‹ Les œuvres de Hugues de Saint-VictorChapitre 29 sur 39 · I. Do bestils et al Us rébus · texte numérisé non relu

I. Do bestils et al Us rébus

C'est un ouvrage fabriqué par des copistes. II se compose de quatre livres, qui réclament chacun un examen particulier.

Le premier traite des oiseaux. A quelques observations recueillies dans les ouvrages des anciens naturalistes viennent se joindre des explications allégoriques, qui peuvent aider à comprendre les symboles du moyen âge. Il ne faudrait pas cependant placer une trop grande confiance dans ces explications ; elles renferment plus de jeux d'esprit que de renseignements utiles. Après Albéric de Trois-Fontaines, Oudin et dom Brial (1) restituent ce volucraire à Hugues de Fouilloi. C'est une restitution que les manuscrits semblent exiger. Le catalogue de la bibliothèque de Dresde en nomme l'auteur Hugues de Saint- Victor (2) ; mais cette attribution, peut-être récente, ne se rencontre pas ailleurs. Dans les n°* 2494, 2495 de la Bibliothèque nationale, 94 de Valenciennes et 166 (B) de Charleville, l'ouvrage est anonyme ; il est joint à d'autres

(1) Histoire lilt., t. XIII, p. 499.

(2) Mss. Théologie, n» 198.

1/(1 LES (ir.uvnEs i»e

écrits du prieur de Saint-Laurent dans les n"'* 177 de Troyos et 370 de Douai. Enlin dans le n° 14512 do la bibliothèque nationale, venu de Saint-Victor, et dans le n° 1024 de la Mazarine, il est intitulé sans équivoque : Incipit libcllus ilonuii /luf/onis de Folielo de Natura Avium, ad llenicrium conversum, cngnomine Corde-Benigmcm. Notons (jue notre n" 11512 est du xii° siècle. Aucun des anciens bibliographes n'u d'ailleurs réclanK'* pour le Victorin un livre aussi peu digne do lui. On le trouve, dans les manuscrits, sous ces titres divers : De Avihus, de Natura Avium, De Columha deargentata, De tribus columbis.

Le second livre est une paraphrase, composée dans le même goût, sur les bêtes fauves. L'auteur décrit la forme et raconte les mœurs des animau.\ ; ensuite il moralise ce récit et cette description. Il n'y a d'original dans tout cet ouvrage que les moralités : le reste appartient à la glose du P/tysiologus insérée dans les œuvres de saint Ki)iphanc, au Poly/iistor de Solin et aux Origines d'Isidore de Séville. Deux anciens bibliographes, le faux Henri de Gand et Jean do Tritenheini, mcntionmmt un Bestiaire parmi les (ruvros d'Alain de Lille, Casimir Oudin a cru devoir attribuer ce second livre à maître Alain (1). Nous ferons d'abord remarquer qu'après avoir parlé du Bestiaire d'Alain, Jean de Tritenheim en inscrit un autre au ratalogue des œuvres de notre chanoine, sous ce titre différent : De Natura animalium liber unus. Mais voici contre l'opinion de dom Brial un plus fort argument.

(1) Dom Brial, Hist. litt., l. XVI, j.. .i'22.

Nous avoijs retrouvé clans le n^ 18081 de la Bibliothèque nationale l'ouvrage d'Alain de Lille. Il y porte le titre de Quœstiones. C'est en effet, un questionnaire, où l'auteur aborde successivement divers problèmes d'histoire naturelle. Mais, comme il s'agit principalement dans cet ouvrage des mœurs vraies ou supposées de quelques animaux^ il est manifeste que c'est l'ouvrage mentionné par les anciens bibliographes. Or il n'offre aucun trait de ressemblance avec le Bestiaire inséré dans les œuvres du Victorin. Oudin avait d'abord admis, par simple conjecture, dans sa notice sur Alain, l'identité de ces deux bestiaires : dans sa notice qui concerne Hugues de Saint- Victor, il accorde que l'ouvrage publié sous son nom n'est pas le Bestiaire d'Alain; mais, prompt à faire une nouvelle supposition, aussitôt il l'attribue au chanoine de Saint-Laurent. C'est pur caprice. Quand Albéric nous avertit que le volucraire n'est pas du Victorin, mais de son confrère en religion, Hugues de Fouilloi, il ne parle pas du Bestiaire; et il en eût parlé s'il eût été de l'avis de Casimir Oudin. Nous ne rencontrons, d'ailleurs, aucun manuscrit qui nous désigne Hugues de Fouilloi comme auteur de cet ouvrage. Nous le laisserons donc, pour nous conformer à quelques catalogues (l) et à la tradition, dans les œuvres de Hugues de Saint- Victor; mais ce ne sera pas assurément pour lui faire honneur.

