LETTRE CXCIV
C’est vn extixîme plaisir à ceux qui vous ayment, d’auoir veu reuenir la maison de Madame de Longucuille si pleine et si chargée de vos loüanges, qu’il semble qu'ils n'ayent veu que vous en Allemagne, et qu’ils ne soient revenus à Paris, que pour parler de vous, le trouue à tous propos des gens que ie ne connois pas, qui me viennent faire des compliments et des offres de seruice en vostre considération : des femmes et des fdles qui me viennent sauter au cou, pour l’amour de vous. Mais, sur toutes, leur maistresse vous loué, comme il vous faut louer, et d'vne sorte qu’il n’y a possible qu’elle au monde qui le puisse faire. Il y a long temps. Monseigneur, que vous m’aiiez oüy dire, que chacun a son goust. Mais il n’y en a point, qui en ayt vn si exquis que celle-là : et ie suis rauy qu’il soit entièrement conforme au mien, en ce qui vous regarde. Tout le monde sçait, que vous estes vn grand Ambassadeur, vu Ministre, vn grand Homme :
Et piieri Uiviiiil.
Mais ce (pie l'on appelle vn honneste-liomnie, et un galant-liomme : si ie m’y connois vu peu, ptTsonne ne le fut iamais à plus haut point, que vous l’estes. Et cette verité-là n’est si bien connue de fiersonnc, que de Madame de Longueuille et de inoy . Elle fait grande
DE MUNSIEVU DE VOITVHE.
estime de vostre probité, de vostre prudence, de rostre magnificence, et magnanimité. Elle dit cette réputation admirable, et cette creance que vous auez dans toute rAlleinagne. Mais sur toutes choses, elle parle auec plaisir, de la délicatesse et de la lieauté de vostre esprit, du goust que vous auez à juger des belles choses, de la facilité à les produire, et de toutes les agrciibles qualitcz qui sont rares aux Plénipotentiaires, et qu’elle dit n’auoir iainais veui'S en personne comme en vous. Enfin, die vous connoist, comme si elle vous auoit veu jiisques dans le cœur, le ne sçay .si elle y a esté. Elle ne m’a dit pas vu mot des lettres que ie vous ay cscriies, quoy qu'elle me fasse riionneur de me parler auec beaucoup de confiance, et que ie Paye mise souueul sur ce sujctdii. Tout ce que vous lisez icy. Monseigneur, est vn jk'u trop doux, et auroit besoin d’vn correctif. .Mais ces lustres et ces Olympiades que vous m'auez autrefois si bien mises deuant les yeux, ne vous reuiendront-elles pas dans l’esprit en celte occasion'? Auouëz qu’il y a des rencontres , où les plus grandes aines, et les plus parfaites sagessess’échappent.
A Piiri» ie II A«ril (J'.
AV MESME