‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 133 sur 229 · I.KTTRK C.I.XXXIII · texte numérisé non relu

I.KTTRK C.I.XXXIII

Munseigmevk,

Si ie voulois reœuoir tous les ans vos quati-e mille liures , sans faire iamais vne pense d'A , ni œuure quelconque de mes mains pour vostre seruice; vous seriez l’homme du monde le plus propre à me laisser faire : et peut-estre mesmc, que vous y prendriez plaisir; pource que cela me dispenseroit de quelques billets, que vostre bonté vous oblige de m’écrire de temps en temps. De mon costé, ie le trouuerois aussi fort commode, s’il estoit vn peu moins deshonncste : et ce seroit pour moy vn extrême soulagement. Vous ne sçauriez croire. Monseigneur, quelle fatigue c’est que d’escrire à vne personne qui ne respond point. Il y a trois mois, que ie songe à vous faire vne lettre, sans en pouuoir venir à bout : et quand apres beaucoup de peine, j’ay tant fait que de continuer deux périodes, tout à l’heure ie me trouble, et ie dis en moy-mesme , Ha ! par la vertii bieu, me voila demeuré, comme cét Aduocat dont vous m’auez autrefois fait le conte. Si faut-il pourtant, à quelque prix que ce soit, que ie vous escriue. Car j’ay honte, sans mentir, de mériter si mal vostre argent, et fais mesme quelque scrupule de m’enrichir d’un bien si mal acquis. Cependant, ie vous supplie treshumblement de croire qu’auec tout le silence que ie garde si hardiment, et si confidemment; ie conserue tousiours pour vous dans mon cœur toute sorte de respect, de passion et d’estime : et que de iour en iour ie me confirme dans le ingement que j’ay fait de vous dés ma première ieunesse ; qu’il y a peu de personnes au monde qui vous vaillent, ni en qui la nature ait joint vne si grande amc, à vn si grand esprit. Auec cette opinion-là, imaginez-vous, s’il vous plaist, aucc quelle impatience ie souhaite vostre retour ; et si ie ne suis pas aussi intéressé que [(crsonne en cette paix qm; tonte l’Europe desire. Dans les plus belles assemblées , les plus grands festins, et les plus agréables promenades; il m'arrine tons les ioiirs de désirer

DE MONSIEVn DE VOITVUE.

voslre entruticii, vos soupporesur la scriiielle, et ces toui-s d’allée <|iic j'auuis l'honneur de faire auec vous dans vostre jardin. Mais à propos , par quel enchantement , Monseigneur, ou par quelle machine auez-vous fait faire cette grande maison , qui a paru en vn matin dans la rué sainte Aiioye? Car vne chose si prompte, semble plùtost auoir esté faite pegmate aliquo quant ædificalione.

Et crescunt media pegmata celsa viâ.

L’ouurage <les murailles de Thebes n’alloit pas si viste : et si j’ay oüy dire que les pierres de Citheron alloient courant et sautant s’y rendre d’elles-mesmes, et se ranger chacune en sa place. C’estoit vne grande commodité. En vérité, il en faut tousiours reuenir à ce que disoit vostre postillon. Vous estes vn homme estrange. En trois ioiirs vous faites abhatre vne maison; et in triduo rexdificas illam. Mais, mon Dieu ! auec quelle beauté et quelle magnificence ! Tous les liastisseurs (et il n’y a jioint au monde de nation plus jalouse, ni plus enuieuse ; ) auûüent, qu’il ne se peut rien voir de mieux. Mais ce qui m’en plaist; c’est que vous faites faire cela îi deux cents lieues de vous, et par vos Commis. Au lieu que tous les autres qui hustissent, voudroient asseoir eux-niesmes chaque pierix; qui entre dans leur bastiment : et l’on les voit il toute heure |»esle-mesle auec leurs maçons arpentant , mesurant, criant, ordonnant, sales et mal liroprcs,

Atque indreoro pulucre sordidos.

11 n’appartient qu’à vous de faire ces choses-là par Procureur : e; vous faites bien paroislre, sans mentir, que le dessein de pacifier la Chrcslienté, est le seuil aujourd’huy qui mérite toute voslre attention ; puis que la construction d’vu Palais ne peut pas seulement vous aimiscr, et que les choses qui remplissent toute l’ame des autres hommes ne troiiuent pas de place dans la vostre. Cependant, ic me resioiiis auecque vous, au nom des Penates de Ican lacques de Mesmes, et de tant de grands hommes vos ayculs ; au nom de ces Penates qui ont esté les Dieux tutélaires de Passerai, et de tous les sçauans de ce siecle-là , et de ccluy-cy : de ce que vous auez renouucllé et embelly leur ancienne demeure, et que

Non sinis ingentem ronseniiissr dnmum.

le souhailte de tout mon cœur que vous ayez le plaisir d’en jouir liicn-losl, et de venir voir vous-mesme,

Dimiii flisp.ii'i dnmtii dnmin.iris.

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Mais, Monseigneur, voiey laneufviesine page que j’écris : et j’ay tant tiré le Diable par la queue, qu’entin j’ay fait vne lettre d’vne asse> bonne longueur. Vous ne sçauriez vous imaginer quel soulagemen' c’est pour raoy. Mais si ferez, vous vous l’imaginerez bien. Me voil; au moins en repos pour trois ou quatre mois, le vous baise trèshumblement les mains, le m’en vay à la Foire ; et suis,

Monseionevr, Vostre, etc.

A MOiVSlFVR COSTART.

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