‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 19 sur 229 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Voyage de Péronne. — Voilure, de l'Académie des Humoristes. — Il se bat avec Chavcroche.

En 1646, Voiture reçut une distinction ([ui flatta vivement son amour-jiirôpre : lx)uise-.Marie de Gonzague, fille du duc de Nevers.

VIE DE VOITURE

venait d'épouser Uladislas , roi de Pologne. Pendant son séjour à Paris, elle fut traitée en reine, et elle voulut que Voiture la servit en qualité de maître d’hdtel; lorsqu’elle partit, il l’accompagna jusqu’à Pcronne.

Ce voyage donna lieu à une aventure assez curieuse. Madame de Sainctot, toujours éprise de Voiture, pour qui elle s’était presque entièrement ruinée, croyant sans doute qu'il suivrait la reine jusqu’en Pologne, résolut de se mettre à sa poursuite; elle quitta Paris escortée d'une seule suivante. Arrivée à Saint-Denis , elle ne put trouver de giU;; on la prit pour une femme de mauvaise vie, et elle fut obligée de passer la nuit dans son carrosse. Elle n’alla pas moins jusqu’à Péronne, où l’impitoyable Voiture refusa de lui donner audience. Elle ne laissa pas de l’aimer jusqu’au bout, comme on le verra bientôt.

Le 1 4 août de la même année, il fut admis à l’Académie romaine des Humoristes. Désirant faire à cette docte assemblée une réponse «lignelPëni et de lui , et ne se conliant point en ses propres forces, il demandait en ces termes une lettre latine à son ami Costart :

Monsievb, ®

Vous serez bien estonné que ie vous sollicite de m’ayder dans vne affaire que J’ay delà les monts; et que j'implore vostre secours contre les Romains. Ce n'est pas la première fois, comme vous sçauez, qu'ils ont troublé le repos de ceux qui ne leur demandoient rien. Mais il me semble , qu'ils n'ont iamais esté si injustes auec personne , qu'ils le sont auec moy : et ils n'ont pas donné plus de peine à Anuibal , qu'ils m'eu vont donner; si vous ne me secourez. (Juorsum hsec? le m'en vay vous le dire. Il y a parmy eux vne Academie de certaines gens, qui s'appellent les Humoristes; qui est à peu prés, comme qui diroit bizarres : et eu effet , ils le sont tant , qu'il leur a pris fantaisie de mereceuoir dans leur corps ; et de m'en faire donner auis par vne lettre que m'a escrite vn de leur compagnie. Il faut que ie leur en fasse vne en latin , pour les remercier : et voila ce qui me met en peine, l'en suis sorty pourtant dés le moment que vous m’estes venu dans l’esprit. Car il me semble que voila vostre vTay fait : et vn homme qui est en Poitou , et qui escrit des lettres latines de gayeté de cœur, ne me sçauroit pas refuser cela. Ils ont pour deuise vn Soleil , qui tire des vapeurs de la mer, qui retombent en pluye , auec ce mot de Lucrece, Jluit agmtne dulcl. Voyez, ie vous supplie, si vous trouuerez quelque chose à leur dire, sur cela; et sur l'honneur qu'ils m'ont fait; et sur le peu que ie mérité. Enfin , faites du mieux que vous pourrez. En tous cas , Monsieur Pauquet ne nous sçauroit manquer, qui en scait plus que vous et moy. le m'en remets entièrement à vous deux. Car ie ne suis point du tout capable de cela : et vous le ferez, s'il vous plaist

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VIE DE VUlTEllE.

Avant d’accorder ce qu’on lui demandait, Costart réfléchit probablement sur une mésaventure qui lui était advenue en pareille occasion, et que Talleinant des Réaux rapporte ainsi dans ses historiettes : « Comme M. d’Avaux était à Munster, en je ne sais quelle « occasion, la marquise de Sablé fut obligée de lui écrire ; elle dit à « Costart ; a Faites -moi un peu une lettre.» 11 lui en fit une ; elle U la trouva si guindée, qu’elle en fit une autre et l’envoya (1). Mon- « sieur d'Avaux écrivit ici qu’il avait reçu de la marquise la plus a belle lettre du monde ; Costart donne dans le panneau , croit que « c’est la sienne qu’on loue , et est assez coquin pour en montrer « une copie. Voiture la voit , et ne la trouve point merveilleuse ; il U en parle à la marquise, qui lui dit la vérité ; il tire copie de sa let- « tre, et en fait l’alTront à Costart, quoique ce ne fût qu’en riant. »

Les deux dernières années de Voiture furent tristes : la fièvre ne le quittait presque plus ; ses rêveries prenaient sensiblement le dessus; il en oubliait le jeu, cette passion de toute sa vie.

l'ay trouué, aussi bien qu' Aristote, escriuoit-il

à Costard , que la béatitude n’estoit pas dans le jeu : et de fait ie ne joué plus. Il y a sept mois que ie n'ay joiié ; qui estoit vne nouuelle assez importante , que j’auois oublié à vous dire

Il était devenu tellement irascible, qu'il lui était im|K)ssible de souffrir aucune contradiction. Ce fut peu de mois avant sa mort qu’eut lieu son fameux combat avec Chaverotdic, intendant de madame de Rambouillet. Voici quelque propos : Chaverochc et lui adressaient leurs hommages à l’une des filles cadettes de madame de Rambouillet; cette demoiselle, qui devait être la première femme du comte de Grignan , était aussi coquette que sa mère et sa sœur Julie étaient prudes. Quoique les prétentions de l’intendant n’eussent pas un caractère sérieux , Voiture lui chercha querelle, et iis se battirent une nuit aux flambeaux. Voiture eut la cuisse percée d’un coup d’épée- 11 fait allusion à ce combat dans une lettre au comte d’Avaux :

Il faut auoüer, Monseigneur, que vous

auez en moy vne estrange espece de commis. Il n'entend pas vn mot de Finances : il ne va iamais à U direction , et à peine mesme s'auise t-il en six mois vne fois, d’escrire à son Maistre. Mais , en recompense, il joué

(1) Ccllo lettre 80 trouve reproduite d.ms l’ouvrage de M. Cousin sur madame de Saille.

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beau Jeu , il fait dea vera, il escril de belles lettres, et fait quelquefois des combats aux flambeaux à ininuit. le me haste de m'accuser moy-mesme ,

|X)ur arrester vos reprimendes

le vous avouë pour tant, que ie n'ay pas

laissé d'en estre vn peu honteux , et cela m'a assisté long-temps de vous escrire

A toutes les époques de sa vie, du reste, il avait été prompt à dégainer; déjà, pendant son exil à Bruxelles, il s’était battu avec un Espagnol , au clair de la lune, à la suite d’une dispute au jeu. Aussi la reine avait-elle coutume de dire que l’édit sur le duel n’était pas fait pour lui.

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