CHAPITRE XVIIl
Mort (le Voiture. — Mort de mademoiselle Paulet. — Pinchesne publie les œuvres de son oncle.
Voiture mourut au commencement du mois de juillet 1648, pour s’être purgé ayant la goutte. H fut pris d’une fièvre ardente qui l’emporta en quatre jours. Dès qu’il fut tombé malade , sa fidèle amie, madame de Sainctot, accourut pour le voir, et ne le quitta qu’au dernier moment. Il y avait aussi près de son lit une autre femme qu’il avait aimée : c’était la fille de Renaudot le gazetier. Mademoiselle Paulet disait de Voiture , qu’il était mort comme le Grand Seigneur, entre les bras de ses sultanes. Elle ne lui survécut pas longtemps; elle mourut en 1651, à l’âge de cinquante-neuf ans, quoiqu'elle ne parfit pas en avoir plus de quarante.
Voiture laissait une fille naturelle, qui entra dans un cornent. Elle eut toujours en grande vénération la mémoire de son père ; et comnte le souvenir d’un homme aussi profane était peu compatible avec l’austérité et le recueillement du cloître, elle l’avait fait peindre sous les traits de saint Louis : c'est ainsi que fut conservée son image , que le burin de Nanteuil allait bientôt populariser.
Voiture mort, Pinchesne s’enferma dans le cabinet de son oncle, et là , assisté de Conrart et de Chapelain, il procéda à l’inventaire
VIE DE vorruKE.
de ses œuvres. Voiture n’avait rien fait imprimer pendant sa vie : ses poésies, qui abondent en vers charmants, sont presque toutes des pièces de circonstance; et ses lettres môme, qui lui avaient coûté une si longue et si savante préparation, n’étaient point écrites en vue de la postérité. 11 avait composé un éloge du duc d’Olivarez , qui ne nous est parvenu qu'à l’état de fragment; et le roman d’.Mcidalis et de Zélide, dont il avait reçu le plan de Julie d’Angennes, est resté inachevé , quoi(|u’il y eût travaillé pendant vingt ans. .Mais si l’on songe à sa vie agitée, à sa santé débile, à sa paresse enfin, puisqu'il faut tout dire , on cessera de s’étonner qu’il ait si jteu écrit, et l’on admirera davantage encore l'érudition si gracieuse et si variée qu’il a semée dans sa correspondaiice , et cette perfection de style qui a fait la fortune de scs ouvrages, et qui lui assure une place honorable à côté des grands écrivains du dix-septième siècle.
Pinchesne, assisté, comme je l’ai dit , de Conrart et de Chapelain , compulsa tous les manuscrits de son oncle ; et lorsqu’il eut mis à part ceux qu’il destinait à l'impression , il se livra à un nouveau travail d’épuration , qui consistait à retrancher des lettres et des jwésiestout ce qu’elles contenaient de compromettant, c’est-àdire toutes les allusions politiques, et un grand nombre de noms propres, dont l’absence répand sur bien des passages une fâcheuse obscurité (1). Los œuvres île Voilure, ainsi tronquées, furent livTées au public; elles eurent un succès prodigieux. Dans un petit nombre d’années, il en parut sept éditions; fait incompréhensible, lorsqu’on se reporte au temps où le libraire liarbin disait à Üespréaux : «Monsieur, votre Lutrin s'enlève;. s’il plait à Dieu, nous en vendrons cinq cents exemplaires! » Quelque grand que fût le succès, il était mérité : Voiture a le premier assoupli celte prose française, qui semble à la torture dans les écrits de Balzac , son rival. Il a eu de plus une autre sorte de gloire fort appréciée en France ; car il a été l'homme le plus spirituel de son temps, et les plus rudes adversaires de sa renoinntée n'ont pu s’empêcher de reconnaitreen lui, comme dit Tallcmant, le père de l'ingénieuse badinerie.
Ahédée Rocx.
(t) Ürs découvertes précieuses nous ont heureusement restitué la plupart des fragments suppriim^.
