CHAPITRE TROISIÈME
ŒUVRES PUBLIÉES DANS LE TOME TROISIÈME I. De bestiis et aliis rébus.
C'est un ouvrage fabriqué par des copistes. Il se compose de quatre livres, qui réclament chacun un examen particulier.
Le premier traite des oiseaux. A quelques observations recueillies dans les ouvrages des anciens naturalistes viennent se joindre des explications allégoriques, qui peuvent aider à comprendre les symboles du moyen âge. Il ne faudrait pas cependant placer une trop grande confiance dans ces explications ; elles renferment plus de jeux d'esprit que de renseignements utiles. Après Albéric de Trois-Fontaines, Oudin et dom Brial (1) restituent ce volucraire à Hugues de Fouilloi. C'est une restitution que les manuscrits semblent exiger. Le catalogue de la bibliothèque de Dresde en nomme Fauteur Hugues de Saint- Victor (2) ; mais cette attribution, peut-être récente, ne se rencontre pas ailleurs. Dans les n°« 2494, 2495 de la Bibliothèque nationale, 94 de Valenciennes et 166 (B) de Charleville, l'ouvrage est anonyme ; il est joint à d'autres
(1) Histoire liit., t. XIII, p. 499.
(2) Mss. Théologie, n? 198.
écrits du prieur de Saint-Laurent dans les n®^ 177 de Troyes et 370 de Douai. Enfin dans le n*» 14512 de la Bibliothèque nationale, venu de Saint- Victor, et dans le n** 1024 de la Mazarine, il est intitulé sans é(ïuivoque : Incipit libellus domni Hugonis de Folieto de Natura Avium, ad Renierium conversum, cognomine Corde-Benignum. Notons que notre n"* 14512 est du XII® siècle. Aucun des anciens bibliographes n'a d'ailleurs réclamé pour le Victorin un livre aussi peu digne de lui. On le trouve, dans les manuscrits, sous ces titres divers : De Avibus, de Natura Avivm, De Columba deargentata, De tribus columbis.
Le second livre est une paraphrase, composée dans le même goût, sur les bêtes fauves. L'auteur décrit la forme et raconte les mœurs des animaux ; ensuite il moralise ce récit et cette description. Il n'y a d'original dans tout cet ouvrage que les moralités : le reste appartient à la glose du Physiologus insérée dans les œuvres de saint Épiphane, au Polyhistor de Solin et aux Origines d'Isidore de Séville. Deux anciens bibliographes, le faux Henri de Gand et Jean de Tritenheim, mentionnant un Bestiaire parmi les œuvres d'Alain de Lille, Casimir Oudin a cru devoir attribuer ce second livre à maître Alain (1). Nous ferons d'abord remarquer qu'après avoir parlé du Bestiaire d'Alain, Jean de Tritenheim en inscrit un autre au catalogue des œuvres de notre chanoine, sous ce titre différent : De Natura animalium liber wfius. Mais voici contre l'opinion de dom Brial un plus fort argument.
(1) Dom Brial, HisU iilt., t. XVI, p. 422.
Nous avons retrouvé dans le n* 18081 de la Bibliothèque nationale Pouvrage d'Alain de Lille. Il y porte le titre de Quxsiiones. C'est en effet, un questionnaire, où l'auteur aborde successivement divers problèmes d'histoire naturelle. Mais, comme il s'agit principalement dans cet ouvrage des mœurs vraies ou supposées de quelques animaux^ il est manifeste que c'est l'ouvrage mentionné par les anciens bibliographes. Or il n'offre aucun trait de ressemblance avec le Bestiaire inséré dans les œuvres du Victorin. Oudin avait d'abord admis, par simple conjecture, dans sa notice sur Alain, Tidentité de ces deux bestiaires : dans sa notice qui concerne Hugues de Saint-Victor, il accorde que l'ouvrage publié sous son nom n'est pas le Bestiaire d'Alain ; mais, prompt à faire une nouvelle supposition, aussitôt il Tattribue au chanoine de Saint«Laurent. C'est pur caprice. Quand Albéric nous avertit que le volucraire n'est pas du Victorin, mais de son confrère en religion, Hugues de Fouilloi, il ne parle pas du Bestiaire; et il en eût parlé s'il eût été de l'avis. de Casimir Oudin. Nous ne rencontrons, d'ailleurs, aucun manuscrit qui nous désigne Hugues de Fouilloi comme auteur de cet ouvrage. Nous le laisserons donc, pour nous conformer à quelques catalogues (1) et à la tradition, dans les œuvres de Hugues de Saint- Victor; mais ce ne sera pas assurément pour lui faire honneur.
