LETTRE XXXIV
Lors que ie ne peiisois point du tout à vous, et <|uc j'estois eu repos, quel besoin estoit-il de m’écrire, que vous desiriez que j’y fusse? le toüissois de la plus grande tranquillité du monde : et iir l’ay perdue dés que j'ay sceii que vous me la souhaitiez. C'est vm* chose estrange, que la fatalité que vous auez à troubler le repos <lc
DE MüNSIEVR DE VOITVRE. 42St
ma vie. le ne me sçaiirois aœommoder de vosire indifférence, ni de vostre haine : et ie ne sçaurois dire lequel est plus à craindre pour moy, que vous me vouliez du mal, ou que vous me vouliez du bien. Quand vous m’aimez, ie ne puis auoir de repos; quand ie sçay que vous ne m’aimez pas , ie ne sçaurois auoir de joye ; et de quelque sorte que ie vous considéré, vous jetiez tousiours du desordre dans mon esprit. Le seul moyen que J’aye pour me garentir de vous, est de ne point penser à vous, et d’effacer entièrement de ma mémoire, tout ce qui in’y reste d’vne personne si aimable et si dangereuse, l’estois à peu prés en cét estât , quand j’ay receu vostre lettre : et vous estes venue troubler tout cela, en me souhaitant la paix et la liberté. Puis que le mal est fait, il le faut souffrir; et attendre auec patience ce qui en réussira. Mais s’il peut arriuer encore vne autre fois en ma vie, que ie ne me souuienne plus de vous; au nom de Dieu, Madame, dispensez- vous du compliment de vous en resioüir auec moy ; et si vous estes bien aise de mon bonheur, que ce soit secrettement, et sans que j’en puisse rien connoistre.
LETTRE XXXV
le ne manqueray pas d’aller faire ma collation auec vous, quoy que ie sçache que j’y seray empoisonné : et j’ay desia trouué vn poison dans vostre lettre, qui me dispose à receuoir tous les vostres, et mesme à les desirer. Il n’est pas besoin que vous m'appreniez à quel point la deuotion peut changer les esprits. le le sçay assez par moy-mesme, puis que c’est elle qui auoit fait en moy le changement de pouuoir viure sans vous voir. Vous venez d’y en faire vn autre auec trois lignes que vous m’auez escrites. Vous deuiez, ce me semble , auoir plus de considération à ne pas bazarder vostre prochain : et, à ce que ie puis voir, si vous estes deuote, au moins vous n’estes pas scrupuleuse. Pour vous en parler serieusement, c’est vne horrible meschancelé à vous, d’auoir réueillé en moy tous les sentimens que j’auois endormis auec tant de peine : et ie m’en plaindray aux Carmes deschaussez , si ce n’est que vous me traittiez si bien, que ie n’aye pas sujet de m'en plaindre.
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