POVR LE GRILLON
le deiiicurois dans vn four chuud.
Où ie passois fort bien ma vie :
Quand hier voyant le feu des beaux yeux de Syluie, le pensay tomber de mon haut.
Si vostre salut vous est clier,
Eloignez-vous de l’inhumaine,
. Gardez-vous bien de l’approcher,
Et prenez cét auis pour vne bonne estrenne :
Moy, qui comme Midrac, Sidrac, Abdenago,
(La rime en sera difQcile,)
Chantois dans la fournaise, et viuois à gogo Dans les lieux les plus ebauds, dont i’ay fait mon asyle ; le meurs et languis dés le iour Que ie m’approchay de la belle.
Comment, Diable, à trente pas d’elle.
Il fait chaud comme dans vn four!
Depuis que ie la vis, ma langue est seiche, et noire ; le souffre des douleurs que vous ne sçauriez croire ;
Il ne fut iamais rien de tel (Jue si ie n’en meurs pas, ie mérité en l’Histoire,
Et le nom et la gloire.
De Grillon l’iramorlel.
POVR LE HIBOV.
Les hommes, tous tant que vous estes, lugez bien mal des jwuures bestes.
Particulièrement de nous autres Hiboux ;
(1) Mademoiselle de Vertus envoya u Monsieur Esprit pour étrennes : vn grillon, vn hibou, vne tortue et vne taupe, et Voiture fit les vers. (Note de Tallemanl.)
DE MONSIEVR DE VUlTVIŒ.
Que l’on chasse de toutes testes,
Et qu’on traitte par tout, comme des loups-garous. Ne prenez à mauuais augure De voir aiiimird’huy ma figure.
Bon iour, bon an. Monsieur Esprit.
Quoy ! vous vous refrognez , voyant cette auenture, Et vous rougissez de dépit ,
Comme si ie donnois de mauuaises cstrennes :
Vos fièvres qiiartaines.
POVR LA TORTVE.
Pour vous venir baiser la main , le partis au mois de Septembre,
Du bout du Faux-bourg Saint Germain :
Et nuit et iour faisant chemin , l’arriuay hier céans à la fin de Décembre. Qiielqucs-tois Salladin va plus diligemment :
Mais il n’cst rien de tel que d’aller seurement : Voulant doncques vous cstrenner.
Pour vous faire heureusement viurc ; le n’ay rien de meilleur, que ie puisse donner.
Si ce n’est mon exemple à suiure.
Vous autres beaux esprits battez trop de païs.
Croyez-moy, suiuez mon auis.
.Soit que vous poursuiuiez Euesché, Femme, ou Fille Faites tous comme moy, hastez-vous lentement.
Ne formez qu’vu dessein, suiuez-le constamment. Mais c’est trop di.scourir, ie r’entre en ma coquille.
POVR LA TAVPE.
Bon-iour, Monsieur, et bonne année !
Si vous voulez que le Destin Vous rende celle-cy tranquille et fortunée ,
Escoutez ces cinq vers, qu’on m’a dits, ce matin.
Quand le sort guidera vos pas.
Dans la chambre, où les leux, les Ris, et les Appas Enferment toutes leurs merueilles :
Soyez comme vne Taup»-, et fermez-y les yeux ; üunrez s<ndement vos oreilles.
i‘oi:;siES
CVst ce qu'on lu’a chargée auiourd’huy de vous dir(!.
Mais iiioy, ie vous conseille mieux :
Si vous voulez saiiuer vostre anie de martyre.
De fermer vostre oreille aussi bien que vos yeux.
Car vne Nymphe redoutable Y tend vn piege iuéuitable :
Et ceux, que de ses yeux le foudre ne frappa.
Le feu de son esprit leur fait rendre les armes.
Par moy vous en voyez exemplutn vt Talpa :
Qui pour estre sans yeux , n’éuite pas ses charmes, Si vous voulez sçauoir comment.
Et d’où me vient celte auenture ; le vous le diray promptement.
Sans fcintise et sans couuerture.
Vous sçaurez donc. Monsieur, pourueu Que vous vouliez prester vne oreille attentiue,
A la narration naïuc,
O’vn petit animal, qui n’a iamais rien vcu :
Qu’estant en l’Hostel de Soissons,
Cktmme i’allois ronger l’oignon d’vne Anémone, l'oüis les accens, et les sons De l’agreable voi.x de certaine personne.
Qui discouroit dessus Platon (1),
Parlant à Madame Marie (2),
Qui l’cntendoit, sans flatterie,
Comme i’entens le bas breton.
Moy, bien ayse d’oüir toutes ces belles choses, Perçay viste la terre, à dessein d’arriuer A ses pieds, qui par tout faisoient naistre les roses. Malgré la rigueur de l’Hyuer.
Me voyant, sans trop s’esbahir ;
Vous estes Taupe? (me dit-elle :)
Ouy, luy dis-ie, Mademoiselle, le suis Taupe, pour vous seruir.
D’où venez-vous présentement?
Commença-t-elle de s’enquerre.
l’arrive de cent pieds sous terre.
(1) Mademoiselle de Vertus passoit pour cslre fort sauante. (Note de Tallemant.)
(?) Suivante de mademoiseUv de Vertus.
IIK MÜNSEKVK DE VUlTVIlE.
l’oiir vous üüir tant seulement, le cherchois vne Taupe icy ;
( Me respond-elle auec vue bouche riante , )
Et si vous estes ma seruante, le suis bien vostre amie aussi.
Vous estes Taupe d’esprit doux ,
Et fort belle, sans estre blonde, l’ay bien veu des Taupes au monde ;
Mais iamais vne comme vous, le sentis que la ferre et l’air S’embellirent à sa parole ;
Et que tous les enfans d’Eole Se teurent pour l’oüir parler.
Dieux! que me trouuant auprès d'elle l’eus de regret d’estre sans yeux !
Et que ic l'imaginay belle,
A son parler si gracieux ! le voudrais bien vous .supplier, , (Continüa-t-elle sur l’heure,)
D’aller soudain, et sans demeure.
Au logis où se tient Monsieur le Chancelier.
Là, demander Monsieur Esprit.
C’est vn de ces Messieurs qui dans l’Academie Foudroyent tous les iours l’ignorance ennemie ;
Et qui iugent de tout escrit.
N’entrez pas dans sa chambre, attendez-le en la cour. Allez- y sans estre attifée;
Car il est fort coquet, et plus charmant qu’Orfée :
Et s’il vous auoit veu coiffée.
Il ne manquerait pas de vous parler d’Amour.
Le voyant, inclinez la teste.
Comme vne Taupe bien honneste :
Et sans luy faire compliment, >
Dites-luy ces mots seulement.
Bon-iour, Monsieur, et bonne année !
Si vous voulez que le destin Vous rende celle-cy tranquille et fortunée :
Escoutez ces cinq vers qu’on ni’a dits, ce matin.
Quand le sort guidera vos pas Dans la chambre, où les Ris, les leux, et les Appas
POÉSIKS
Enferment toutes leurs merueilles ; Soyer, comme vne Taupe, et fermez-y les yeux ; Onurez seulement les oreilles (I).