Dans ces deux premiers livres, l'histoire naturelle
(1) Âprôs celui de Jean de Tritenheim, il faut désigner un de ceux que nous avons publiés dans le Bulletin des Comités, page 186.
des oiseaux ou des bêtes fauves occupe la moindre place. L'affaire principale, nous l'avons dit, ce sont les moralités. Ces moralités dispa^raissent, ou à peu près, dans le troisième livre, qui traite à la fois des bêtes fauves, des' oiseaux, des reptiles, des plantes, des pierres précieuses, etc., etc., mais sur un plan fout différent. Ici pas ou point de paraphrases mystiques, mais un grand nombre d'observations recueillies avec soin dans tous les ouvrages des anciens que l'on possédait au XII® et même au xiii*" siècle. Ainsi, l'auteur de ce troisième livre n'est pas le chanoine de Saint- Laurent. Pour démontrer que ce n'est pas non plus le chanoine de Saint- Victor, il suffira de faire observer que les plus importants chapitres du volucraire et du bestiaire*, qui forment le premier et le deuxième livres, sont reproduits littéralement dans le troisième. L'éditeur, en ayant fait la remarque, a supprimé dans le troisième livre tout ce qu'il avait déjà publié dans les deux précédents : In quo, quia pkcrima eadem cum iis qu3s in superioribus dicta sunt recitantur, nolui eadem repetere. 11 aurait du remarquer aussi qu'une des parties de ce troisième livre, celle qui concerne les pierres précieuses, est une explication mystique des douze pierres de l'Apocalypse empruntée presque tout entière soit à un insignifiant opuscule qu'on a longtemps cru de saint Augustin (1), soit à l'auteur du lapidaire moralisé que Beaugendre a publié sous le nom de Marbode (2). Ce troisième livre est donc l'ouvrage d*un compilateur moins ancien que
(1) Opéra, t. VI, appead. col. 301,
(2) Hildeberti et Marbodi Opéra, éd. Beaugendre ; col. 1681,
nos deux chanoines. On suppose que c'est Guillaume Péraud, de l'ordre des Prêcheurs. C'est une supposition de Casimir Oudin, que dom Brial a reproduite (l). Mais ils ne nous apprennent ni l'un ni Tautre comment ils la justifient. Jean de Tritenhelm, Léandre Alberti, Laurent Pignon et les derniers bibliographes de l'ordre de Saint-Dominique, Quétif et Échard, ont tour à tour fait et refait la liste des œuvres vraies ou supposées de Guillaume Péraud, et, parmi ceô œuvres, nous ne voyons figurer aucun bestiaire. Il y a mieux, le tome XIX de VHistoire littéraire contient une notice assez étendue sur Guillaume Péraud, et l'auteur de cette notice, M. Petit-Radel, paraît avoir ignoré que dom Brial eût précédemment, dans le tome XIII, mis au compte de Guillaume Péraud un des bestiaires publiés dans les œuvres de Hugues de Saint- Victor. C'est donc une attribution chimérique.
On inscrit encore au nom de Guillaume Péraud (2) le traité De proprieiatïbus ac epithetis rerum qui nous est donné comme le quatrième livre du recueil artificiel. C'est peut-être ce traité qui est intitulé Definitiones dans le n** 360 de Douai, et, dans un des anciens catalogues, Distinctiones vocabulorum (3). Y flgure-t-il à bon droit? On pourrait le soutenir, en disant que le chanoine de Saint- Victor fait une allusion à ce traité dans le passage suivant du Didascalicon : Memini me, dum adhiuc scolasticus esse m, élaborasse ut orrmium rerum oculis subjectarum, aut in
(1) But. mtér.. t. XIII, p. 498.
