‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 155 sur 229 · A MADAME DE V · texte numérisé non relu

A MADAME DE V

LETTRE XXXt.

Apres quatorze vers, vous me permettrez bien de mettre quatorze lignes de prose; et de vous dire en vn langage qui a accoustumé d’estre plus véritable que celuy-là , que ie meurs pour vous. Cette beauté dont ie viens de parier, est beaucoup mieux écrite dans mon ame, qu’elle n’est icy; et l’image que j’en ay conçeuë est telle ; qu’en vous mettant au dessus de l’Aurore et du Soleil : ie ne dis rien qui ne me semble trop lias, et que ie ne croye au dessous de vous, logez, ie vous supplie, en ipicl repos doit estre vn esprit où

LETTRIiS

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vous estes si bien représentée : qui considérant à toute heure la plus belle chose d«i monde ; parmy tant de raisons de désirer, n’en voit aucune d’esperer, de quelque costé qu’il regarde. En cét estai, neantmoins le mien ne laisse pas d’estre content. Il est tellement occupé à voir tant de merueilleuses qualitez qui sont en vous, et à penser combien vous estes aymable ; qu’il ne me reste pas de temps pour songer que ie ne suis pas aymé , ni pour sentir que ie me meurs. L’idée que ie me suis formée de vous, et que ie contemple sans cesse, m’attache de sorte, que ie ne m’apperçois pas de ce qui me manque, ni de ce que ie souffre ; et tandis que mon cœur brûle et qu’il se consume, qu’il craint, qu’il desire, et qu’il s’agite; mes pensées sont tranquilles, et me donnent des joyes qui passent celles des hommes. Cependant, ie iuge par raison, que ma vie ne peut long-temps durer ainsi ; et puis qu’elle vous appartient, et que vous en estes la maistresse, ie crois qu’il est de mon deuoir de vous aiiertir du péril où elle est. C’est à vous à en ordonner comme il vous plaira. Car pour ce qui est de moy, ie n’ay rien à vous demander là dessus : et ma volonté est tellement soumise à la vostre , que ie ne luy permets pas de souhaiter le bien que vous ne voulez pas que j’aye ; ni de fuir le mal à quoy vous me destinerez. Ce que ie vous puis dire seulement : c’est que toute mon auie estant également à vous, il n’est pas raisonnable que tous mes biens ne soient que dans mon imagination ; et qu’il est iiisle , peut-esire , que vous donniez des contentemens plus véritables et plus solides, à la plus solide et la plus véritable passion qui fut iamais.

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