‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 181 sur 229 · EPISTRE · texte numérisé non relu

EPISTRE

A MÜNSIEVR DE COLLIGNV.

Dans les plaisirs qui vous entourent , fet qui de tous costez accourent ,

Pour vous rendre icy-l)as heureux,

POÉSIES

0 Cheualier auenturcux !

Trouuez bon, que l'on vous écriue ; Et ne vous faschez , s’il arriue Que ie trouble vostre repos, Maintenant par quelque ~propos.

Tous les biens et toute la ioye.

Que donne Amour, quand il octroyé Sa grâce aux cœurs qu'il a greuez , Ores, Seigneur, vous les auez.

Vostre fortune est sans seconde ,

Et vous estes l’homme du monde Qui prenez le mieux vos esbas,

Si ce n’est que vous soyez las.

Mais, si vous estes las, beau Sire ;

Au moins, ce n'est pas de trop lire.

Or ie pense que dans Steué,

Si ie l’ay bien imaginé.

Comme c'est lieu de peu d'affaire, Souuent vous ne pouuez rien faire.

Ainsi ie croy que vous pourrez Lire ces vers, où vous verrez De vostre derniere auentiire Vne assez passable peinture ;

Et sur ce suiet les auis De quelques-vns de vos amis.

Que cette nuit fut claire et belle.

Quand la triomphante Pucelle (I;,

En qui la .Nature et les Dieux Ont mis tout ce qu’ils ont de mieux Fut par vostre addresse arreslée,

Et par vos armes conquestée !

L’Olympe son front déuoila :

Et tout ce soir étincela.

Malgré l’obscurité des nuës, D’estoilles au monde inconnuès; Parut serein, tranquille et pur,

Et se couurit d’or et d’azur.

n) Madcnioi!4>lle de Bonteville.

DE MONSIEVK DE VOITVRE.

De cet azur dont il se pare.

Quand vn beau iour il nous préparé.

Le Ciel vous vit de tous ses yeux.

Et vous seruit de tous ses Dieux, lupiter et Mars et Mercure,

Prirent part à vostre auenture :

lupiter et Mercure, et Mars,

En craignirent tous les bazars :

Et vous éclairant de leurs Sphères, Ils furent tous trois vos Terceres, Sur tous. Mercure volontiers.

Car c'est vn de scs cent mestiers.

Mars enuieux de la Toléré,

Ce qu’il y fit, eust voulu faire :

Et lupiter qui s'écliauffoit.

Tout ce que vous fistes, eust fait.

11 s’échauffoit deuant la Belle,

Et vous ayda pour l’amour d’elle.

Saturne aussi: mesme l’on dit Que , ce soir-là, Saturne rit,

Luy que iamais on n’a veu rire.

Depuis qu’il perdit son Empire.

Car, comme vous sçauez tres-bien, Saturne est fort Saturnien.

Il sentit pourtant quelque ioye.

Vous voyant, vous et vostre proye,' Et d’ordre et l’accompagnement Du mémorable enleucment :

Lors que, non contre son enuie,

La rauissante fut raiiie.

Les Grâces, qui suiuent tousiours Le Dieu qui présidé aux .Amours, Les ieunes Ris, et l’Amour mesme.

Et tout ce qui fait que l’on ayme.

Les doux Appas ensorceleurs ,

Les Attraits qui gagnent les cœurs.

Les Plaisirs, les douces Tendresses, Et les amoureuses caresses.

Portez sur les ailes du vent , Chantant Hymen, alloient deuant ,

POÉSIES

Semant mainte rose nouuelle,

Sur tout le ehemiii de la Belle ;

Et mille œillets, qui pallissoient Dés que ses beautez paroissoient.

Le ieune Hymen marehoit en suite.

Qui s<;ruoit comme de conduite A vostre char qu’il édairoit.

Et qui derrière luy couroit.

L’or de sa blonde ciieueliire,

Son port celeste et sa jiamre.

Assez entre tous le marquoit.

le l’ay sçeii d’vn Archer du Guet , Qui cette nuit , non sans allarmes.

Vit vous et tons vos gens en armes ; Et me le contoit auiourd’huy.

Mais peut-esfre il vous prit pour luy.

S’il vous prit pour luy, ie vous iiire. Seigneur, qu’il vous a fait iniure.

Car il valoit mieux, en ce lieu , lüstre l’Espoiix, qu’eslre le Dieu.

Mais il n’importe, qu’il se trompe.

Hymen assistoit à la pompe :

Et monta ce soir à cheual ,

I Car ie le sçay d’original : )

II animoit toute la troiippe ,

Et portoit cette nuit en cronpjK- Les vrais et solides plaisirs Qui naissent des justes désirs.

Au lieu qu’il porte d'ordinaire,

Le repentir, et la miscre,

I.a ialousie, et les ennuis Des longues et fasclieuses nuits.

Sa torche nopcierc ondoyante.

Dans les tenebres flamboyante, Lançoit mille diuins éclairs Dessus la tern;, et dans les airs.

Mandiant deuatit vous de la sorte.

Il vous conduisit à la porte,

D’oii vous sortistes de Paris :

;Ce fut, ie croy, de Saint Denis.)

