‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 25 sur 229 · A MADAME DE SAINTOT (I · texte numérisé non relu

A MADAME DE SAINTOT (I

en luy enuoyant le Roland furlnix d'Ariosle, Iraduit en Krançoi».

LCTTRE IV.

Madàhb,

Voicy , sans doute , la plus belle ananture que Roland ait iaiiiais eue. Et lorsqu’il défendoit seul la Couronne de Charlemagne, et qu’il arrachoit les Sceptres des mains des Rois , il ne faisoit rien de si glorieux pour luy , qu’à cette heure, qu’il a l’honneur de baiser les vostres. Le tiltre de Furieux, sous lequel il a couru jusques icy toute la Terre , ne doit pas empescher que vous ne luy accordiez cette grâce ; ni vous faire craindre sa rencontre. Car ie suis asseuré qu’il deuiendra sage auprès de vous; et qu’il oubliera Angélique , si-tost qu’il vous aura veuë. Au moins, ie sçay par expérience, que vous auez desia fait de plus grands miracles que celiiy-là ; et que d’vn seul mot vous auez sceu guérir autrefois vne plus dangereuse folie que la sienne. Et certes, elle seroit au delà de tout ce qu’Arioste nous en a iamais dit : s’il ne rcconnoissoit l’auantage que vous auez sur cette Dame ; et ii’auoüoit , que si elle estoit mise auprès de vous, elle aiiroit recours, auec plus de l)esoiu que iamais, à la force de son Anneau. Cette beauté, qui de tous les Cheualiers du monde n'en trouua pas un armé à l’épreuue, qui ne frappa iamais les yeux de personne , dont elle ne blessast le cœur, et qui brusla de son amour autant de parties du monde, que le Soleil en éclaire; ne fut qu'vn portrait mal-tiré des merueilles que nous douions admirer en vous. Toutes les couleurs, et le fard de la Poésie, ne l'ont sçeu peindre si belle que nous vous voyons : et l'imagination mesmedes Poêles n’a pû monter jusques-là. Aussi, à dire le vray, les Chambres de Crystal , et les Palais de Diamant , sont bien plus aisez à imaginer, et tous les Enchantements des Amadis, qui vous semblent si incroyables, ne le sont pas tant, à beaucoup prés, que les vostres. Dés la première veuë , arrester les Ames les plus resoluës , et les moins nées à la seruitude; faire naislre en elles vne sorte d’amour qui connoisse la raison, et qui ne sçache ce que c’est que du désir, ni de l’esperance ; combler de plaisir et de gloire les esprits, à qui vous estez le repos et la liberté; et rendre parfai-

. (I) Femme du trésorier de Franee. F'Ile fut lnnglem|is la maîtresse de Voi

tiire.

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DE MONSIEVtt DK VOITVKE.

leuient contens de vous, ceux à qui vous ne faites point du tout de bien : ce sont des effets plus estrangcs et plus éloignez de la vraysemblance, que les Hippogryphes , et les Chariots volans, ni que tout ce (|ue nos Romans nous content de plus menieilleux. le ferois un livre plus gros que celuy que ie vous cniioye, si ie voulois continuer ce discours. Mais ce Cheualier qui n’a pas accoustuinc de quitter le premier rang à personne, se fâche de me laisser si long-temps auprès de vous , et s’auance pour vous faire oüir l’histoire de ses Amours. C’est vnc faneur que vous m’auez l>eaucoup de fois refusée. Et pourtant ie souffriray sans jalousie, qu'il soit en cela plus heureux que moy, puis qu’il me promet, en recompense , de vous présenter ce mot de ma part, et de vous le faire lire auant toute autre chose. Il ne falloit pas vn cœur moins hardy que le sien pour cette entreprise ; et ie ne sçay encore comme elle luy réussira. Neantmoins, il est, ce me semble, bien juste , puisque ie luy donne moyen de vous entretenir de ses passions , qu’il vous raconte quelque chose des miennes; et que parmy tant de fables, il vous die quelques veritez. le sçay bien que vous ne les voulez pas tousiours entendre. Mais puisque vous n'en pou liez estre touchée, et que cela est trop peu de chose pour vous obliger à quelque ressentiment : il n'y a pas de danger que vous sçachicz, que ie vous estime seule plus que tout le reste du monde ; ei que ie tirerois moins de vanité de le commander, que de vous obéir, et d’estre ,

M ADAM K, \ostre , etc. * ^

A MADAME LA MARQVISE DE RAMBOVILLEF (I).

Sous le nom de Calint excellent Uraueur, en luy enuoyant de Nanev vn Hure de ses Figures.

LF.TTRK V.