(2) HUU littér., t. XIII, p. 499.
(3) Bulletin des Comités, 1851, p. 185.
174 LES qeuvues de
mum venienHimif vocabiUa scirem, perpendens libère rerum naturam illum non posse prosequi qui earumdem nomina ignoraret (1). Quoi qu'il en soit, rien ne permet de l'attribuer à Guillaume Péraud. C'est l'avis d'Échard, qui propose de le donner à quelque religieux du tiers ordre dont il nous laisse ignorer le nom. Ce vocabulaire, absolument dépourvu d'intérêt, ne peut même être comparé à la somme Qtwt modis d'Alain de Lille.
IL De anima libri IV.
Nous avons encore sous ce titre un bizarre assemblage de quatre traités absolument étrangers les uns aux autres. Oudin croît que cet assemblage est de récente fabrique. Il est vrai qu'il n'a pas été connu par les anciens bibliographes. Vincent de Beauvais, Richard de Gluni, l'inconnu qu'on a coutume de nommer Henri de Gand, Jean de Saint- Victor, Albéric de Trois-Fontaines, Nicolas Triveth, Jean de Tritenheim et l'auteur anonyme du second catalogue inséré dans le Bulletin des Comités se taisent les uns et les autres sur l'ensemble de ces quatre livres. Cependant il ne faut pas imputer aux éditeurs de 1648 des délits qu'ils n'ont pas commis ; ils avaient trouvé ces quatre livres réunis sous le même titre dans plusieurs manuscrits d'assez bonne date, et notammeîit dans les volumes de Saint- Victor et de la Sorbonne qui sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale sous les n°» 14589 et 15315. En
(1) IHdasccUiœn, lib. VI, c. m. <
outre, quelques écrivains du moyeu âge, parmi lesquels nous nommerons Thomas d'Irlande (1) et Jean de Dambach (2), avaient cité ce prétendu traité De VAme en l'attribuant au Victorîn, L'ancienneté de l'assemblage est donc établie. Mais notons que peu d'années après la mort de Thomas d'Irlande, longtemps avant celle de Jean de Dambach, un bibliothécaire de la Sorbonne avait déjà reconnu l'incohérence de ces quatre livres et l'avait ainsi constatée : (( Liber Hugoni$ de anima dicitur habere libros quatuor, sed primi duo non sunt sui. Primus entra est liber Meditationum Bernardi : « Multi multa scimit. » Secundus est Augustini De Spiritu et Anima. Incipit : « Quoniam dictum est mihiut meipsum cognoscam. » Tertius est Hugonis et dicitur aliter Liber de conscientia Hugonis : « Domus liœc in qua habitamus. » Quartus agit de salute animx : « Quoniam in medio laqueorum positi sumus. » Mais apprécions ce que valent ces attributions (3).
En effet le premier livre est donné le plus souvent, par les anciens copistes, à l'illustre abbé de Clairvaux, sous les titres de Dicta Bernardi (4), Méditationes Bernardi (5), Bernardus de interiore homine (6),
(1) ManipuluSf passim. Oa y trouve au moias vingt citations, dont la première est an mot Conscientia,
(2) Joannes de Tambaco, De Consolatione theologiw^ lib. XV.
(3) Delisle, Cabinet des man.y t. III, p. 101.
(4) Bibl. nation., n» 17431.
(5) Bibl. nation., no« 2937^ 3010, 5698, 10358, 10608, 10622, 10625, 10626, 10630, 15988, 16530; Douai, 59, 537, 557; Valenciennes, 224; Tours, 341, 345, 396 ; Vienne, 1664 ; Dresde, A, 55, 198, etc.. etc.
(6) Bibl. nat., n»» 1727, 2552, 5698; Bruges, 167 et Bandini, Biblioth. Laurent.; t, IV, col. 564.