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Dans le dessein que j’ay d’honorer la mémoire d’vu Oncle que j’estiuiois infiniment, et dont le souuenir me sera tousiours précieux ; j’ay crû, Eectevr, estre obligé, en te faisant part de ses Escrits, de te dire quelque chose de sa personne. Que si Jeu parle à son auantage, ic te prie de ne me fioint tenir suspect pour estre son parent, et de croire au contraire que cette qualité m’oblige d’y apporter plus de retenue, que n’auroit pû faire en cette occasion le moins passionné de ses amis. Il n’a pas tenu à moy que ie ne sois dispense de luy rendre vn si juste deuoir ; tant par mon peu de capacité, que pour la répugnance que ie trouuois en moy-mesine à publier la vertu d’vn homme de qui i’estois si proche. Mais ie me suis laissé gagner aux persuasions de ses amis et des miens, qui m’ont biit entendre qu’en me chargeant du soin de faire voir ses Oeuvres, ie m’estois engagé à ccluy de t’entretenir de son mérité, et de te rendre quelque compte de sa vie. le diray donc de luy, auec moins d’ornement et d’artifice, que de franchise et de vérité, tout ce qu’vn semblable suiet me peut permettre. Et pour te faire vne peinture de son ame qui aille au delà de ce qui t’en peut paroistre dans ses Escrits, quelques beautez et quelques agrémens qui s’y rencontreut ; j’oseray bien t’asseurer (|u’il auoit en luy beaucoup d’autres qualitez pour le moins aussi considérables, et capables toutes seules de le tirer du commun, et de le faire passer pour vn des ornemens de .son siècle. Il auoit plusieurs talens aduantageux dans le commerce du Monde, et entr’autres ceux de réussir admirablement en 1. 5
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conuersalion familière, et d’accompafniier d’vne grâce qui n’e»toit pas ordinaire, tout ce qu’il vouloit faire, ou qu’il vouloit dire. 11 auoit la parole agréable, la rencontre heureuse, la contenance bien composée ; et quoy qu’il fust petit, et d’vne complexion délicate, il esloit fort bien fait et extrêmement propre sur soy. Encore qu’il ait passé la meilleure partie de sa vie dans les diuertissemeiis de la Cour, il ne laissoit pas d’auoir beaucoup d’estude et de connoissaiice des bons Autheurs. 11 possedoit bien ce qu’on ap|)clle les belles lettres : El ce qui l’a fait valoir dauantage, est qu’il en sçauoit, autant que personne, le droit vsage, et auoit vne grande adresse à s’en seruir. Quand il traittoit de quelque poinct de science, ou qu’il doniioit son jugement de (luclquc o])inion, il le faisoit auec beaucoup de plaisir de ceux qui l’écoutoicnt, d’autant plus (|u’il s’y prenoit tousiours d’une manière galante, enjoüée, et qui ne sentoit point le chagrin, et la contention de l’Escole. Il entendoit la belle raillerie, et tournoit agréablement en jeu les entretiens les plus sérieux. Cette merueilleuse adresse d’esprit l’a fait bien accueillir des premiers Seigneurs de la Cour, et des Princes mesmes. 11 auoit vne noble hardiesse à se produire, temperée d’vue douceur cl d’vne cinilité polie, auec laquelle il sçauoit se dcmesler judicieusement delà compagnie du grand Monde : Et en cela particulièrement il a réussi, et a esté du pair auec les plus galans hommes de son temps. Il s’est trouué pourucu par la Nature de lettres de faucur, et de ie ne sçay quel caractère quil’a fait cheriret honorerdes pIusGrands, au delà de sa condition, et l’on peut dire de luy, que l’on n’a iamais veu de Courtisan de sa sorte, le porter si haut qu’il l’a porté; puis-qu’estant d’vne naissance médiocre, il est mort entre les plus grandes connoissauces et les plus célébrés Amilier. de la Cour. Monsieur le Cardinal de la Valette a esté vn des premiers qui l’ait poussé auprès des Princes et des Princesses. Il estoit dè.s-lors Introducteur des Ambassadeurs prés son Altesse Royale ; et tant par cette qualité, que pour son propre mérité, il n’auroit point manqué d’emplois, s’il eust voulu s’appliquer aux affaires. Mais il esloit né pour d’autres choses, et c’eust esté dommage pour la gloire des Muses, et l’entretien
