‹ Les œuvres de Hugues de Saint-Victor: essai critiqueChapitre 8 sur 39 · VI. Adnotationes elucidatoriœ in Johelem · texte numérisé non relu

VI. Adnotationes elucidatoriœ in Johelem

Nous ne pouvons laisser cette glose sur Joël parmi les œuvres de notre chanoine. S^il y a, d'une part, bien des puérilités, d'autre part les traits ingénieux n'y manquent pas. Mais de cette remarque on peut à peine tirer une conjecture. En fait, nous n'avons qu'un argument en faveur de l'attribution. C'est le témoignage de Sixte de Sienne. Mais il est unique ; Jean de Saint- Victor, Jean de Tritenheim, Antoine de Florence ne donnent à notre chanoine aucune glose suc Joël. Ou, d'ailleurs, les Victorins ont-ils rencontré

(1) Index cod. bibl. Âlcob., p. 50.

(2) Fort, a S. Bonaventura, Comm. de Alcobac. bibl., p. 33&.

celle qu'ils ont publiée sous son nom? Vainement nous l'avons recherchée dans les divers fonds de la Bibliothèque nationale ; dans aucun nous ne l'avons trouvée sous le nom d'un Hugues quelconque. Elle est à la vérité, comme nous Talteste M. Goxe, à la Bodleienne, dans le n** 344 des Cod. Laud. miscelL ; mais elle y est sans aucun nom.

Voici maintenant contre Tattribution une raison péremptoire. On y lit au chap. xi : Gentiles siquidem, cœcati incarnatione Verbi^ virtutem sancH sacramenti attingere non valentes^ dicebant : Maria aut peperit aut non peperii ; si peperit, cum viro conçuhuit. Si cum viro concubuit, quod natum est de massa peccatrice extitit... Item Avicenna : Duo contraria simul in eodem esse non possunt. Porro si filius Maris Deus est et homo, cum Deus impassibilis, homo autem passibilis sit, passibile vero et impassibile contraria sint, duo contraria simul reperiuntur in uno (1).

Puisque nous avons dans la glose une citation d'Avicenne, évidemment le glossateur n'est pas Hugues de Saint- Victor. Nous ne refusons pas d'admettre, avec M. Amable Jourdain, que la date incertaine des premières traductions d'Avicenne peut être environ l'année 1150 (2); mais nous savons très sûrement que ces traductions ne furent pas connues dans les écoles de Paris avant la fin du xii* siècle. Abélard, qui s'est montré si jaloux de rechercher tous les instruments de l'étude philosophique, ignora même l'exis-

(1) Patrologie, t. GLXXX, col. 339.

(2) Recherches sur les trad, éCArisUy 2« édit., p. 114.

tence des commentaires d'Avicenne sur les livres d*Arislote. Gilbert de La Porrée, qui mourut en 1154 évêq^ue de Poitiers, ne les connut pas davantage; et Ton sait avec quelle passion, avec quelle liberté d'esprit, ce prélat philosophe aima toutes les nouveautés! Il est impossible d'admettre qu'un chanoine de Saint- Victor, adversaire déclaré des mêmes nouveautés, ait parlé d'Avicenne quinze ou vingt ans avant Gilbert de La Porrée, et que celui-ci n*ait pas mis tous ses soins à faire venir de Séville ou de Tolède les ouvrages de ce philosophe, auxquels il devait, d'après leur renommée, ou simplement d'après leurs titres, attribuer la plus grande importance.

L'auteur de la glose sur Joël a dû vivre au XIII* siècle. Ce n'est pas Hugues de Saint-Cher, qui nous a laissé sur le même prophète un commentaire différent. C'est quelque autre théologien, peut-être du même nom, mais plus obscur.

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