POÈMES
iOi
fk* sont des cœurs niul-faits, nez à la seruitiide ,
Ou de maiiuais esprits, qui des Cieux eu courraux Ont eu pour cliastinicut d’estre amoureux de vous.
I De loiiànge, et d’honneur, vainement affamée,
I Vous ne pouuez aimer, et voulez estre ayniée :
Et vostre cœur altiei' croit mettre entre les Dieux Ceux qu'il souffre mourir en adorant vos yeux.
One si qnelqu’vn poussé de son mauuais génie , Tombe dessous le iuug de vostre tyrannie :
11 faut qu’il se haïsse; et cpie dés ce moment.
Il deuienne ennemy de son contentement.
t;ar vous ne croiriez pas, quelque feir qui l’esprenne, Ou’il ait beaucoup d’iunour, s’il n’a beaucoup de peine. Vous voulez qu’il soit pasle ; et que plein de langueur, il s’afflige sans cesse, et se ronge le cœur;
Que l’ombre d’vn soupçon luy donne cent allarmes ; Que vos moindres despits le fassent fondre en larmes ; Qu’il .soit hors de propos, desfiant et ialoux, lamais content de luy, iamais content de vous;
Qu’il souspire tousiours, et vous nomme cruelle.
Lors vous estes contente, et croyez estre belle :
Et vostre cruauté parmy tant de tounnens.
Se baigne dans les pleurs, que versent vos Amans.
Que si par fois d’amour vostre ame est allumée : t;’est vn feu passager, qui se tourne en fumée,
Pareil à ces brandons qui brusient vne nuit :
Errans à la faneur du vent qui les conduit.
Qui luisent pour nous perdre ; et si l’on ne s’en garde. Conduisent à la mort quiconque les regarde.
Vous bruslez de la sorte : et sans sçauoir comment ,
N os plus chaudes amours ne durent qu’vn moment. Vous ne sçauez que c’est d’vne flame constante ,
Toute chose vous plaist, et rien ne vous contente : l'k vostre esprit flottant entre cent passions,
A beaucoup de desseins, et peu d’affections.
Plus léger que le vent qui porte les tempestes.
Il change tous les iours de nouuelles conquestes :
Et n’estimant iamais ce qu’il peut posséder.
Il gagne toute chose, et ne peut rien garder, f’ar vostre vaine humeur, après vne victoire ,
Ivn mesprise le fniit , et n’en veut (|ue la gloire ;
DE MONSIEVR DE VOITVHE
Et de tant d’amitiez faites diuersenient ,
N’en aynie que la fin , et le eoinincncement.
D'vn amant qui vous vient , vous aymez les approches ;
D'vn autre qui s’en va, les cris , et les reproches.
La nouueauté vous plaist : et ne se passe iour.
Que vous ne fassiez naistre, ou mourir quelque Amour.
V’ous estes sans arrest , foible, vainc, et le^çere.
Inconstante, bizarre, ingratte, et mensonger-,
Pleine de trahisons, sans ame, et sans pitié,
Capable de tout faire, horsmis vne amitié.
Celle que vous m’auiez par tant de fois iuréc.
Qui deuoit surpasser les siècles en durée.
Et ne se démentir qii’auec le Firmament,
Si belle, et si parfaite en son commencement,
Et dont la belle ilamme icy bas sans seconde ,
Deuoit durer encor apres celle du monde ;
A la fin s’est esteinte : et contre vostre foy.
Vous en fauorisez vn moins digne que moy.
Regardez-vous, Relise ; et panny tant de grâces.
Ne souffrez plus en vous des qualitez si basses.
Et sur tant de vertus, et de perfections ,
Releuez vostre cœur, et vos oflections.
Ne laissez rien en vous capable de desplaire.
Faites-vous toute belle: et taschezde parfaire L’ouurage que les Dieux ont si fort auancé r Et vous seule, achetiez ce qu’ils ont commencé.