‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 201 sur 229 · I.ETTUE XII · texte numérisé non relu

I.ETTUE XII

MossiEvn,

l’ay creii aiiuirlrouué vu thresor, quand dans un inesme parquet j'ay recen trois de vos lettres. Ce bonheur, me fait croire que ma Fortune est changée; et que ie vays'entrer dans vnc saison plus-heureuse. L'arriuée de Mcssicui's de I.ingendes me confirme encore celle opinion ; et me fait espercr de sortir bicn-tost de ce lieu. .\u inoins, mon deuoir ne m’y arreste pins : et vnc des chaisnes qui in’atlachoienl icy, est rompuë. 11 ne reste plus que celle de la nécessité : laquelle, si elle n’est la plus forte, est sans doute la plus pesante; et ie croy, (|ue j’aiiray peine à m’en défaire. Ce que ie vous puis dire. Monsieur, c’est que iamais c.sclane n’e|^t sorly d'Alger, et n’a fuy de son Maistre aiiec tant de joye, que j’iray trouuer le mien, le vous supplie tres-humbicment d’y prendre part ; et que la presence de Monsieur de Vaugelas, ne vous enipeschc pas de tronucr la mienne à redire. Un m’a appris, qu’il est logé aucc vous. le vois bien quel hazard ie cours en cela ; et combien il est difficile, que ie garde la place que j’auois dans voslrc amitié, et qu’il ait celle qu’il y mérité, le ne scay pas ce que vous en ferez. Mais il est difficile, que vous soyez en cela juste et constant tont-ensemble. le vous conseille pourtant, Monsieur , d’auuoir plus d’égard î> vous, et à luy, qu’à moy. l'ayme mieux quitter quelque chose de mon droit. Et si vous me demandez mon auis, la lustice est la derniure vertu que l’on doit violer, le crains que cecy ne piuoisse pas tant modera-

NÜVVELLES LETTRES

lion, que prudence ; et que l’on attribue à finesse en inoy, de feindre de demeurer d’accord d’vne chose, que ie ne puis empescher. Quand il seroil ainsi, encore cela auroit-il sou prix : et ce n’est pas peu de sagesse, de pouuoir dissimuler en vn interest si sensible. Voyez, Monsieur, en quelle bonne humeur, m’ont mis vos lettres, l’ay oublié tous les soins qui m’agitoieiit : et il me semble, qu’il ne me reste plus rien à craindre, si ce n’est que vous ayniiez Monsieur de Vfiugelas plus que moy. Cependant, il me faut tromier moyen de sortir de ce lieu : et résoudre, si ie m’en dois retourner par la France ou par la Mer; et quel péril i’ayme mieux courre, d’estre noyé,oud’estre pendu. Maispourueu que vous m’aymiez tousiour.s, ie ne me donneray point de peine du reste : et ie dois, ce me semble, estre assenré contre la fortune, moy qui ay l’honneur de vous auoir connu si particulièrement, et qui suis depuis si long-temps ,

Monsieur, j’auois à mettre icy mille Ires-humbles baise-mains pour beaucoup de personnes. Mais cela voudroit plus de temps que ie n’en ay. le crois qu’il vaut mieux les faire tousà Madame la Comtesse de Uarlaymont.

Monsievr, Vostre, elc.

De Madrid ce 17 d'Aaril losa.

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