‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 125 sur 229 · LETTRE CLXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXV

Monseigmevb,

Y a-t-il rien de plus beau ny de plus grand, ipie le commencement de vostre lettre? En vérité, il n'y a pas tant d’honneur à ne point faillir, qu’il y en a à s’accuser de la sorte : et cette franchise d’auoüer en vous des deffauts, que vous jwurriez excuser; ne peut partir que d'vn admirablement bon fonds, et d’une amc riche, liberale, et justement confiante. le ne sçay si c’est qii’vn si honiieste exorde m’ait entièrement gagné, mais ie suis demeuré persuadé de tout ce que vous dites en suite : et j’ay releu vostre lettre trois fois auec grand plaisir, l’y ay remarqué vne beauté, vue iietUdé, et vu agrément qui m’a fait souuenir de ce que dit (juintilien : Memt/a, 7iUidus,ef cantlidus, el quodammodo pra- se ferens in dicendo nohililatem smaw. Mais auec vostre permission, vous ne vous estes pas sci'uy du mcsiiic esprit pour iii’ac.< usit. La derniere partie de

Dli MÜiNSlliVH DE VülTVUE.

vostre lettre est bien plus foible que l’autre : et au contraire de ce que dit Cicéron, de Cœlio meliùs obiicicnte critnina, quatn defendente ; bomm sinütram habes, malam dextram. Premièrement, si c’est sans cause, et sans mécontentement, que vous auez esté tant de mois sans me rien répondre, et que vous m’auez refusé vn billet de trois lignes; sans mentir. Monseigneur, vous n’auezpas vsé en cela de vostre bonté ordinaire : principalement en vn temps, où les choses que vous auiez faites pour moy, vous obligeoient, ce me semble, à me traitter plus ciuilement ; de peur qu’il semblast, que vous vous reposassiez trop sur le bien que vous m’auiez fait ; car, enfin, quoy que j’estime vos bien-faits, j’aime encore mieux vos i caresses : et si l’on ne pouuoit estre de vos Commis et de vos Amis en i^sme temps ; ic pense que vous me faites bien l’honneur de ^ croire, que ie ne deli^rerois guère sur ce choix. Que si c’est à cause de quelque mauuaise satisfaction que vous auiez de moy, que vous estes demeuré dans vn si long silence, j’ay encore plus de sujet de m’eslonner, que vous ayez gardé cela si longtemps sur vostre cœur contre moy : qui depuis mon enfance vous ay tousiours aimé, honoré, estimé si constamment, si parfaitement, si hautement, que nonobstant beaucoup de grandes et importantes amiticz que j’ay faites depuis, il n’y a eu pas vn de mes amis, qui n’ait jugé, et qui n’ait veu, que de tous les hommes du monde, vous estiez celuy pour qui j’auois le plus d’inclination, et auprès duquel j’aimerois mieux passer le reste de ma vie. Cependant, apres tout cela, et apres vne amitié de vingt-cinq ans : s’il court vn bruit qui vous déplaise, vous jugez que c’est moy qui en suis l’autheur, parce qu’il s’est trouué conforme à l’interpretation que j’auois faite de vostre enigme. Et cela vous paroist plus vray-semblable, que non pas que tant de gens qui sont de delà, ou qui sont icy, et qui inuentent tous les iours tant d’autres contes, ayent donné crédit à celuy-là. Vostre lettre me sembloit extrêmement jolie. Ce zele que j’ay en toutes choses pour vous, fit que ie la leus à deux de mes amis, et que ie leur dis le sens que ie donnois à la ligne, que vous auiez laissée en blanc. Ny eux ny moy ne crûmes pas que cette explication vous fust desauantageuse, et ne le croyons pas encore. Mais il ne faut point vous le disputer dauantago. Vous auez vostre honneur à garder : et ie loué cette modestie, pourueuque vous ne me teniez pas capable d’vne extravagance. Si vous ne faites cas de moy. Monseigneur, qu’à cause que l’on dit que j’ay quelque sorte d’esprit , et que ie sçay faire (fuelqucfois vne belle lettre : vous ne m’estimez <|ue |iar la qualité (lue j’estime le moins. Ceux qui me eonnoisseni

LEn'HES

icy, iiic loücnl d'aiioir beaucoup d'amitié, de foy,de discrétion, et / de probité. Toutes lesquelles choses, si vousn’auez connues en moy, / vous y en deuez au moins auoir veu les semences dés ma première ) jeunesse. Entin, j’ay beaucoup de raisons de me plaindre de ce que / vous m’auez crû assez inconsidéré, pour auoir donné lieu à vne médisance, puisque vous la nommez ainsi , et de ce qu’ayant cm que ie l’auois faite, vous ne me l’auez pas plûtost pardonnée ; car sans ntentir, vous ne m’aimez pas la moitié de ce que vous deuez ; si vous n’csles capable de m’en pardonner bien d’autres, le vous supplie de me défendre mieux vne autre fois devant vous mesme, et de me regarder comme vne personne qui a pour vous vne passion sans exemple, et ([ui est parfaitement,

MoNSBioNEvn, l'oslre, etc.

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