‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 202 sur 229 · MO.VSIEVR LETTRE XIII · texte numérisé non relu

MO.VSIEVR LETTRE XIII

Moxsievb,

Enfin ie pense que renchantement est rompu. Au moins, il me semble qu'il n’y a plus rien qui me puisse arrester. Mais ie n’oserois me vantfT de. sf>rtir de ce lieu, jusqiies It ce que j’en sois bien loin. Estant à la veille de mon partement : ie vous escris auec le peu de loisir que vous pouuez imaginer que doit auoir un homme aussi négligent que moy; et qui a aceoustumé de remettre toutes choses jusques au dernier ionr. Outre quelques affaires qui me restent, il me faut aller dire adieu à Doua Anlonia, à Doua Ynez, î» Isabelica, h la Guzmana, à la Calalana, y a las dos Toledanas. Il faut que j’enuoyevn reeadeà Doua Eluira; que j’escriuevn billet à Doua Vrraca ; el que ie donne des chapins y vn manto à Doua Alonza, et v n Cha-

DK MO.NSIEVK DR VOITVRE,

pelct ù sa more Doua Pedrar.a. Sans mentir, Monsieur, j'ay vescu ' ioy comme vn Saint. Mais ie n’ay pù moins, que de faire toutes ces ainitiez. levons asseure pourtant, qu’elles ne m’ont point délianché : et si vous me passez en toutes les autres vertus , ie me puis vanter d'auoir exercé en ce pais vne tempérance que vous auriez mal-gardée. Le Diable n’est iamais si à craindre, que sous les formes où il apparoist icy : et il y a de certains yeux noirs, dans lesquels quand il se met, il fait tout ce qu’il veut; t-t il n’y a point d’exorcisme qui l’en puisse chasser, le m’en vay trouuer à Souille des Démons encore plus dangereux; et qui s<^)nt de ceux que l’on appelle Ignées. Pource qu’il n'y a guéres d'emlmrquemens à Suint Sebastien, et que l'on n’y trouue que de fort jMîtits Vaisseaux ; ie me suis résolu de prendre cette route. Dcaucoup me le déconseillent, pour les grandes chaleurs qu’il y a en cette saison en Andalousie. Mais il me semble, (pi’il est difficile que ie meure de chaud ; et c’est vne sorte de mort que ie ne puis appréhender. Si d’auenturc le Soleil , la Mer , ou les Pyrates (j’ay tout cela à craindre) accourcissent mon voyage et ma vie : ie vous prie tres-humhlement. Monsieur, d’auoir soin de mon pere, en luy faisant obtenir ma suruiuance ; et de ne’me plaindre qu’aulant que vous 'jugerez raisonnable, c’est à dire fort peu. Mais au cas (jue j'écbape, comme ie l’espere, (car il me stunble, qu’il me reste plus de temps à viure, et que ie ne dois pas si tost guérir de la colique ; ) je vous supplie de me faire la grâce de penser à ma fortune : et s’il arriue quelque changement durant mon absence, de voir s’il y aura lieu de faire quelque chose en ma faneur, lecroy. Monsieur, outre l’extrême bonté que Monseigneur a pour tous ses seruiteurs, (jue vous y trouuerez encore quel(;uc chose de particulier pour moy ; et qu’encore que j’aye esté esloigné depuis vn un de sii jMTSonne, ie n’auray rien perdu de lu bonne volonté dont il a |)leù de tout tenq)s à son Altesse de m’honnorer. Pour ce ipii est de .Monsieur de Puylaurens, ie vous respons do son affection : et i(,‘ .suis asscuré , (|u il sera bien aise d’auoir moyen de faire du bien à vue personne, en qui il croit qu'il y en a vn peu, et, au moins, de lu fidelité de laquelle il ne sçauroit douter. Il n’y pas trois iours que ie parlay long-temps de luy, et en telle occurrence, et à telle personne; que ie croy que ie puis dire, que ce fut auee quelque vtilité. Cette estoile que vous sçauez qui me fait quelquefois aymer plus que ie ne mérité, a fait son effet en celuy qui peut tout icy : et ie me puis vanter à vous, à qui ie puis dire toutes choses ; qu’il m’a émoigné vne alTection tre.s-particuliere. le croy. Monsieur, que s’il estoit besoin. Monsieur le Marquis du Fargis parleroit aussi tres-

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