‹ Les œuvres de Hugues de Saint-VictorChapitre 6 sur 39 · II. Adnotaliones elucidatorix in Pentateuclium · texte numérisé non relu

II. Adnotaliones elucidatorix in Pentateuclium

En tête de ces éclaircissements sur le Pentateuque les éditeurs ont placé quelques notes sur le prologue de saint Jérôme. C'est, en effet, la place qui leur convient suivant la plupart des manuscrits et suivant Sixte de Sienne ; cependant plusieurs volumes, parmi lesquels nous désignerons les n"^* 13422, 14587 et 15315 de la Bibliothèque nationale, nous offrent ces notes avant les Prsenotatlioiculœ. Il faut préférer l'ordonnance adoptée par les éditeurs.

Hugues de Saint- Victor est-il l'auteur de ce bref commentaire sur le Pentateuque? Les manuscrits ne permettent pas d'en douter. Quelques-uns, à la vérité, sont anonymes; mais tous ceux qui ne le sont pas portent son nom. On remarque que, dans le n° 166 de Charleville, il est appelé, non pas Hugues de Saint- Yictor, mais Hugues de Paris. Ailleurs encore nous le trouverons ainsi désigné. Qu'on ne s'en étonne pas.

{[] Thomas Hibern. De tribus sensibus sacra; Scriplurx, dans le n° 15966 de la Bibl. nation., fol. 6, verso.

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Pour le distinguer de ses homonymes, il pouvait suffire à la plupart dos copistes d'indiquer la ville qui fut le llu'àtre de sa ^doirc; ses confrères devaient seuls être jaloux de joindre à son nom celui do leur maison.

Aux notes sur le prologue de saint Jûrùme succèdent des explications plus mystiques qu'exégétiques sur la Genèse, l'Exode, le Lévitiquc, les Nombres et le Deuléronome. La i)lupart de ces gloses ont peu d'intérêt; quelques-unes méritent toutefois d'être remarquées. On y constate d'abord l'ignorance de l'auteur en ce qui louche l'histoire de la philosophie, rse connaissant de Platon que le Tituce, il ne se contente pas de supposer que ce dialogue renferme toute la philosophie de Platon ; il y croit trouver encore, fidèlement exposée, toute la doctrine des anciens philosophes sur l'origine des choses. In hoc, dit-il, differunt auctores nostri a philosophis, qiiod philosnp/U tria ponurit principia : Dcuin, matcriam et arclictypas idœas, nostri vero unicum ponunt principium, et hoc Deum soluiii (i\ On voit assez qu'il n'a lu ni la Physique, ni la Métaphysique d'Aristote. Mais, du moins, s'expli(|ue-t-il sur la création, telle qu'il l'entend ou croit l'entendre, dans les termes les moins choquants. Voici, par exemple, comment il définit les conditions substantielles de la matière première : Creala est informis, non ex loto carens forma; sed ad comparationem sequentis pulchritudinis informis potestdici (2).

(1) Cap. IV.

(2) Cap. V.

Ainsi, dans aucun moment de la durée, la matière n'exista privée de toute forme. Telle est son opinion. Au xiii° siècle on ne manquera pas de théologiens qui reproduiront, avec d'amples commentaires, la thèse de la matière absolument informe, et s'efforceront d'attirer l'auteur de la Genèse dans leur parti. Hugues de Saint- Victor n'aura pas été leur complice. Si donc il faut accorder à Tennemann que les réalistes du xii^ siècle étaient pour la plupart, sinon tous, des (( aveugles », ne l'accordons pas sans faire quelques réserves, leur aveuglement n'ayant pas toujours été dépourvu de prudence. Quoique le plus crédule des mystiques, Hugues de Saint-Victor est un réaliste moins téméraire que Duns Scot.

Les auteurs de VHistoire littéraire jugent avec beaucoup de sévérité les éclaircissements sur les Nombres et le Deutéronome. Ils contiennent, disentils, « de si lourdes méprises » que le texte publié leur paraît suspect d'interpolation. Cependant ce texte est bien court. H est possible que le chanoine de Saint-Victor ait commis, en interprétant la lettre sacrée, certaines méprises plus ou moins lourdes ; il nous paraît moins vraisemblable que les éditeurs aient ajouté quelque chose à l'original. Nous leur reprocherons, au contraire, de nous avoir donné ces éclaircissements d'après des manuscrits imparfaits. Ainsi, dans le n° 15625 de la BibHothèque nationale, le commentaire sur les Nombres et le Deutéronome est plus étendu que dans les éditions de 1648 et de 1854, et de patientes recherches auraient peut-être pour résultat la découverte d'un texte complet.

Le n° 149*26 de la même bibliothèque, volume du xiv' siècle, nous offre d'aulres gloses sur la Genèse, sous ce litre : Allegorica ExposUio magistri Ilugonis de Sancto Victore super Genesim. Ce sont de simples notes, inscrites mal à propos au nom de notre chanoine. Il n'y a que des dissemblances entre les Adnotationes eliicidatoriss et cette Exposition allégorique, dont nous ne connaissons pas l'auteur. Elle commence par ces mots : Sentcntiarimi ordn qux ad sacram pertinent Scripturam hujusmodi est; et finit par ceux-ci : Exerceri, seu etiam ebulliri. Le volume nous étant venu de Saint-Victor, les éditeurs de Tannée 1648 n'ont pu ne pas le connaître. Si donc ils ont laissé de côté l'Exposition qu'il contient, c'est qu'elle leur a semblé donnée contre toute vraisi^mblance à leur docte confrère. En effet, comme on le verra bientôt, ils ont trop facilement admis dans leur recueil bien des choses qu'ils en devaient exclure.

En outre, dans le n" I-2"261 de la bibliothèque nationale, fol. 76, entre deu.x ouvrages dont Hugues est l'auteur certain, les Sentences et les quatre livres De l'Arche, un copiste du xii" siècle a transcrit une glose historique et morale sur la Genèse, qui commence par ces mots : Cum divinos lihros legimus, in tanta mullitudine verorum intellectuum guide paucis verbis eruuntur et sanitatc catholicx fxdei muniuntur, id potissimum deligamus quod ccrtum apparucrit eum sensisse qucrn legimus. Le copiste n'aurait pas mis cette glose à la place que nous venons d'indiquer, s'il ne l'avait pas crue de notre chanoine. Elle est, en effet, composée selon sa méthode, elle est de son

style, et nous y trouvons ainsi reproduite à la première page son opinion particulière sur la création : Quidam tria prlncipia posuerunt, Deum, exemplar, materiam , et ea increata et sine initio dixerunt, Dewnque non tanquam creatorem mater ise, sed quasi artificem ad exemplar de prsejacente materia mundum fecisse. Alii duo prlncipia putaverunt, materiam et speciem et cum his tertium, quod operatorium dicitur, mundumque semper fuisse et futurum esse. His et hujusmodi errer ibus obvians Moyses divino spiritu, in uno principio temporis mundum a creatore Deo narrât faclum, tanta velocitate ut effectus voluntatis sensum temporis prxveniret. Quoi qu'il en soit, nous hésitons à partager l'opinion du copiste. Il nous semble que, si cette glose considérable était vraiment de l'illustre prieur, on en aurait d'autres exemplaires sous son nom.

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