‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 158 sur 229 · A MADAME LETTRE XXXVI · texte numérisé non relu

A MADAME LETTRE XXXVI

Madaue,

le n’es|ierois pas qu’il me resteroit encore vn bon iour en foule ma vie : et peut-eslre en fuUil ainsi arriué si l’on ne me l’eust donné ce matin de vostre part. S’il vous restoit encore quelque chose à acquérir sur moy, vous auez acheué de tout gagner par cette dernière faueur : et ie vous aduertis, que si désormais vous m’en faites quelques autres, ie u’auray plus rien de quoy les reconnoistre. le vous le dis de tout mon cœur : et s’il n y a pas icy de danger de parler haut , puisque ie ne suis écouté de personne, iamais rien ne me toucha si sensiblement; et ie ne sçaurois vous rendre assez de grâces pour celle que vous me venez de faire. le la puis bien appeler ainsi, puis qu’elle me fait respirer, nonobstant l’arrest que vous prononçastes l’autre iour; et que parmy de si mortels déplaisirs, elle m’a redonné la vie. Il est vray que celle que ie traine est si malheureuse , que ie ne voy pas que ce soit vn présent que ie deusse beaucoup estimer s’il ne me venoit de vous. Et ayant encore à passer quinze iours sans vous voir; ie ne sçay si ce n’est pas vne cruauté que de me faire viure. le le veux bien pourtant , puis que vous me le commandez, et que vous m’aimez encore. '*”*

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