‹ Les œuvres de Hugues de Saint-VictorChapitre 22 sur 39 · XIV. De laude charitatis · texte numérisé non relu

XIV. De laude charitatis

Cet éloge de la charité, ou plutôt de l'amour, est, en quelque sorte, la suite ou le complément du Soliloque sur l'Arrhe de CAme. Notre mystique y paraphrase de nouveau cet argument mystique, que doivent commenter à leur tour, en des termes peu dilléronts, saint Bonaventure et Jean de Gerson : l'amour est la chaine qui va du créateur à la créature, et de la créature au créateur, pour les unir, les enlacer étroitement et les confondre autant qu'il est possible. Par amour pour l'humanité, Dieu s'est fait homme; l'homme, dans les élans de son amour pour Dieu, se transporte en des régions d'où il ne voit plus la terre, et où il n'éprouve plus d'autre sentiment que la béatitude presque divine de l'extase. Ouel est donc le premier devoir, la première vertu, ou, pour parler comme les philosophes , le souverain bien de la créature? C'est d'aimer. Voilà toute la doctrine morale de notre Victorin. Ajoutons que voilà presque toute

sa théodicée : « Dieu, dit-il, c'est l'amour » : Deus char lias est... Cum omnis virtus Dei donumsit, nulla prœter solam cai^itatem hon habet ut, non solum donum Dei, sed etiam Deus dici possit.

Hugues de Saint- Victor est l'auteur certain de cet opuscule, que lui donnent tous les manuscrits, tous les catalogues et que les compilateurs du xin^' et xiv^ siècle ont plus d'une fois cité sous son nom (1). Cependant ce n'est pas un des meilleurs qu'il nous ait laissés. Le style en est trop déclamatoire. On le dirait composé durant une extase. Dans un des manuscrits où nous l'avons rencontré, le n° 15695 de la Bibliothèque nationale, il est intitulé De laude cariiis. Hâtons-nous de signaler l'inconvenance de ce titre avant qu'un bibliographe abusé soit venu compter un De laude carnls parmi les ouvrages inédits de notre chanoine.

On rencontre sous son nom, dans le n° 14193 de la Bibliothèque nationale, fol. 137, un traité De virtute amoris qu'on pourrait plus facilement confondre avec le Libellus in laudem caritatis. Cependant il n'existe pas d'autre ressemblance entre ces deux ouvrages que celle de la matière. Le De virtute amoris, qui commence par ces mots, Cogit me instantia caritatis tuae, amicorum amicissime, aliquid tibi de caritate scribere, est attribué quelquefois à saint Anselme ; c'est son nom qu'il porte dans le n" 56 du Collège Marie-Madeleine, à Oxford. D'autres copistes l'ont cru de saint Bernard et il se trouve même dans quelques éditions

(1) Jean de Galles ou Thomas d'Irlande; Manipuliis, au mot Carilas.

\'A'2 LES oicrvnES de

de ses œuvres (l). Enfin il est encore imprimé, mais sous cet autre titre, De gradibus caritatis, et avec un autre début, parmi les petits traités de Richard de Saint- Victor (2), à qui, selon toutes les vraisemblances, il appartient.

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