Bemardi Contemplatio de gaudiis paradisi (1), Bernardus de cognitione humanx condiHonis (2). Ajoutons que ce témoignage des anciens copistes est coaârmé par celui des plus doctes théologiens du même temps. Ainsi Robert de Sorbon, dans son traité De tribus dietis, cite ce premier livre sous le nom de saint Bernard (3), et nous ne connaissons pas, soit à la fin du XII* siècle, soit au commencement du xni*, un écrivain de quelque autorité qui l'ait cité sous un autre nom. Les auteurs de Y Histoire littéraire assurent à tort que le nom du Victorin « ne paraît en tête d'aucun exemplaire manuscrit de ce livre (4) » . Cette assertion est inexacte ; il est vrai néanmoins que les manuscrits où ce nom paraît sont très rares.
Presque tout le monde parle donc ici pour saint Bernard; cependant Mabillon a refusé de souscrire à l'opinion qu'il est permis d'appeler l'opinion commune. N'ayant, dit-il, remarqué dans cet écrit ni le style ni le génie de saint Bernard, il Ta rejeté parmi ses œuvres supposées (5). Soit! mais cela n'est pas une raison suffisante pour l'attribuer au chanoine de Saint- Victor. Si l'on ne voit pas le génie de saint Bernard dans cette déclamation sur les misères de la vie humaine, le génie du Victorin s'y montre bien moins encore. Oudin traite avec quelque dédain les critiques qui n'en ont pas aussitôt reconnu l'auteur, et nomme sans hésitation Guillaume
(1) Valentinelli, Bihl. man. 5. Mard, t. II> p. 60.
(2) Man. de Toulouse, u9 191.
(3) Man. lat. delà Bibl. nation., n» 16505. fol. 163, col. 2.
(4) Tome XII, p. 68.
(5) Opéra S. ern.f ^edente Mabillon, t. II, col. 319.
HUGUES DE SAINT-VICTOR i77
de Saint-Thierry. Ea effet, dans le catalogue quMl à fait lui-même de ses œuvres, Guillaume de Sadnl- Thierry parle d'un traité sur la nature de Tâme, De natura animœ (1). Mais d'abord il ne s'agit aucune-* ment de la nature de Tàme dans le premier livre de l'œuvre que tout le monde consent à démembrer ; ensuite les Cisterciens ont publié dans leur Biblio^ thèque (2) le traité de Guillaume, et ce n'est pas du tout ce prétendu premier livre, Oudin ne pouvait-il comparer les deux écrits ?
On a fait encore d'autres conjectures : ainsi le n** 22 de Charleville nomme l'auteur Honoré d'Autun. Mais c'est une attribution d'une évidente fausseté. 11 n'est pas même besoin de la discuter. Si le véritable auteur n'est pas saint Bernard, comme l'assurent des manuscrits sans nombre, il est inconnu.
Quant au second livre, commençant par Quoniam dictum est mihi ut me ipsum cognoscam, c'est bien un traité; c'est même un traité complet sur la nature et les fonctions de l'âme. On l'a publié tour à tour sous les noms de saint Augustin, de Hugues de Saint- Victor, d'Isaac, abbé de FÉtoile, ou de son ami, le Cistercien Alcher. Dans les Œuvres de saint Augustin, il a pour titre : De spiritu et anima (3) ; dans la Bibliothèquç Cistercienne : Alcheri de anima liber {i).
(1) Préface de son ouvrage De vita solUaria.
(2) Biblioth. Cisterciensis, t. IV. p. 71.
(3) Édition des Bénédict., t. VI, appendice, p. 34. Les manuscrits qui donnent cet opuscule à saint Augustin sont, d'ailleurs, assez nombreux. Il nous suffira de citer les n»* 18081 de la Bibl. nat. et 1049 de la Mazarine.