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des liODiiestes gens de soa sieele, qu'il s'v fusl udoniié tout entier. Il n’a pas laissé d’auoir quelques emplois assez honorables ; Il a esté long-temps à la Cour d’Espagne, par l'ordre et pour les affaires de son Maistre, Monseigneur le Duc d’Orléans, où il a entretenu familièrement le Comte Duc d'OIiuarés, et d’autres Grands d'Espagne, qui faisoient vn particulier estât de son Esprit. Comme il auoit tousiours aimé la langue du Fais, et qu’il y auoit fait un autre voyage, il la posscdoit si bien, qu’il y fit des vers Espaguols qui furent pris pour estre de Lopé, vn de leurs plus excellents Autlieurs. 11 a encore esté enuoyé par le feu Roy vers le grand Duc, pour la naissance du Roy d’à-présent ; et ces deux voyages acheuereut de le confirmer dans la connoissance qu'il auoit desia des langues Espagnole et Italienne, qu’il a très-bien entendues. 11 auroit pù obtenir assez d’autres commissions honorables ; mais l’amonr qu’il a tousiours eu pour les lettres, ne luy a pas permis de se charger de plus grandes occupations pour les affaires, ausqucllcs il a préféré le repos. Il a tousiours aymé naturellement les gens d’esprit et de sçauoir, de quelque qualité qu’ils fussent, et en a esté pareillement aymé. Entre les personnes de condition, et employez aujourd’huy dans le Ministère de l'Estat, Monsieur d’Auaux a jetté le premier fondement de sa réputation, qui appuyée sur vn homme d’vn iugement si exquis, et d’une vertu si eminente et si gencralement approuuée, ne pouuoit manquer de se soùtenir. Depuis, Monsieur de Chauigny n’a pas peu contribué à l’establir, par les marques d’estime qu’il luy a données. Messieurs les Mareschaux de Schomberg et de Grammont l’ont honoré d’vne amitié tres-estroite. Et pour monter plus haut, feu Monseigneur le Prince et toute sa Maisou, luy a encore fait l’honneur de le voir de bon œil. Monseigneur le Prince d’auiourd’huy l’a aymé et escouté souuent auec plaisir, et comme tu verras par ses lettres, luy a donné la liberté de lui escrirc souuent auec beaucoup de fanüliarité. Monseigneur le Prince de Conty commeuçoit aussi à le goûter bien fort, sans oublier icy l’estime que Monseigneur le Duc d’Orléans son inaistre faisoit de luy, et l'affection qu’il luy a tousiours tcm«»ignée. Il estoit bien aussi dans l’esprit du Roy, de la Reyne, et
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de Monseigneur le Cardinal d’à présent, duquel il auoit l'honneur d’estre connu de longue-main, et d'auoir receu quelquesfois des marques de bien-vueiilauce. il a esté singulièrement aymé de la plus célébré Maison, où la Vertu ait esté de tout temps reconnue, et honorée, j’entens l'Hostel de Ramboüillet. Outre le Maistre et la Maistresse ; tout ce (jui y aborde d’honnestes gens de l’ui et de l'autre sexe, le clierissoient et en faisoient grand cas. Entre les sçauaus et les hommes de lettres d’vnc condition plus conforme à la sienne; Monsieur de Halzae, Monsieur Chapelain, et beaucoup d'autres encore qu'il seroit trop long de nommer, l'ont estimé viuant, et ont encore sa mémoire eu singulière recommandation ; et l'on peut dire que de tous ceux qui ont aujourd'buy quelque réputation d’esprit, il n’y en a gueres (|iii n’ayent goûté et admiré le sien. l’ose nuancer cette parole en sa faneur, et ie in’asseurc que l'Academie entière, de laquelle il estoit, ne m’en desauoUera {mis. Mais