‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 135 sur 229 · LETTRE CLXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXV

Monsievb ,

l’ay enuie d’aller demeurer aiiec vous en Poitou. Car ie trouue que vous et Monsieur Pauquet, auez beaucoup plus d’esprit , depuis que vous y estes. Pour moy, ie viens au contraire, d’vu pais , où le mien s’est enrouillé : pour auoir esté quinze iours sans voir tie lions liures, ni de vos lettres, et n’auoir veu que des Dames, qui ne st,'auent pas vn mot de (Cicéron , de Virgile , ny de Terence. Sans mentir, tout ce que vous m’escriuez me rauit : et hors vostre absence, il n’y a point de prix , auquel ie ne voulusse acheter vos lettres. Toutes les fois qu’il m’arriue de rencontrer par liazard quelque chose à vous mander, (jui ne me déplaist pas : ie ne me resioiiis pas tant de ce que ie vous écris, que de ce que ie scay que vous m’y respondrez; et ie dis en moy-mesme :

Nardi parues onyv elidft caduin.

Tout de bon, si ie ne prenois autant de part à vostre gloire, qu’à la mienne ; ie serois extrêmement jaloux de vous. Mais is ne vois pas qu’il m’importe, que ce soit vous ou moy qui soyez sçauant, et (pii ayez de l’esprit, j’en seray tout autant estimé à Home : et ie mets si [leti de différence entre ce qui est à vous, et ce qui est à moy; tpie ie me suis ré'joiiy de vostre latin, comme si ic l’auois fait. Il me

LEïTltliS

Mi

semble que par là le suis digne de l’Academie des Humoristes ; cl (|u’vn homme qui a vn amy comme vous, mérité d’eslre receu par tout. Quoy que Quiiitilicn die, nemo speret vt aliéna labore sit difertus, j’ay cette esperance en vous, le croy que par vostre moyen ie seray cloquent, toutes les fois que j’en auray besoin ; et si ie mets peine à ne pas oublier le latin, ce n’csl plus pour m'en seruir; mais seulement pour entendre ce que vous m’escriuez , et ce que vous faites, l’altends auec impatience la despoùille de la recolle que vous auez faite en Poitou , et que vous m’enuoyez le plus beau cl le meilleur de ce que vous auez appris. La société que nous auons ensemble, est extraordinaire. Confers enim rem et industriam : et moy, sans rien contribuer de mon costé, j’ay part au profit. Leslurisconsultes appellent cela societatem Leoninam ; et elle ne poiirroit pas subsister par les loix. le ne sçay quel passage vous voulez dire, sur lequel ie n’ay rien respondu. Mandez-le moy, s’il vous plaist. le pensois auoir respondu à tout, le demeure en quelque façon d’accord de vostre explication de hem alterum. Mais ce sens-là ne me semble guere digne de Tcrencc. l’eusse bien voulu, pour l’amour de luy, y en trouuer vn autre. Mais à j)ropos de ces Dames, que ie vous disois, <pii ne sçauent pas vn mot de Cicéron : que vous semble de ce que dit Saluste de Sempronia, qu’elle estoit lillerix grxcis ac latinis doeta ? En vn autre endroit, il dit de Sylla, lUteris græcis algue lalinis iuxlà. algue doclissimè eruditux. Encore d’vne femme, qui peut faire des fautes en sa langue, si elle n’y a esté enseignée, ie ne m’on estonne pas tant. Mais qu’il remarque cela en vn homme, et en vn grand homme; ie le trouuc assez eslrange : et imaginez-vous, ie vous supplie, quelle louange ce seroit au Duc de Venmar, qui diroit dans son Eloge, qu’il estoit fort sçaiiaiit dans l’Allemand. Adieu , Monsieur, ie suis ,

Le très, etc.

lùi relisant ma lettre, ie viens de m’appt'rceuoir d’vn équiuotpu-, qui est au commencement, le viens d'vn pnis, ait le mien. Car ce »«/e»-là SC pourroit rapporter à pais : et ie veux dire mon esprit, yuoy que ie sçaehe que vous ne prendrez pas l’vn pour l’autre, ueaiitmoins ce ne laisse pas d’eslre vne faute. Vilanda in primis nwhit/uilns, non hxc sohun , guæ incertum intcllcctum facit , rt tlhremetrm audiui perciissi.sse Drmenm; sed ilia guogue, gn.r eliiimsi lurbare non polcst svnsum, in idem tnmrn verborum vitium meidit : rt si guis dirai risum à se hominem libriim scribenlem. ■\iim etinmsi hbnim nt> hnminr si iibi pnfeni , mule Inmen rnm]>n-

lllî MONSIEVU DE VOITVRE.

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suerai, feceralque ambiguum, quanlitm in ipso fuit, l’ay mieux aiiiie vous escrire cecy que de corriger ce que j'auois esrrit.

A Paris II’ JO Sppirmiirr.

A Mü.NSEIGNEVR DAVAVX.

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