(4) Biblioth. Cisierc.^ t. VI, p. 84.
t78 LES ŒUVRES DE
Quel qu'en soit rauleur,îl avait plus d'érudition que de probité littéraire. En effet, nous n'oserions pas affirmer qu'il ait tiré de son propre fonds une seule des phrases qui composent ce traité, et pourtant il n'a pas déclaré ses emprunts. Il a, du moins, caché son nom. C'est d'après ce livre qu'on a récemment exposé les opinions psychologiques de Hugues de Saint- Victor. Il est très regrettable que l'habile auteur de cette exposition ait négligé les avertissements de VHistoire littéraire. Ils l'auraient conduit à chercher la doctrine de notre chanoine dans ses écrits authentiques, et il nous en aurait offert l'exacte analyse ; tandis qu'il faut rapporter aux anciens Pères presque toutes les assertions qu'il a mises au compte de notre prieur. Les savants éditeurs de saint Augustin ayant pris le soin de signaler tous les passages de cette compilation qui se retrouvent littéralement dans les auteurs les plus connus, il ne leur a pas été difficile d'établir qu'elle n'appartient pas à Tévêque d'Hippône. Parmi les victimes de cette spoliation on compte, en effet, un certain nombre d'écrivains qui parurent cinq ou six siècles après lui. Le même argument peut nous servir à prouver qu'elle n'est pas de notre chanoine. Vingt ou trente passages de ce livre sont extraits de ses œuvres; mais on en rencontre d'autres, à peu près en pareil nombre, que réclament saint Bernard et l'abbé de l'Étoile, Isaac, Cistercien anglais, qui vint en France sept ans après la mort de Hugues. Les éditeurs de saint Augustin croient devoir l'imputer au moine Alcher, et c'est l'avis auquel se rangent les auteurs de
l'Histoire littéraire (1). Il paraît plus prudent de suivre ici l'exemple de saint Thomas. Citant un passage de cet écrit, il en désigne ainsi Fauteur : « certain moine Cistercien d : Liber ille negatur a quibusdam esse Augvstini ; dicitur enim fuisse cujtùsdam Cisterciensis, qui eum ex dictis Augustini compi" lavit et quidam de suo adjecit (2). On n'avait pas encore découvert le nom de ce moine vers le milieu du XIV' siècle, car Thomas de Strasbourg, général des Augustins, déclare l'ignorer, comme saint Thomas, et le déclare dans les mêmes termes : Ille liber non reputatur authenticus; dicitur enim quod ille liber non sit factus per Augustinumy sed per quemdam fratrem ordinis Cisterciensis (3). Anonyme de Cîteaux ou d'ailleurs, il vivait dans la seconde moitié du XII® siècle. Telle est notre conclusion sur le deuxième livre du prétendu traité De Anima.
Quelle que soit l'opinion exprimée à cet égard par les auteurs de V Histoire littéraire (4), il n'y a pas le moindre rapport entre le deuxième et le troisième livre, qui commence par : Domus haec in qua habita^ mus ex omni parte sui ruinam nobis minatur. Celui-ci n'est qu'une complainte mystique sur les faiblesses de la conscience humaine, tandis que celui-là nous abordait avec le ton sententieux d'une dissertation philosophique. Non seulement l'un n'est pas la suite de Tautre, mais certainement ils ne sont pas du
(1) T. XII, p. 684.
(2) Summa theoL part. III, quaest. lxx, art. 2.
(3) Thomas ab Argentina ia Sententiarum librum I, dist. m art. 2, pag. 37 verso et 38 recto.
(4) T. XII, p. 69.