ie me trompe si le suffrage d’aucun homme, jmur qualifié qu'il •soit dans l’ordre de la fortune et de la suffisance, luy est plus auantageux que l’approbation de ces femmes illustres, qui ont fait de son entretien et de ses Eserits vu de leurs plus agréables diuertissements. Ce sexe a le gmist tres-exquis, pour la délicatesse de l'esprit, et il faut prendre ses mesures bien iusles, pour estre tousiours leu, ou escouté fniiorablcment au Cercle et au Cabinet. C'est en quoy eeluy dont ie t’entretiens, a esté vu grand Maistre; il a tres-bien pratiqué cet Oracle d’vn Ancien, Oue c’est bien sonnent vn tour d’adresse, que d’éuitcr de plaire aux Docteurs. Aussi vouloit-il plaire à d’autres, ie veux dire à la Cx)ur, dont les Dames font la plus belle partie, le me > contenteray d'en nommer trois qui tireront facilement apres elles la voix et le consentement des autres ; protestant qu’en cét endroit ie fais beaucoup moins de réflexion sur la condition de mes témoins, que sur leur mérité. Madame la Duchesse de Longueville doit sans doute de grands biens de naissance et de fortune au sang de Bourbon et de Montmorency ; mais elle n’est gueres moins redeuable à son Pere et à sa Mere pour les aduanfagus de l’esprit. Et en effet, il semble qu'elle ait hérité de l'vii ces lumières et cette clairvoyance (lu’il auoit en toute.s
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sortes d'affaires, et qu’elle possède auec l’autre les rares et précieuses qualitez qui font tousiours considérer Madame la Princesse, comme la merueille de nostre siècle. Kllc y a joint tant de grâces et tant de belles acquisitions par le commerce des meilleurs liures, que c'est à bon tiltre que les Nations estrangeres disent d’elle à l’envy de la France, tout ce qui sc peut dire de plus glorieux d’vnc personne bien faite, et d’vne ame bien raisonnable. Tout le monde 1a regarde comme on faisoit autrefois 1a statue de cét excellent Ouurier, qui estoit si acheuée, que les autres Sculpteurs l'appelercnt la Hegle. I.e don qu’elle a d’vn discernement parlhit ; ie ne dis pas entre les bonnes et les mauuaises eboses; mais entre le bien et le mieux ; cette justesse de sa raison, sa force et son estcnduc, <jui luj font pénétrer les defauts les plus cacbez, et les traits les plus délicats des ouuragcs de l'esprit, luy donnent droit de prononcer souuerainement en telles matières. Mesdames les .Marquises de Sablé et de .Montausicr ne sont pas si tôt nommées, que nostre Ame se remplit de l'Image de deux personnes accomplies en elles- mes mes, et dans toutes les belles connois.sanccs. le n’entreprends pas leur eloge, mais ie sçay que des Princes, des Ambassadeurs et des Secrétaires d' Estât, gardent leurs lettres comme le \ray modelle des pensées raisounable.s, et de la pureté de nostre langue. Cette priucesse et ees naines veulent bien que ie die d’elles, pour la gloire de nostre Aulbeur, ([u’elles ont iugé qu'il approeboit de fort prés des perfections qu’elles se sont proposées, pour former celuy que les Ilalieiis noua déeriuent sous le nom de parfait Courtisan, et que les François appellent vn Galant-homme. Mais il est temps que ie t’entretienne de .ses mœurs, qui ont bien esté au.ssi recommandables en luy comme les autres eboses. Il estoit parfaitement bon Amy, et c’est cette bonne condition de son cœur, autant que celles de son esprit, qui luy en a acquis vn si grand nombre. Monsieur ie Président de Maisons l’a cordialement cbery, et luy en a rendu à luy et aux siens des témoigmiges pleins de tendresse et de générosité, iiisqii’apres sa mort. Il n’a iamais contracté d’amitié auec personne (|ui se soit démentie, cl comme elle estoit fondée sur la vertu de ceux <[u’il aymoit, plustostque sur leurfortune.