Dans ces deux premiers livres, l'histoire naturelle

(1) Après celui de Jean de Tritenheim, il faut désigner un de ceux que nous avons publiés dans le Bulletin des Comitcs, page 186.

[l'2 LES oF.rvnEs de

dos oiseaux ou des bêtes fauves occupe la moindro place. L'affaire principale, nous l'avons dit, ce senties moralités. Ces moralités disparaissent, ou à peu près, dans le troisième livre, qui traite à la fois dos bêles fauves, des oiseaux, des reptiles, des plantes, des pierres précieuses, etc., etc., mais sur un plan tout différent. Ici pas ou point de paraphrases mystiques, mais un grand nombre d'observations recueillies avec soin dans tous les ouvrages des anciens que l'on possédait au xii" et même au xiii" siècle. Ainsi, l'auleur de ce troisième livre n'est pas le chanoine de Saint- Laurent. Pour démontrer que ce n'est pas non plus le chanoine de Saint- Victor, il suffira de faire observer que les plus importants chapitres du volucraire et du bestiaire, qui forment le premier et le deuxième livres, sont reproduits littéralement dans le troisième. L'éditeur, en ayant fait la remarque, a supprimé dans le troisième livre tout ce qu'il avait déjà publié dans les deux précédents : In quo, quia plurima eadem cura lis quœ in superioribus dicta sunt recitantur, nolui eadem repetere. 11 aurait du remarquer aussi qu'une des parties de ce troisième livre, celle qui concerne les pierres précieuses, est une explication mystique des douze pierres de l'Apocalypse empruntée presque tout entière soit à un insignifiant opuscule qu'on a longtemps cru de saint Augustin i), soit à l'auteur du lapidaire moralisé que Beaugendre a publié sous le nom de Marbode (2). Ce troisième livre est donc l'ouvrage d'un compilateur moins ancien que

(1) Opéra, t. VI, append. col. 301.

(2) Hildeberti cl Marbodi Opéra, éd. Beaugendre-, col. 1C81.

nos deux chanoines. On suppose que c'est Guillaume Péraud. de l'ordre des Prêcheurs. C'est une supposition de Casimir Oudin, que dom Brial a reproduite (1). Mais ils ne nous apprennent ni l'un ni l'autre comment ils la justifient. Jean de Tritenheim, Léandre Alberti, Laurent Pignon et les derniers bibliographes de Tordre de Saint-Dominique, Ouétif et Echard, ont tour à tour fait et refait la liste des œuvres vraies ou supposées de Guillaume Péraud, et, parmi ces œuvres, nous ne voyons figurer aucun bestiaire. Il y a mieux, le tome XIX de V Histoire littéraire contient une notice assez étendue sur Guillaume Péraud, et l'auteur de cette notice, M. Petit-Radel, paraît avoir ignoré que dom Brial eût précédemment, dans le tome XIII, mis au compte de Guillaume Péraud un des bestiaires publiés dans les œuvres de Hugues de Saint- Victor. C'est donc une attribution chimérique.

On inscrit encore au nom de Guillaume Péraud (2) le traité De proprietatibus ac epithetis rerum qui nous est donné comme le quatrième livre du recueil artificiel. C'est peut-être ce tfaité qui est intitulé Definiliones dans le n° 360 de Douai, et, dans un des anciens catalogues, Distinctiones vocabulorum (3). Y fîgure-t-il à bon droit? On pourrait le soutenir, en disant que le chanoine de Saint- Victor fait une allusion à ce traité dans le passage suivant du Didascalicon : Memini me, diom adhuc scolasticus essem, élaborasse ut omnium rerum ocuUs subjccùarum, aul in

(1) Hist. littér.. t. XIII, p. 498.

(•2) fJist. littér., t. XIII, p. 499.

(3) Bulletin des Comités, 1851, p. 185.

17'é LKS OKl'VRKS DE

icsum vcnientium, vocabula scirem, perpendens lihcrc rcrum naturam illum non possc prosequi qui earumdem nomina ignoraret (1). Quoi qu'il en soi(, rien no permet de ratlribuer à (iuiiiamnc IN-raud. C'est l'avis d'Echard, (]ui propose de le donner à quelque religieux (lu tiers ordre dont il nous laisse ignorer le nom. Ce vocabulaire, absolument dépourvu (rinlérùt, ne peut même être comparé à la somme Quut )nodis d'Alain de Lille.

Page 1