I.ETTRE CLXXXII
Monsbiohevb,
Si j’estois si lionneste homme que l’on pust dire de vous et de moy et cantare pares ! au moins on ne dira pas et respondere purati. le receus hier vostre lettre ; et j’y fais response aujourd'huy. Lesvostres ne vont pas si visle que cela : et comme si vous estiez au bout des Indes OrientaU's, il se passe des années deiiant que j’en reçoiue. Pour moy, le vous admire.
vl vnum
Scilicet egregij mortalem , allique silenti.
Et ie ne puis comprendre, qu’vne personne qui a tant d’auantage à parler, ait tant de plaisir à se taire. Les trois premières lignes de vostre lettre, et ce que vous dites de ce mois extrêmement passé; valent mieux que tout ce que nostre Academie sçauroit faire. Mais de quel sel auez-vous assaisonné vostre fin du repas? Que ie meure si iamais rien m’a tant plû! Le panure Monsieur le Lieure, qui n’auoit esté dans mon esprit, il y a plus de vingt-ans , y a repassé , luy, tous ses eonuiues, et toute sa maison, auec vne joye incroyable, et y a ramené toutes les especes de ce temps-là. C’est , en vérité, vn grand bon-heur pour les beaux esprits, de ce que vous auez eu de meilleures affaires, que nous, et que Claudium Memmiutn ab institutis studiis dejlexerit cura terrarum. Quel regret j’ay. Monseigneur, quand ie lis les choses , que vous escriuez , de n’estre pas auprès de vous! et quel mauuais tour ie connois, que la fortune m'a fait, de m’auoir destiné à passer ma vie loin d’une |>erstmne si précieuse, et qui a vne sort»! d'esprit si agréable ! >onob-
Dli MONSIEVU ItE VOITVHE.
slaiil loul l’édal ot la pompe et les espcrances de deçà, celuy-là seul me semble heureux :
lllr (si (as rst] suprrare Oiiios,
Qui sedens adversus identidcm te Spécial et audit.
Madame la Marquise de Montausier m’a fait luy lire plus d’vue fois ce que vous m’auez escrit pour elle : et de tant de lettres qui luy sont venues de tous costez, elle a dit, qu’on ne luy a rien escrit de si galant. Elle m’a commandé de vous dire, qu’elle est extrêmement ayse , que vous approuuiez son mariage ; qu’elle ne l’eust ^ pas tenu bien fait, si vous n’y eussiez adjousté vostre consentement ; et qu’elle vous l’eiist demandé , si vous eussiez esté icy : Mais que dans vostre absence , elle auoit iugé sur beaucoup de témoignages d’affection, qu’elle sçauoit que Monsieur le Marquis de Montausier auoit rereus de vous, que vous ne seriez ptis contraire à une chose qu’il desiroit. Elle, et Monsieur son Mary, m'ont chiu’gé , de vous faire mille remei’cimens de leur part ; et de vous asseiirer de leur tres-humble service. Au reste , Monseigneur, ie suis bien aise, que vous auez vu Commis qui fasse parler de luy dans le monde, et que l'on me connoisse vn peu plus dans les |iaïs estrangers, que Monsieur Filandre, et Monsieur Coifller. le vous aurois enuoyé ces folies (|ue l’on vous a leiies :
Namque lu soU'l>as,
\ostros esse aliquid pularo migas.
Et «luelle approbation aurois-je plus désiré que la vôtre? Mais verrbar ne le /uec deprehendercnl in cura aliqua tnaiusculn, comme dit Cicéron. Et puis ie considerois, ce que dit cét autre :
Mulla quidcrn vobis (ncimus m.ila Poclo; : vt ciim tibi librum Solticitu ilamiis, aut (esso.
< »n n’aura guère plus de joye de la paix generale, que h.“s honnestesgens en ont eue de la paix de vous et de Monsieur Seruien. le eroy que c'est tout de bon, comme vous me l’e.scriuez : et si qtiis est, qui neminem hona fide in grntium pulel redire passe, non vestraiii hic perfidiam nrquil , sed indical suam. Si vous [touuez faire que cola dure, il ne se iieut rien de mieux :
Si ((iniU'in hmU' pnssis nilul priés arque (orliùs.
Lt:iTiu-;s
le vous l'ens mille grâces tres-humbles du soin qu’il vous plaist luioir (le mes affaires : et ie suis comme ie dois,
Monskionkvr , Voslre,etc.
AV MKSMK.