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elle n’a point cessé par leur disgrâce. 11 a eu les mœurs aussi douces comme il auoit l’esprit ; il a esté sans animosité et sans enuie pour les ouurages et pour la gloire d’autruy ; il a iugédes choses sainement et sans passion, et n’a lamais médit ny pris plaisir à diminuer la réputation de personne. Il a tousiours eu les sentiments qu’on doit auoir de la Religion ; il a esté charitable enuers les pauures, et ceux qui l’ont connu dés sa ieunesse, l’ont tousiours trouué fort éloigné de toute sorte de libertinage. Quoy qu’en autre chose il ait aymé la raillerie, il n’a iamais rien escrit de satyrique, et l’on ne voit rien de luy qui ne soit n l’aduantage de ceux dont U n parlé. Cette derniere qualité. Lecteur, t’inuite à vser de sa réputation, comme il a fait de celle des autres, et à l’espargner autant qu’U te sera possible. le ne doute point qu’il ne se rencontre quelque chose dans ses Escrits digne de ta censure, comme il s'en trouue dans tons les autres, puisque ceux mesmes qui font profession d’estredes plus grands Maistres, n’en sont pas exempts, et que personne n’a encore trouué le secret d’escrire au gré de tout le monde. Mais ie te prie de ne considérer pas tant scs Inscrits en détail comme en gros, de n’y peser pas tant les paroles que le bon sens, et d’y remarquer le genie , et l'esprit , que tu y trouueras possible beau par tout. le pourrois icy entreprendre de deffendre ses Oeuures ; mais quel crédit leur pourroit donner vue approbation comme la mienne? Peut-estre que celle de quantité d’honnestes gens de ses amis feroit vn plus grand effet sur ton esprit : Mais il faut plustost croire qu’elles sc soutiendront assez d’elles-mesmes sans autre recommandation, et il est inste de laisser cela à la discrétion de ton jugement. Si plusieurs per~ sonnes de condition, dont les noms t’ont esté marquez cy-deuant, et beaucoup d'autres encore , n’en auoient souhaitté et mesme sollicité l’impression, tu ne serois nas aujou^'huy en la ^ine d’en dire ton sentiment. Ses proches, de leur mouuement propre, ne les auroienllamais donnez au public, soit par la modestie dont ils estoient obligez de seconder la sienne; soit dans la connoissance qu’il n’a iamais rien cscrit à cette fin. Et ce n’est pas vne des moins luüablcs conditions de ses mœurs, de ce qu'il a fait si peu de vanité d’vue chose, que tu pmirra.s
Digilized by Guogle
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trouuer qu’il sçauoit si bien faire. Mais il est certain que ce sont ses Amis plustost que luy-mesme, qui ont publié ses Ouvrages, et qu’il n’a iamais rien escrit que pour eux ; ce qui n’est que trop éuident par des périodes et des pages inesines toutes entières de diuers sens, tellement nez dans sou sujet, et si eslroittemeiit attachez aux circonstances des temps, des lieux, et des personnes, que hors de là ils ne sçauroient estre Irouuez bons, ny goustez et estimez selon leur iuste valeur. C’est ce qui m’a obligé de te faire souuent de longs tiltres, qu’il a fallu mettre par nécessité ; à moins que de te donner ses Escrits, sans leur prester en inesme temps les moyens de .se faire entendre. A cela, et à la conduitte de tout ce Recueil, m’a seruy beaucoup l’assistance et le conseil de quelques-vns de ses Amis, et entr’autres de Messieurs Chapelain et Conrart, à qui i’ay cette obligation de s’y estre offerts de bonne grâce, d’y auoir mis la main auec beaucoup d’affection pour la mémoire de l’Autheur. C’est auec eux particulièrement que ie me suis conseillé du choix que ie deuois faire de ses lettres : Car dans la quantité que i’en ay recouurée, nous auons trouué à propos d’en tftèr les plus propres à estre veuës, et de ne les pas produire toutes indifféremment. Q<iant