LETTRE CXX.XIV
Moxsievr,
Voyez, si ie ne procédé pas de bonne foy auecque vous : puis qu’vn si beau prétexté, que celuy d’vn si grand voyage, qui se fait auee tant de diligence (car en six jours , nous auons esté de Paris à Grenoble en carrosse : ) ne m’empesche pas de vous faire response. le receus vostre derniere lettre , vn quart-d’heure deuant que de partir. le prens part à vos prosperitez, comme si c’estoient les miennes : et tandis que ie suis mal-heureux dans toutes les choses que ie desire; ie me tiens heureux de vostre heur. En effet, ie ne puis pas dire, que la fortune me soit tout à fait ennemie ; puis qu’elle vous est fauorable : et ie luy pardonne tout le mal qu’elle me fait.
LE’I’TRIiS
en reconnoissancc du bien que vous eu receuez. Vous serez estonné de ce que vous allez entendre : et, sans mentir, j’ay honte de vous le dire. M*" m’est plus cruelle que iamais; plus fiere qu’elle ne l’estoit dans scs lettres: et ce qui est pitoyable, et honteux tout ensemble; cette résistance me picquc : et ie suis plus amoureux d’elle, que vous ne me l’aucz iamais vcu.
O indigniim faciiius! nunc ego et
lllam srelcstani et mp niisorum sentie.
El t.-vdet, et amure ardeo, et prudens, sciens,
Viuus, videusque pereo : nec quid agam , scio.
C’est vue des raisons qui m’a fait entreprendre ce voyage, vl r/efatiyer. Mais j'ay peur qu’il m'arriuera comme à celuy-là. Vous qui estes plus sage , et {jui la connoissez mieux : donnez-moy quelque conseil là-dessus, etdites-moy; si vous iugez, qu’elle demeurera opiniastre dans la resolution qu’elle semble auoir prise. Mais parlezm’en franchement : et en vne rencontre comme celle-là, ne vous semez point de vostre complaisance ordinaire. Ce me sera , peutestre , vn remede de croire qu’il n’y en a point. Vous estes plus obligé que personne, de me tirer de ce mal. Car outre que vous me deuez plus aymer que personne ne m’ayme : c’est vous qui , en quelque sorte, m’auez causé tous les déplaisirs, que j’ay à celte heure ; et qui me la fistes voir la première fois.
te cum tuà
.Monstratiunc magnus pc.rdat Inpiter!
Ce n’est pas tout de bon que ie le dis. Mais c’est, qu’il m’a semblé, qu’il esloit assez à propos, le ne vois pas plus clair que vous , dans le mot sur lequel vous me consultez, quoy que j’y aye songé en chemin. \ la vérité, ce n’a pas esté beaucoup. Car ie ne sçaurois penser bien fort, qu’en elle, .àdieu. Ostez-luy vistement mon cœur, afin que vous l’ayez tout entier: ou faites, au moins, qu’elle le possédé auec iustice. le suis,
Mossievb, yoslre,ctr.
1>K MONSIKVU DK VOITVUK.
AV MKSMK.
l.ETTRE CXXXV.
Domine,
Sans mentir, auec tout vostre latin, vous estes vn grand niais : et vous faites bien voir, que les plus grands Clercs ne sont pas les plus fins. le fus admirablement bien auec Madame*** dés le premier demyquart d’heure que ie la vis. A peine nous eusmesnous fait chacun deux ou trois reproches, que nous nous embrassasmes de meilleur cœur que iamais. L’Amour esternüa plus de deux cens fois ce iour- Ià,tantost à droit, et tantost à gauche; et en a esté enrumé plus de trois semaines. Elle m’en donna mille , deinde centuin , deinde mille altéra , deinde seeunda centuin. Voyez donc, où vous en estes, d’auoir allégué si mal à propos ces deux Epigrammcs. Car pour vous dire le vray, ie trouue qu’elle a le nez fort bien fait : et ie suis de l’auis de sa Prouince. Sic meos amore»? 11 ne se faut pas laisser attraper comme cela , à ce que les Amans disent dans leur colere : et quoy que Phedriadie en entrant sur le theatre, meietricum conlumeliax ; àvne scene de là, il donneroit sur les oreilles à quiconque luy diroit, que Thaïs ne fut pas vne fort honnesie femme. Ne vous souuenoit-il plus de nostre Terence, AmanHum ira-, etc., et de l’autre endroit, où mettant les choses en leur ordre, il dit, inixtriæ, suspectiones, inimicitiæ, inducix, bellum, et puis à la fin, pax rvrsum? Selon que nous vous connoissons niais, et la croyance que ie sçay que vous aucz de cét esprit fier et résolu : nous jugeasmes que vous y seriez attrapé ; et que vous escririez vne lettre qui nous donneroit du plaisir. Mais afin que vous luy en sçachiez gré, et que vous ayez regret de luy auoir voulu arracher le cœur ; ie vous asseure que j’eus de la peine à la faire résoudre à vous faire cette trahison. C’est cela qui a esté cause que vous n’auez pas eu plus souuent de ses lettres : et elle s’en est empeschée pour ne vous pas mentir, plus d’vne fois. Mais il faut auoüer, que si vous manquez de jugement, en recompense vous auez bien de l’esprit. Vostre lettre m’a pieu admirablement. Il y a des applications les plus heureuses du monde ; et pour mieux dire, les plus ingénieuses : particulièrement ce Di boni; et ce fundi catamitas. Mais quod me capere oporfuerat, hxc intercipit, de quel endroit l’entendez- vous? Pour vostre explication de Hem altcrwn, ie ne l’approuue pas. Car Gnalon estant vray semblablement plus vieux que Thrason, ou du moins de 1. 20
LETTRES
mesme âge : quelle apparence qu’il voulus! dire , qu’il semblast que Thrason cust fait l’autre? Haud ita iv>si : c’est vn cquiuoque sur rectè. locularium in malum, visu dignum. le verray Monsieur de Lingendes, puis que vous me le commandez. Cela me le rend bien plus considérable, que d'estre Euesque. Le mot de Monsieur Pauquet, me semble admirable. le vous ay tousiours bien dit, qu’il auoit plus d’esprit que vous. Sans mentir, ie croy que c’est luy qui vous fait vos lettres. le voudrois bien qu’il voulus! faire mes rcsponses. Mais , dites-moy, d’où est cét Hémistiche ? le ne l'ay iamais leu : et il ne me semble pas qu’il puisse iamais auoir esté dit , que pour le bled des bastions de la Rochelle. le suis,
Monsibvr, Vnstre, etc.
A Parti le 4 Aouit (■;.
A MONSIEVR LE MARQVIS DE ROQVELAVRE.