‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 114 sur 229 · I.ETTRE r.UI · texte numérisé non relu

I.ETTRE r.UI

Muksligkevr ,

Quoy que ie ne recoiiie [)omt de vos leltn-s ; c'est assez que ie reyoiiie de vos bien faits . pour esiri' oblige à vous escrire :el il me

ÜE MONSIEVH UE VOIl VRE.

somble, ((iit! le moins que ie puisse faire , est de vous rendre des paroles pour de l’argent. S’il estoit à mon choix, ie connois si bien le prix des choses, que j’aimerois mieux vous donner de l’argent pour auoir de vos paroles. Mais puis que vous voulez qu’il soit autrement : ie croy qu’il est mieux pour vous , et pour moy, qu’il soit ainsi :

Permittoquc ipsis expcnderc Numinibus, quid Conueniat nobis, rebusque sit vtile noslrig.

Quand ie vous auray rendu les trcs-humbles grâces que ie vous dois; ie crois , Monseigneur, qu’il me restera peu de choses à vous dire. Nequc enim te credo in stomacho ridcre passe ; et dans les soins et les chagrins où vous estes , ie ne croy pas qu’il y ait lieu à cette sorte de lettres que j’auois accoustumé de vous escrire. Or de vous parler de vostre diuision ; il me semble qu’il n’est pas non plus à propos. Quid enim aut me ostentem , qui si vitam pro tua dignitate profundam, nullam partem videar merilorum tuorum assecutus? aut de aliorumàniurijs quærar? quod sinesummo dolore facere non possum. Quand ie sçauray que vous aurez plus de gayeté; que vous m’aurez mand-i que l’orage est passé ; (pie le temps est plus serein; et qu’il ne pleut pla, pic, pli, plo, plus : alors ie retourneray à cette façon d’escrire , que Cicéron appelle genus litlernrum iocosum. Cependant ie vous diray vne chose, qui ne doit pas estre de médiocre consolation pour vous. C’est que dans les differens que vous auez eus aucc Seruien : hors quelques personnes qui ont ({uelquc attachement à luy, le reste du monde est de vostre parly, et que cette estoille de bien-veillance qui vous atousjoursfaitaimer partout, vous donne encore en cette rencontre toute la Cour et toute la Ville. l’espcre que par la présence de Monsieur de Longueuille, toutes choses changeront en mieux à Munster. Au moins, la Scene va changer : et il y va monter de nouueaux personnages, et assez beaux.

Aller ab integro Seclorum nascitur ordo : lam venit et Virgo.

N’estoit que vous m’auez asseuré, que ie n’entens rien en Astrologie, et que ie ne connois point les Astres : ie vous ferois des prédictions. Car ie voy vne estoille cheueluë qui promet beaucoup de choses, et q«ii doit causer de grands éuenemens. Au moins , Mon- .seigneiir, vous ne vous plaindrez plus de la Vesiphalie, comme d’vn

iwis barbaro, el où les Grâces et les Muses ne peuucnt aller. N’est-ce pas h cette heure qu’il faut dire ,

quo qui) vestigia iigis ,

Coraponit furtim, subsequiturque Venus?

Que ce furtim est beau , si vous le considérez bien ! Mais comment vous accommodez-vous du Pere de Chauaroche? N’est^e pas vn vray bon-homme et bon Religieux , de bonnes mœurs, de bon esprit, et de bon sens? Il escrit icy des merueilles de vous, auec des passions estranges : et le Curé de saint Nicolas ne vous aime pas plus qu’il fait. Cependant, ie lotie Dieu, que pamiy tant de sujets de desplaisir, vostre santé ne vous ait pas abandonné ; ni mesme , à co que j’entens dire, tout à fait vostre bonne humeur. le souhaite de tout mon cœur, que l’vne et l’autre augntente tous les iours, et que ic puisse vous tesmoigner combien ie suis ,

Moxsbigxevh, Vostre, etc.

A Paris li> I Auril 1646.

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