à ce qui est de l’ordre que ie leur ay donné, ie me suis réglé à peu près selon le temps auquel i’ay crû qu’elles auoient esté écrites. Que si tu n’y trouues pas toùjours cet ordre bien obserué, comme il seroit à souhaiter, tu t’en prendras à la négligence de l’Autheur plustost qu’à la mienne. H mettoit fort peu de dates à ses lettres, principalement celle de l’année, ce qui a esté cause que ie n’ay pù leur donner vnesuilte, sans beaucoup de peine. Tu trouueras au reste comme ie t’auois promis, cette septième Edition beaucoup plus correcte que la première, et peut-estre assez pour en estre content; tu la trouueras aussi augmentée de beaucoup de lettres, et de quantité de vers encore, qui m’ont esté donnez depuis. Les mots François que tu y verras en lettre Italique plus fréquemment qu’en la première FMition, ont esté mis ainsi pour faire connoistre que ce sont des termes qui demandent vne particulière explication, laquelle ie n’ay pas voulu entreprendre de te faire, de peur de m’y tromper, n'en ayant sçeu auoir tout l’é-
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claircissement necessaire, quelque eiiqueste que i'en aye faite. Ce sera donc aux Lecteurs à s'en informer de ceux qui ont eu plus de part dans le secret de ses connersations. 11 suffit que i’aye marqué de la façon que i’ay dit tous ses mots qui portent vn sens extraordinaire. Ses lettres purement amoureuses seront ' icy distinguées de celles qui sont de Galanterie, pour la satis-> faction de cenx qui ne les ont pas trouuées de la beauté et de) la force des autres : Mais comme elles n’ont pas laissé de plaire à plusieurs, et que chacun a son goust, nous anons trouué a propos eu cette septième Edition de les mettre à part, afin qu’elles n’y soient que pour ceux qui les voudront voir, sans interrompre la suite de la lecture des autres. De tout ce qu’il a fait, quoy qu’il y ait (comme i’ai desia dit) vue Histoire en forme de nouuelle, sous le nom d’Alcidalis, auec vn discours des affaires d’Espagne, et du Gouuernement du Comte Dned’Uliuarés ; comme tous les deux sont fort défectueux en beaucoup d’endroits [>ar les fueilles qui y manquent; nous n’auons trouué que scs lettres et ses vers qui se peussent donner au public, le ne veux point m’étendre à l’auautage des vns, ny des autres. Il suffit que ie te die de ses lettres, que tu n'y trouueras pas vue vniformité de style lassante et ennuyeuse; que tu y verras les inuentious, les ligures, et les paroles mesmes extrêmement variée.s, et que tout y est escrit facilement et nettement, auec vn air et vn agréement tout particulier. Il se pourra faire que sa façon d’cscrire te semblera vn peu trop familière, pour quelques personnes de la condition de celles à qui il escriuoit : Mais tu considéreras qu’il s'estoit acquis ce priuilege par l’habitude qu’il auoit contractée à traiter de cette sorte auecque les plus Grands, et par la liberté qu’ils luy en donuoient eux-mesmes; ce qui faisoit que l’on ne trouuoit point mauuais de luy ce qui n’auroit peut-estre pas réussi à tout autre, lien a toutesfois vsé auec beaucoup de discrétion, et dans des matières si chatomlleuses et si délicates, il s’est tousiours gouuerné auec beaucoup de jugement. Pour ce qui est de sa Poésie, si elle ne te semble escrite auec tout l’art, et toutes les réglés qu’vne seuerité bien exacte le [veut requérir, tu y rencontreras en recompense, vn si beau génie, des pas-