même auteur. On nous montre quelques phrases de ce troisième livre qui paraissent être des répétitions du premier. Aussi Fa-t-on inséré, comme le premier, dans les œuvres de saint Bernard. Mais c'est une attribution qui n'a pu résister à l'épreuve d^une critique attentive. Mabillon les rejette Tun après Taulre parmi les écrits supposés de l'abbé de Clairvaux (1). Il ajoute que ce troisième livre lui paraît être de quelque religieux de Gîteaux, contemporain de saint Bernard ; et la preuve qu'il en donne, c'est qu'on lit au chapitre xxn : Quasi quoddam monstrum inter filios Dei sto, habitum monachi, non conversationem habens; in magna corona et nmpla cv^ulla,- salva mihi omnia existimo. C'est une conjecture à laquelle M. Valentinelli déclare souscrire (2). Les auteurs de V Histoire littéraire l'ont pareillement admise, par déférence pour leur docte confrère. Mais il faut les opposer à eux-mêmes, car ils se contredisent à quelques pages d'intervalle, lorsqu'ils réclament cet ouvrage pour l'anonyme Cistercien (pag. 69), après avoir compté parmi les traités inédits de notre Victorin une éloquente confession, Confessio ad abbatem, que l'on rencontre isolément, disent-ils, dans plusieurs manuscrits (pag. 61). Cette confession, non pas inédite, mais souvent publiée, est, en effet, dans l'édition de 1648, le morceau le plus important de notre troisième livre. Quant à la phrase citée par Mabillon, elle n'a pas nécessairement le sens qu'il lui donne. L'auteur met en scène un religieux cloîtré, qui s'accuse d'avoir une foule de
(1) Opéra S. Bemardi, éd. Mabillon, vol. II, col. 335.
(2) Bibl, man. S. Marci^ t. II, p. 99.
vices et demaade pardon de tous ses péchés. C'est une fiction. Mais, parce que le pénitent parle de sa large couronne et de son ample capuchon, cela prouvet-il que Fauteur ait« comme son personnage, porté l'habit de saint Benoît ?
Le problème est très obscur et ni les manuscrits ni les anciens bibliographes ne nous aident à le résoudre. Ce traité, ordinairement intitulé De interiori domo. De bono conscientiœ, quelquefois De contemplatione, est sous le nom de saint Bernard dans les n** 5698, (fol. 107), 10622 (fol. 99), 10625 (fol. 147 et 170), et 333 (fol. 238) des Nouvelles acquisitions, à la Bibliothèque nationale, ainsi que dans les n**» 908 de la Mazarine, 191 de Toulouse, 172 de Laon, 167 de Bruges, etc. ; il porte encore le nom de saint Bernard en deux manuscrits de Florence et de Saint-Marc décrits par Bandini et par M. Valentinelli (1). D'autre part, Hugues est l'auteur désigné dans les n°» 15988 de la Bibliothèque nationale et 155 de Bruges, ainsi que dans le répertoire cité de la Sorbonne, tandis que Vincent de Beauvais et Jean de Tritenheim le donnent à saint Anselme (2). Enfin, dans le n"* 118 de Lille, un théologien inconnu le réclame pour Richard de Saint- Victor (3). Entre toutes ces attributions il est bien difficile de se décider. Ne nous décidons pas. Faisons néanmoins remarquer que, si l'auteur de cet
(1) Bandini, CataL MbL Laurent,, t. IV, col. 564.— Valentinelli, BibL man, S. Marci, t. 11, p. 99. *
(2) HisU litiér. de la France, t. XII, p. 448.
(3) Tels sont, en effet, les premiers mots de son écrit anonyme : « Domus haecinquahabitamus, ut aitRichardus de Sancto Victorcr ex omni parte sui ruinam nobis minatur. »
opuscule a le droit d'être compté parmi les écrivains habiles du xii<» siècle, nous ne trouvons guère de ressemblance entre son style et celui du prieur de Saint- Victor (1) ; son style, non moins âpre que véhément, nous paraît bien plutôt celui de Saint-Bernard.
Nous ne savons pas non plus à qui rapporter la confession, Confessio ad abbatem, ^jue les auteurs de V Histoire littéraire ont rangée parmi les ouvrages inédits de notre chanoine, bien qu'elle ait été publiée sous son nom à la fin du troisième livre De VAme. Dans les manuscrits elle est quelquefois unie à ce troisième livre et quelquefois elle en est séparée. Il nous semble que la séparation est préférable ; mais, qu'on l'unisse ou qu'on la sépare, l'auteur n'est pas moins incertain. Le n° 15988 de la Bibliothèque nationale l'assigne expressément au prieur de Saint- Victor : Confessio Hugonis ad abbatem simm. La même attribution nous est recommandée par le n* 488 de Tours et par le répertoire méthodique de la Sorbonne (2). Mais le pénitent est encore un moine, monachus. Or, suivant les termes du titre cité, ce n'est pas ici,
(1) Dans quelques manuscrits ce traité se termine par ce distique :
Unde superbit homo cujus conceptio cuJpa ? Nasci psena, labor vita, necesse mori.