De là. ])iissjint hni.ssnns et hayes.

DE MÜNSIEVK DE VOITVHE.

Il vous mena iusques vers Clayes,

Et deçà peut-estrc, ou delà :

Car ie ne sçay pas bien cela.

Mais ce Dieu, comme il est fort tendre. Fut las, et contraint de se rendre Dans le carrosse : et cela fit Que le carrosse se rompit.

Car, Monsieur, tous ces Dieux des fables, Sont pesans, comme tous les Diables.

Ainsi trauersant l’Acheron ,

Hercule fit peur à Caron ;

Quand sa pesanteur immortelle Fit trop enfoncer sa nacelle.

Il se mit doncques entre vous, , Admirant l’espouse et l’espoux.

Le voile d’vn subtil nuage Couuroit sa taille et son visage ;

Et fit qu’on ne le connut point.

Bref, tout se fit si bien à point ,

Qu’ayant trauers*; mainte plaine,

Et souffert aussi mainte peine.

Il vous mit vous deux à l’abry.

Dans les murs de Chasteau-Thierry.

Au bruit du célébré Hymenée,

Pour estre à la grande iournée ;

Là se rendent à grand concours,

Tout ce que le inonde a d’Amours,

De tous les endroits de la Terre ; D’Irlande, d’Escosse, Angleterre,

Du pals des Italiens,

De celuy des Siciliens;

De Corsegue, et de la Sardagne,

Et grande quantité d’Espagne.

De delà la mer, il en vint De gros escadrons plus de vingt.

Des bruslans deserts de l’Afrique,

Des derniers bouts de l'Amerique,

Du lapon, de Manicongo,

Qiioy qu’ils y viuenl à gogo.

Des solitudes de Libye ;

POftSIES

Musine il en vint d’Kthiüpie,

Noirs comme petits ramonnuiirs ;

Kt CCS noirs-là sont les meilleurs.

Il en arriua trois volées,

Des Marches les plus reculées Du Cap vert. Ceux-là sont petis, Gaillards, ésueillez et gentis.

Ils ont par tout mesme ramage, •

Et cent couleurs en leur plumage.

Comme on en voit aux perroquets :

Et sont ceux qui font les coquets, ladis n’en estoit rememhrance.

Cent ans a, qu’il en vint en France.

Maintenant en est grand rapport :

Car ces oyseaux proiiignent fort.

Il en est hcaucoup de femelles ;

Et vont plus vLsU! qii’hy rondelles.

D’autres meilleurs viennent encor,

De vers les terres de Mogor,

Des monts Rypheans et des Scythes, Et des farouches .Moscouites.

Ilref, de tous costez accourans.

Les plus petits, et les plus grands.

Se venoient percher sur la Ville,

Où pour lors estoit Itoutevillc.

Il en vint du plus haut des airs.

Il en vint du plus creux des mers.

Car de ce que le Ciel enserre.

Sous l'Onde, dans l’.Vir, sous la Terre, Dans ce grand et vaste contour.

Il n’est rien qui soit sans amour;

Rien qui par amour ne subsiste.

Et rien viuant, qui luy résisté.

On les voyoit comme moyneaux,

(Ju comme trouppes d’eslourneaux , Ombrager toute la campagne,

Et couurir toute la Champagne.

L'air par tant d’amour allumé Eut de telle sorte enllamé.

Qu’on en dit choses admirables,

El dans l’auenir inemorabli-s. ->

DK MONSIKVU DK VOITVRK.

Aussi-fost que l’on respiroit, L’amour dans les aeurs souspiroit.

La Vierge la plus ino<leree,

La veufue la plus retirée, plus saint et le plus deuot ,

Le plus habile et lu plus sot.

Les vieillards les plus honorables, Les vieilles les plus détestables, Ressentant l’amoureux flambeau.

Ne pouuoient durer dans leur peau.

Les plus chastes et les plus prudes, Les plus saunages, les plus rudes.

Le plus dur cœur fut attendry.

Tout ayma dans Chasteau-Thierry.

Mcsme dans les prochains villages, U se fit d’estranges mesnages.

Les bergeres et les bergers.

Dans les prez et dans les vergers ; Les vachers auec les vachères.

Dans les bois et dans les fougères ; Les plus farouches païsans.

Pour ce iour n’en furent exens.

Chacun rencontra sa chacune.

Nid ne fut sans bonne fortune :

Tout le monde mouroit de chaud :

Et l’on se baisa comme il faut.

Personne d’aymer n’auoit honte.

Mais pour reuenir à mon conte, L’heure vint, et l’heureux moment , L’heure, que l’vn et l’autre Amant Deuoient voir par leur hymenée, Toute leur peine terminée;

Kt cueillir les fruits amoureux (Jiie le Ciel auoit faits pour eux.

Ils arriuent tous deux au Temple.

Chacun les admire, et contemple :

El pour leurs celestes beaulez.

Les cœurs briislent de tous costez.

Ainsi vit-on, au temps antique, Medor ioint auec Angeli(|ue;

( tu, pour en parler comme il faut ,

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