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tiioDs si tendres et si bien touchées, et par tout des grâces ai naturelles et si naïfues, que tu auoüeras qu’il n'y a point d'art ny d’estude qui les vaille. Ce n’est pas pourtant qu'il en ait manqué en ce qu’il a fait ; mais il l’a conduit auec tant d’adresse, qu’il n'y paroist pas, et n’y éclate point, au prix de la beauté du naturel. 11 faut encore adjoùter à cela, qu’il n’a iamnis fait profession de Poésie que pour son diuertissement, et sans regarder sa gloire. Tu luy départiras celle que tu trouueras qu’il a méritée; et sans que pour cét effet ie brigue ta faneur, i’ay assez bonne opinion de tout ce qu'il a fait pour m'en remettre à ta iusticc. Si pour le faire valoir dauantagc, j’auois à rx>m[)arcr son génie auec quelqu’vn de ceux des Anciens, ne I>nurroit-oii pas dire ; pour la Poésie, qu’il auroit quelque rapjMirt auec la douceur de celuy de Catulle? et pour la fine et délicate raillerie de ses lettres, et sa façon de tourner en jeu les choses graves et sérieuses, auec l’esprit de Lucien ? .Mais disons plustost qu’en ce point il n’est comparable qu’à luy-mesnie, et (|ue comme deuant luy, nous n’en auons point veu qu’il n’ait surpassé, il sera mal-aisé que l'on en voye apres luy qui s’en acquitc d’aussi bonne grâce. Il a esté d'ailleurs bien plus retenu que pas vn de ces deux Autlieurs. Sur tout, en sa façon d’escrire reluit la na'ifuc familiarité de Tereuce, et la pureté et propriété des termes, auec laquelle il a imité en uostre langue la perfection de la sienne; par où il a assez donné à connoistre le fruit qu’il a fait en la lecture de ce iudicienx Escriuain, qu’il a chery par dessus les autres. .Mais ces iugements ne sont pas de ma jrortée , et ie feray mieux de les laisser à de plus sçauans que moy. Cependant, tu ne trouueras pas mauuais, que comme vne matière qui m’est plus propre, ie donne à vn sexe qu’il a tousiours honoré, le reste de ses discours ; et que ie le prie de luy continuer apres sa mort, ses bonnes grâces qu ila .sçcu gagner durant sa vie. Car dans la délicatesse du goust des Dames, et l’extrême politesse qu’elles demandent dans les écrits et dans l’cnlretien, il a tousiours eu le bon-heur de leur plaire et de réussir auprès d’elles. Et comme cette belle moitié du Monde, auec la faculté de lire, a encore celle de iuger, aussi bien (|ue nous, et est auiourd'huy maistresse de la gloire des
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hommes, autant comme les hommes mesmes ; c’est par elle que i’ay résolu de finir. Souffrez donc, beau Sexe, qu’il a de tout temps singulièrement respecté, que ie conclue par la priera que ie vous veux faire de luy conseruer le glorieux auantage de vostre estime, et qu'après auoir laissé les hommes dans la liberté de leurs jugemens, ie brigue la faueur des vostres. Accordez-luy vos suffrages et vos applaudissemens ; voyez les Ouurages qui sont sortis de ses mains, d’aussi bon œil qu’il a veu en vous le plus bel ouurage qui soit sorty des mains de la Nature ; prenez courageusement son party contre ceux qui le voudront reprendre ; et ne dites iamais rien de luy qu'à son honneur, puisqu’il n’a iamais rien écrit que pour vostre gloire. Auoüez auecque moy que les amours et les grâces estoient nées auecque luy, et que si elles ne viuoient encore en vous, elles seroient mortes auec luy-mesme. Si j’en dis trop au jugement de quelques-vnes, elles donneront cét exces à la passion que j’ay de l’honorer; et si ie n’en dis pas assez au sentiment de quelques autres, elles le donneront à la proximité du sang, et à la modestie auec laquelle, comme son parent , j'estois obligé de narler de luy.
VETTVRII EPITAPHIVM
Etrvscæ Charités, Camœnæ Iberæ,
Hermes Gallicus et Latina Siren ,
Risus, Deliciœ, Dicacitates,
Lusus, Ingenium, lod, Lepôres,
Et qaicquid fuit Elegantianun Quo Vettvrivs hoc jacent sepuichro.
Æoid. Meiuoivs.
IN OBITVM VETTVRII.
L)vm le delicias Pindi , Venerumque parentem ( Heu fati crimen ! ) cultior Aula gémit :
Ecquis erit qui vos Veneres, Elegantia, Lusus,
Et te dulcis Amor, dixerit esse Deosî
Mbnahdebivs.