Il est donc évident que Téditeur de Gérald de Barri (Giraldus Cambrensis) ne lui devait pas attribuer ces vers (Giraldi Cambr. Opera^ t. I, p. 371), qui se lisent en des manuscrits du xii« siècle, et que, d'ailleurs, Gérald lui-même a beaucoup loués comme étant d*un autre que lui (Specul. eccles.<, dist. IV, cap. zvii)»
(2) Delisle, Cab. des mun., t. III, p. 101.
comme plus haut, une fiction: c'est Hugues qui se confesse. On voit donc que le titre est faux. Ajoutons que notre n"* 15988 est du xiv** siècle et que, d'autre pari, la mention du répertoire n'est qu'une transcription du titre fourni par ce volume, qui provient en effet, de la Sorbonne. Ainsi, quant au nom de l'auteur, le doute est permis. Rectifions maintenant une omission qui, dans les textes imprimés, rend cette Confession à peu près inintelligible. C'est un dialogue entra un Moine et son Abbé, et cependant les textes imprimés n'indiquent pas où commencent, où finissent les discours alternatifs des deux interlocuteurs. Or, comme ils déclament volontiers l'un et l'autre, il est souvent impossible de distinguer les questions des réponses. Cette confusion n'existe pas dans les manuscrits.
Parlons enfin du quatrième livre. Il se compose de dix-sept chapitres. Les onze premiers appartiennent à un Manuel souvent imprimé dans les Œuvres de saint Augustin (1) sur la foi d'un certain nombre de manuscrits (2), mais attribué par d'autres à saint Bernard (3), à saint Anselme (4) et même imprimé de nouveau par Gerberon sous le nom de ce dernier (5). Le douzième est un discours sur la charité dont l'auteur est inconnu. Quant aux cinq derniers, farra-
(1) Edition des Bénédictins, Append. du t. VI.
(2) n**» 4ô8 et 14807 (fol. t76) de la Bibliothèque nat.. 866 et 1168 de la Mazarine, ]13deSoissons, etc., etc.
(3) Bibl. nat., n* 333, fol. 238 des Nouv. acq.; n« 191 des man. de Toulouse.
(4) No 865 de la Mazarine.
(5) ùp&ra Anselmi, p. 227.
184 tES CEUVBES DE
gines maie assutXj suivant Casimir Oadin, ce sont deux opuscules, arbitrairement divisés en cinq parties, qui paraissent d'auteurs différents. Les éditeurs de saint Augustin ont prouvé, dans une savante dissertation, que le Manuel n'est lui-même qu'un ramas d'emprunts faits à saint Augustin, à saint Anselme, à saint Bernard, à Hugues de Saint- Victor. Il n'est donc pas nécessaire de se mettre en quête d'autres argu* ments pour prouver que ce quatrième livre n'est pas non plus de notre chanoine. Nous ne l'avons, 4 ai^ leurs, rencontré sous son nom, comme traité séparé, dans aucun manuscrit.
Autre remarque, qu'il importe de faire pour redresser une autre erreur. Les auteurs de VHistoire littéraire comptent encore parmi les ouvrages inédits du prieur de Saint-Victor un opuscule intitulé De sainte animas, qui commence, disent-ils, par ces mots : Quoniam in medio dolorvm positi sumus. Cette indication nous suffit pour reconnaître, dans l'opuscule signalé comme inédit, quatrième livre de notre traité De VAme^ ou plutôt le Manuel tant de fois publié sous le nom de saint Augustin et dont voici l'incipit plus exact : Quoniam in m^dio laqueorum positi svmius.