‹ Les œuvres de Hugues de Saint-VictorChapitre 31 sur 39 · III. Excerptionum liber primtts · texte numérisé non relu

III. Excerptionum liber primtts

Ce premier livre des Extraits, divisé lui-même en dix livres, que les éditeurs ont placé bien après le second, se compose de deux parties très différentes l'une de l'autre. La première nous offre une histoire assez confuse des arts et des sciences; la seconde.

une chronique qui commence au jour natal du monde et finit à Pliilippe-Auguste. Ce sont bien, ainsi que le titre le déclare; de simples extraits. En effet, l'histoire des arts est empruntée presque tout entière au Didascalicon, et la meilleure partie de la chronique, du livre VI au livre X, est un abrégé à peu près littéral de la Chronique de Hugues de Fleury, que terminent plusieurs noms de rois, ajoutés sans doute par un copiste.

Nous avons dit, en parlant des Extraits dXlégonqwQ?,, tout ce que nous avions à dire touchant l'attribution de l'ouvrage entier au prieur de Saint- Victor. Cette question étant donc plus ou moins clairement résolue, il nous reste à traiter maintenant quelques difficultés particulières aux Extraits historiques.

On se demande si cette seconde partie du premier livre des Extraits est bien la Chronique attribuée par divers catalogues au chanoine de Saint-Victor. La Chronique de Hugues de Saint-Victor a plusieurs fois été citée par Albéric de Trois-Fontaines, et l'on ne voit pas dans le premier livre des Extraits les passages reproduits par cet annaUste. C'est une objection qui paraît grave.

Albéric de Trois-Fontaines n'est pas, à la vérité, le seul des anciens compilateurs qui mentionne des emprunts faits à la Chronique de notre prieur. Etienne de Bourbon, par exemple, la cite pareillement et même avec plus de précision. Au prologue de son traité De septem donis sont indiquées en bloc les annales du vieux temps d'où il a tiré ses anecdotes et ses légendes; et là, nous hsons : Collegimus

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hœc exempla... de chronicis Adonis, Viennensis archicpiscopi et Uugonls de Sancto Victore (1). Voyons ensuite les passages empruntés. Il s'agit d'abord do Xerxès et de la formidable armée qu'il assembla pour envahir la Grèce : In chronicis Hugonis de Sancto Victore Icgitur quod Terses, rex Medorum et Persarum, invasit Grxciam cum decies centum millibus armatorum et cum mille centum navibus rostratis (2); ce qui est presque littéralement tiré des Extraits historiques, livre V, eh. v. Et plus loin : Ut référant Hugo de Sancto Victore et Godefridus Parmensis in chronicis suis, cum Pippinus, major aulx regi.v...; ce qui est un emprunt fait aux mêmes Extraits, livre X, eh. V. Gela donc est bien prouvé, quand Etienne de Bourbon cite la Chronique dont il nomme l'auteur Hugues de Saint- Victor, c'est aux Extraits historiques qu'il nous renvoie.

Mais, puisqu'on ne trouve pas dans ces Extraits les passages cités par Albéric, il faut donc, comme il semble, qu'Albéric ait eu sous les yeux une autre Chronique du même Hugo. G'est pourquoi les auteurs de Y Histoire littéraire se sont demandé si cette autre chronique ne serait pas une Chronique abrégée, Chronica abbreviata, qu'ils ont, disent-ils, rencontrée, sous le nom de notre chanoine, dans le n° 15009 de la Bibliothèque nationale (ancien 801 de Saint- Victor), où elle s'étend feuillet 42 au feuillet 78. Mais cette

(1) Page 7 de l'édition de M. Lecoy de la Marche.

(2) Nous citons, d'après le n» 15070 de la Hibiiothèque nationale, fol. 568, verso, ce passage qui n'a pas été publié par M. Lecoy de la Marche.

Chronique finissant en l'année 1190, ils ont immédiatement reconnuqu'ils ne devaient pas perdre leur peine à y rechercher les phrases citées par Albéric. Hugues n'est pas évidemment Fauteur d'une Chronique où sont relatés des faits accomplis cinquante ans après sa mort. Ils auraient pu remarquer, en outre, qu'on y parle de lui dans ces termes : In scientia Scripturarum nulli secundus in orbe; ce qui suffit certes pour montrer qu'on ne saurait lui attribuer cette Chronique. Mais cette attribution qui l'a faite? L'Histoire littéraire l'impute à l'ignorance d'un copiste (1). Que le copiste soit absous. Sa copie, innocente de l'erreur signalée, est anonyme.

Les auteurs de VHisloire littéraire font une autre conjecture, pour la combattre ensuite. L'introuvable Chronique n'est-elle pas, disent-ils, ce livre intitulé Liber de tribus maximis circumstanciis gcstorum, id est perso)iis, locis, temporibus, qui nous est offert par les n°^ 801, 813 et aussi le n° 814 de Saint-Victor (14872, 15139 et 15009 du fonds latin de la Bibliothèque nationale), où il commence par ces mots : Fili, sapientia tua thésaurus est et cor tuwn archa; quando sapientiam discis thésaurisas. Cet écrit ayant été, durant le moyen âge, très goûté, il en existe de nombreuses copies, qui, presque toutes, portent le nom de Hugues. Nous venons d'en indiquer trois à la Bibliothèque nationale ; en voici quatre autres dans le même fonds de la même bibliothèque, sous les n"' 4862, 13334, 13409, 15695; deux à Douai, sous

(1) Ilisl. liliér. de la fr., t. XII, p. 57.

