A MONSIEVR LE COMTE DE SAINT AIÜNAN
SOVS I.F. NOM DV CIIKVALIKR UK l.'lSt.K INVISKLK.
Sire Conipains, en vostre écrit Moult clair se fait voir vostre esprit. Pins i()ycux et plus prompt à rire, Qii’onc ne fut celuy de Zephire ;
Qui diable fut, comme sçauez,
Mais doux, et des moins dépraiiez, Amy des Cheualiers antiques, Kemedc des melancholiques :
Et selon que cliacun le croit.
Dommage fut que Diable estoit.
Or en voyant vostre écritui'C,
L'on vous croiroit de sa nature :
Et pour dire mon |icnsement, le croy qu’en estes droitemenl :
Car pour écrire en tel langage.
Il faut estre de leur lignage.
Encor faut-il estre des vieux,
Et de ceux qui parlent le mieux.
One ne vis éloquence graindre.
Nul viuant n’y sçauroit attaindre :
Et depuis que Merlin mourut.
Si sage Clerc que vous, ne fut,
Si doux faiseur de chansonnettes.
Ne si beau diseur de sornettes.
POÉSIES
Si coiiil, gracieux et courtois :
El quand Diable seriez cent fois,
Kt que griffes ie vous verroye,
Par 11)011 chef, ie vous ainieroye.
Allez, beau sire, et nul daiigier One ne vous puisse laidangier.
yire Fortune la semilleuse,
A tout sa rôtie périlleuse,
Tousiours au point de batailler,
V'ous garde de trop péri lier;
Vous sauue de toute affoleure,
Tout mesaisc, et toute laideure, D’enconibriérs petits et grans,
Oii tombent Cheiialiers errans, D’emprinses qui n’ont point d’issuës.
De fines amours mal receuës.
De faux Cheualiers enchanteurs.
De lisongers, et baratteurs.
De venin de langue enuieuse ,
Et de garde en nuit pluuieusc ;
D’aller armé long-temps au trot,
Des Damoiselles suiuant l’ost,
De plomb volant (c’est chose dure, Elijui se fait contre Nature),
Et quand dormirez volontiers.
De tous enleueurs de quartiers.
Mais, sur tout, loin de vous exile Les gueiToycurs de Thiomiille,
Que le Diantre fait approcher Par fois jwur le pot épancher.
Dieu vous en garde, et qu'au contraire. Tant que de cheuaux pourrez traire.
Alliez fondre sur ennemis;
Si que par vous soient à mort mis,
Oii mis à mort, si mieux vous semble : Que la fiere Mort, qui tout emble, Tousiours accompagne vos exHips,
Sans oneques se tourner à vous.
Qu’ayez l’heur comme la proües.se D’Amadis de Gaule, ou de Grèce,
De Lancelot, de Perceual ,
ÜE MONSIEVR DE VOITVRE.
Ou des secoureurs de Gazai.
Que toute chose à gré vous vienne ; Que vostre renom se maintienne ;
Que dans combats, et dans estours, Dans les tournois, et les behours,
Qui se font deuant les pucelles.
Vous ayez le coeur des plus belles ;
Et soyez clame des Hérauts,
Pour des plus preux et plus loyaux.
Que l’on vante vostre largesse,
Vostre cointise et gentillesse,
Par dessus les plus renommez :
Et se par amour vous aimez,
Vostre Amie à vous adonnée.
Vous aime sur toute riens née ; Tousiours vous parle doucement Et vous accueille baudement Si quelque riual en approche.
Qu’elle ait pour luy le cœur de roche : Et que chacun ait à part-soy,
Luy l’écoaduit, et vous l’octroy.
En peu de mots, voila, beau sire.
Ce qu’en mon cœur ie vous desire.
Ce sont moult de biens amassez.
Mais pour vous ce n'est pas assi^z.
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