 de la même bibliothèque, sous le nom du cardinal Hugues de Sainl-Chcr. Mais cette indication fautive est uni(iuement imi»utable à l'auteur d'un catalogue. Le n" 3038 est un volume du xv" siècle, qui contient, en cllét , une copie du De Vanitate mundi ; mais en tête de cette <'opie figure le simple nom de Hugues, nullement celui du cardinal Hugues de Saint-Cher. Si nous consultons ensuite quelques-uns des nombreux manuscrils qui nous oiïrentlestleux autres traités unis ou séparés, comme, pare.xemple, les n°» 2531, 2032, 10031, 12201, 13422, 15005, 15315, 15092, 15734 de la bibliothèque nationale, nous y trouvons la même information au sujet de l'auteur ; pas une seule des cojiies que contiennent ces volumes n'est sous un autre nom que celui de

notre chanoine. Le n° 2531, qui paraît aussi du XII® siècle, contient même à cet égard les renseignements les plus précis, car en voici le titre : Incipit liber de Arca Noe pro arca sapientix, cum arca Ecolesi;c, cum arcainterioris gratix, quem composuit Iliogo, prior sancti Victoris Parisiensis. Qu'on le remarque, tous les manuscrits que nous venons de citer sont à la Bibliothèque nationale. Combien d'autres bibhothèques en possèdent de pareils? Quand donc Casimir Oudin nous envoyait aux manuscrits, il commettait une grande imprudence : les manuscrits sont tous d'accord pour condamner et non pour justifier son opinion.

Mais le Traité de V Arche ou l'un des traités de V Arche n'est pas le seul de ses écrits antérieurs que cite l'auteur contesté du De Vanitaie rerum mundanarum. C'est une remarque déjà faite par les rédacteurs de Y Histoire littéraire, qui, l'ayant faite, argumentent ainsi : «Aux divers moyens qu'Oudin emploie pour dépouiller Hugues de Saint-Victor de ses trois écrits et les transporter à Hugues de Foulois (il s'agit, on le comprend bien, du De Vanitate et des deux livres de VArche)^ nous n'avons qu'un mot à opposer, et ce mot est tranchant. L'auteur, dans un endroit (page 297, col. 2), renvoie, pour plus grand éclaircissement de la question qu'il y traite, à son livre De tribus diebus, ouvrage dont nous rendrons compte ci-après, et que personne, de l'aveu d'Oudin lui-même, ne peut refuser à notre Yictorin.)) C'est ainsi que s'expriment, au tome XII de l'Histoire littéraire, page 18, les successeurs immédiats de dom Rivet. Mais, au tome XIII,

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dans sa notice sur Hugues do Fouilloi, dom Hrial discute de nouveau la mémo question en des termes qui ne sont guère courtois pour ses anciens confrères. Rappelant le passage du tome XII que nous venons de reproduire, il le critique de celte façon: « Il y a dans cet endroit une distraction inconcevable de la part do l'auteur. Tout y est controuvé. Le renvoi au livre De tribus dichus, ou [)lutôt De Opcribus trium dicrion^ ne se trouve pas à la page 297, colonne 2, du tome II (ju'on indique. 11 n'y a, dans la collection du Victorin, aucun ouvrage qui porte le titre de De tribus diebus^ ou un semblable. Le rédacteur de l'article, qui promet do rendre compte de cet écrit un peu plus bas, n'en dit pas un mot.» Evidemment queliju'un s'est trom[)(''. Mais le coupable, c'est celui qui montre si peu d'indulgence pour les erreurs de son prochain. En effet dans cette édition, si souvent fautive, de rann(''e lOiS, trois pages du second volume portent le n° *2U7, et le renvoi signalé par les prédécesseurs de dom Brial est à la page qui devrait porter le n° 293 ; au bas do la première, non pas, il est vrai, de la seconde colonne. En voici les termes : Immensitas ad patent iam, pulchritudo ad sapientiam, utilitas ad bcnignitatem pertinet. Quiv si quis plcnius nosse voluerit, inspiciat tractalum quem fecimus^ cui titulus est De tribus Dirbus. L'argument invoqué dans le tome XII contre les dires frivoles de Casimir Oudin reprend donc sa valeur première : V Arche mystique et le De tribus diebus sont du même auteur. Mais dom Urial ajoute qu'on no rencontre, dans toute la collection du Victorin, aucun ouvrage sous ce dernier litre. En cela dom Brial est

un témoin fidèle. Mais il ne l'est plus lorsqu'il affirme que l'auteur de la notice sur Hugues de Saint-Victor « ne dit pas un mot » de cet ouvrage, après avoir promis d'en parler. Voici ce que nous lisons à la page 21 du tome XII, à la fin des explications données sur les six premiers livres du Didascalicon : « Le septième livre paraît un ouvrage isolée que l'auteur, suivant tous les manuscrits, avait intitulé De tribus diebus. Son objet, dans ce livre, est d'élever l'homme, par la considération des créatures, à la connaissance du mystère de la Trinité. » Ce qui est parfaitement exact. Le Didascalicon, dont nous parlerons bientôt, n'a que six livres dans tous les manuscrits d'une bonne antiquité ; le septième est une addition qu'on a faite dans la suite, sans raison plausible, par un procédé tout à fait arbitraire, et c'est ainsi qu'a disparu l'écrit intitulé par l'auteur De tribus diebus. Or l'opuscule qui porte dans les manuscrits ce titre énigmatique est attribué sans contestation à Hugues de Saint-Victor. 11 est donc ainsi bien prouvé, oui, la preuve est tranchante, que ces quatre livres, De Arca morali, De Arca mystica, De tribus Diebus, De Vanitate mundi, sont du même écrivain, et que cet écrivain est notre fécond chanoine.

Oudin n'allègue pas ici, comme il le fait souvent, l'autorité des chroniqueurs et des anciens bibliographes. C'est qu'ils se prononcent tous contre lui ; tous, Vincent de Beauvais, Richard de Poitiers, le faux Henri de Gand, Nicolas Triveth, Jean de Saint- Victor et Jean de Tritenheim. Si nous les citons, quoique la démonstration faite rende leur témoignage inutile.

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