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les n"» 27 et 364 ; une à Cambrai, sous le n' 803 ; une à Troyos, sous le n" SjO ; une ;i Soissons, sous le n" 123 ; une à Valenciennes, sous le n" 490; une au Vatican, sous le n° 88 de la Reine ; une à Leipzig, qu'indique M. Scheiïer-Doichorst (1) ; cnfln une à Cheltenham, chez sir Thomas Phillips, sous le n° 12200; et il est probable qu'on en a conservé d'autres encore. Ce sont des tableaux chronologiques, que précède une courte dissertation sur les avantages de la mémoire, sur la nécessité de l'exercer et sur les procédés qui conviennent le mieux à cet exercice.

Nous reconnaissons volontiers, dans cette dissertation, la manière du Victorin; nous remarquons, en outre, en tête des tableaux, divers préambules qui sont littéralement empruntés au premier livre des Ertraits, et, dans ces tableaux eux-mêmes, sous une autre forme, les listes de rois, de papes, de patriarches, etc., etc., que l'on retrouve dans les Extraits et dans V Arche Mystique. Il suffit donc de lire quelques pages de cet opuscule pour voir qu'il est formé de pièces empruntées à d'autres écrits dont l'un du moins n'est pas contesté à notre prieur. Il nous paraît même certain , quoique les auteurs de l'Histoire littéraire tiennent pour l'opinion opposée, qu'il est, comme les autres, de sa plume.

Le premier qui nous l'attestera, c'est Albéric de Trois-Fontaines. Cela va bien étonner, car les auteurs de VHisloire littéraire disent expressément que les passages cités par Albéric manquent ici, comme dans

(1) Monum. Gerinan. Scripi , i. XXIII, p. G57.

les Extraits et dans la Chronique abrégée. Mais c'est une erreur qu'ils ont commise pour n'avoir pas examiné les choses avec assez d'attention. Ainsi que l'a remarqué, comme nous, M. Scheffer-Boichorst (1), Albéric cite tour à tour plusieurs chroniqueurs (iu même nom. L'un est Hugues de Fleury, qu'il appelle simplement Hugo ; l'autre est Hugues de Saint- Yictor, qui, chef reconnu d'une école fameuse, est par lui toujours ainsi désigné, comme il l'est par beaucoup d'autres contemporains : magister Hugo. Or s'il est constant que le Liber de tribus maximis circumstantiis ne nous offre pas ce qu'il cite d'après Hugues de Fleury, nous y avons tous les passages qu'il dit emprunter à son homonyme. En voici quelques exemples. A propos de Grégoire VII : Magister Hugo : « Sedit annis duodecim, mense uno, diebus tribus (2). » A propos d'Urbain II : Magister Hugo : « Sedit annis decem, mensibus quatuor (3). » A propos de Pascal II : Magister Hugo : v Sedit annis octodecim, mensibus quinque, diebus septem (4). » Eh bien, ces trois phrases, textuellement extraites du Liber de tribus maximis circumstantiis, se lisent au feuillet 86 du volume précédemment indiqué sous le n^ 14872 de la Bibliothèque nationale. Ainsi les auteurs de VHistoire littéraire se sont évidemment trompés : Albéric cite maintes fois ce Liber, et il le cite sous le

(1) Monum. Germ., t. XXIII, p. 658.

(2) Nous citons la Chronique d' Albéric d'après l'édition de Leib niz : Accession. Iiistor., t. II, p. 117.

(3) Ibid., p. 134.

(4) Ibid., p. 183.

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nom de maître Hugues de Saint-Victor. Il est conséqucmment démontré que Tunique raison alléguée contre raltribulion par les auteurs de Vllistoirc liuérairc est une raison sans aucune valeur.

Il y a plus; ce Liber de tribus maximis circumstantiis est souvent appelé Chronique : Hugonis Chronicon. Sur la garde du n° 14872 un des annotateurs des manuscrits de Saint- Victor a mis la note suivante : Tractatus, vel potius artificium memoriœ, ncccssarium ad Clironici ejusdem [Hugonis) , qund incipit, pag. 51, faciliorem tenacioremque comprehensionem. Finitur Chronicon in Honorio II. Ainsi, comme nous l'explique clairement l'annotateur, il nomme soit traité, soit théorie de la mémoire, le discours préliminaire du livre et Chronique la seconde partie de ce livre, qui commence, en effet, au feuillet 51 et finit, au feuillet 86, par ces mots : Ilonorius II sedit annis quinque, inensibus duobus. C'est aussi le titre de Chronique, Chronicon Hugonis, qu'on lit, en tête du même ouvrage, dans les n°* 259 de Troyes (1), 123 de Cambrai, 'i96 de Valenciennes (2), 88 de la Reine, au Vatican (3), 12200 de sir Thomas Phillips, à Cheltenham (4). En conséquence les auteurs de Vllistoirc littéraire se sont bien trompés. Non seulement nous avons une Chronique de Hugues, mais nous en avons deux : l'une imprimée, l'autre inédite.

Mais nous n'en avons pas trois, comme pourrait

(1) Calai, des mon. des départ., t. H, p. 129.

(1) Man?earl, Catnl. des man. de Valenciennes, p. 590.

(3) Seues archiv, t. II. p. 337.

(4) Hfid.,l. IV, p. 000.

le faire supposer le catalogue des manuscrits d'Avranches, sous le n" IIT. nous ne savons quel écrit contenu dans ce volume une main du xv^ siècle a, dit-on, donné ce titre : Historim fratris Hugonis de Sancto Victore. Les premiers mots de l'écrit, que cite l'auteur du catalogue, nous montrent qu'il ne s'agit ici ni des Extraits ni du Liber de tribus maximis circumstanliis ; d'où nous concluons que le titre du xv^ siècle est faux, comme le sont beaucoup d'autres du même temps.

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