XXII. De Nuptiis
Voilà encore un livre que le critique de Leyde enlève au prieur de Saint- Victor pour Tattribuer au prieur de Saint-Laurent. Mais il ne justifie pas cette attribution. Il est vrai qu'il n'avait pas à produire contre les éditeurs quelque ancien et sérieux témoignage. Jean de Tritenheim paraît même inscrire ce traité Des Noces au catalogue du Victorin, sous ce titre qui rappelle un ouvrage inséré dans les Œuvres de Saint-Augustin : De Nv/ptiis et concupiscentia liber unus. Cependant c'est pour Hugues de Fouilloi que tient dom Brial, et notre opinion est ici la sienne. Dans le n** 488 de Tours l'ouvrage est anonyme. Un magister Hugo nous est offert par le titre du n" 188 de Valenciennes, qui provient de Saint- Amand ; mais, au bas d'un feuillet, se lit cette note : Hune libellum, . . fecit domnus Hugo, prior S. Lanrentii, cujus cœnobiu/m est juœta Corbeiam (2). Voici maintenant d'autres attestations de. meilleure date. Dans le n" 177 de Troyes, du xii® siècle, le De nuptiis
(1) Catal, cod, Bodl, God. Laud. miscell. ; n» 344.
(2) Mangeart» Catal. des man. de Valenciennes j p. 176.
suit la Médecine de l'Ame et précède le Deavibusoxx De tribus columbis; ce qui fait assez connaître le sentiment du copiste en ce qui regarde l'auteur. Les n*** 2494 et 2495 de la Bibliothèque nationale, manuscrits du même siècle, ne contiennent que des écrits authentiques du prieur de Saint-Laurent; eh bien, le De nupiiis est au nombre de ces écrits. Enfin, dans les qo» 712 et 14512 de la même bibliothèque, Hugues de Saint-Laurent est l'auteur expressément nommé* Il y a plus : connaît-on un seul manuscrit qui désigne cet auteur comme chanoine ou prieur de Saint- Victor? Pour notre part, nous n'en connaissons aucun.
Le style du traité Des Noces a, d'ailleurs, beaucoup de rapport avec celui du Cloître de VAme. C'est la même abondance d'images, le même abus des répétitions, la même emphase, le même verbiage, et, sous le rapport de la doctrine, le même excès de rigorisme- Les femmes ont été rarement plus mal traitées qu'elles ne le sont ici. Or on sait que les théologiens ne les ménagent guère. Ceux du moyen âge, bien entendu.
Ce n'est pas sans étonnement que nous avons rencontré, dans le premier chapitre de cet ouvrage, un résumé presque fidèle du Lysis de Platon, Hugues de Fouilloi n'ayant pu lui-même connaître le Lysis. Mais, en y regardant de plus près, nous avons constaté que tout ce premier chapitre est littéralement extrait du traité de saint Jérôme contre Jovinien (1).
(1) Contra hœreses Jovin. lib. I, cap. xxix et xxx.