Madame,

De tant de différentes imaginations que mou esprit a produites, la plus raisonnable que j’ay eue , est celle de vous présenter ce Mure : à vous , Madame, qui excellez sur toute autre, en celte partie de l’anie, qui fait les Peintres, les Architecles, et les Statuaires ;

(I) Callierinr de Vivonne, marquise de Rambuuillet, descendait, par sa mere, de l'illustre taniille romaine des Savelli. Elle naquit enlâSS.et mourut le 317 décembre ifis.v,

LETTRES

î>ii

et qui la defendez par vostre exemple, du blâme que l’un luy donne, <le ne se trouuer iamais en éminence auec vn parfait jugement. Car outre cette grande lumière d’esprit, qui vous fait voir d'abord la vérité des choses , vous auez vne imagination , qui mieux que toutes celles du monde , en sçait discerner la beauté. Et comme il n’y a personne aujourd’huy, qui ait tant d’interest que les choses parfaites soient estimées; il n’y en a point aussi qui les sçache loüer si bien que vous. C’est vous flatter bien modestement, Madame , que de dire que vous les sçaiiez connoistre ; puis que ie pourrais assurer, que quand il vous plaist, vous les sçauez faire en perfection. En effet , H est arriué beaucoup de fois , qu’en vous joüant vous auez fait des desseins que Michel-Ange ne desauoüeroit pas. Et de plus, un vous peut vanter d’auoir mis au monde vn ouurage qui passe tout ce que la Grece et l’Italie ont iamais veu de mieux fait, et qui pourrait faire honte à la Minerue de Phidias. Il n’est pas difficile d'entendre que c’est de Mademoiselle vostre Fille que ie veux parler : en laquelle seule on peut dire, Madame, que vous auez fait ])lusieurs miracles. Mais il faudrait vne main plus hardie que la mienne, pour entreprendre de représenter ce qui est en vous et en elle : et ie ne le pourrais pas en vn gros livre, moy qui sçay mettre dans une feuille de (wpier des armées toutes entières, et y faire voir en leur grandeur la Mer et les Montagnes. le me contenteray donc de dire auec beaucoup de respect et de vérité, que ie suis.

Voslre , Ktc.

A I,A MESME

LETTRE VI

Madame, ^

Depuis que ie n’ay eu l’iiomieur de vous voir, j’ay eu des maux qui ne se peuuent dire. Mais ie n'ay pas laissé, auec tout cela, de me souucnir de ce que vous m'auiez commandé. En passant par | b^pernay, ie fus voir de vostre part Monsieur le Marest;hal Strozzi : I et son tombeau me sembla si magnifique , que voyant en quel estai / j’estois , et me trouiiant tout porté , j’eus enuie de me faire enter- ) rer auec luy. Mais on en fit quelque difficulté , pource que l’on Irouua que j’avois encore trop de chaleur. le me résolus donc de faire porter mon corps jusqu’à Nancy ; oii enfin. Madame, il est

Digii . :d by Googic

DE MONSIEVR DE VOITVRE

arriué si maigre et si défait , que ie vous asseure que l’on en met en terre beaucoup qui ne le sont pas tant. Depuis huit iours que j’y suis, ie n’ay pû encore me remettre : et plus ie me repose , plus ie in’en trouue las. Aussi , il y a si grande différence des quinze iours que i’ay eu l’honneur d’estre auecque vous, aux quinze derniers que j’ay passez, que ie in’estonne comme ie la puis souffrir : et il me stuiible que Monsieur Margone qui est icy Maistre d’école , et ; inoy. sommes les deux plus pitoyables exemples que l’on puisse / voir du changement de la fortune, l’ay des eslouffemens et des foi-, blesses, qui me prennent de iour à autre, sans que l’on puisse trouuer icy de Theriaque : et ie suis plus malade que ie ne fus iamais, en vil lieu où il n’y a point de remedes pour nioy. De sorte. Madame, (]ue ie crains fort que Nancy ne me soit aussi funeste qu’il le fut au Duc de Bourgogne : et qu’apres auoir eschappé de grands périls, et résisté à de grands ennemis, aussi bien que luy ; ie ne sois destiné il finir icy mes iours. l’y resisteray pourtant , autant qu’il me sera |)Ossiblc. Car il est vray que j’apprehende de ne plus viure, quand ie songe que ie n’aurois plus l'honneur de vous voir. Et apres auoir failly à receuoir la mort par la main d’vne des plus aimables demoiselles du monde , et manqué tant de belles occasions de mourir en vostre presenoe ; il me fascheroit fort de m’estre venu faire enlerrer à cent lieui's de vous; et de penser que quelque iour, en ressuscitant, j’aurois le déplaisir de me trouuer encore vne fois en Lorraine. Je suis,

Madame, Vostre, etc.

Dr Nancy ce Seplemlire.

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET (I),

sous le nom du Roy d<‘ Suede.

LETTRE VII

Mademoiselle,

Voicy le Lion du NorI , et ce Conquérant dont le nom a fait tant de bruit dans le monde : qui vient mettre à vos pieds les Trophées

(I) Julie-Lucine d'Angennes, ué« rn IS04 , épousa à trente-huit ans le duc de Montausier. Elle devint plus laid dame d'honneur de la rçine Marie-Théreiie, et mourut le 15 novembre 1671.

LETTRES

de rAllemagne ; et qui apres auoir défait l'illy, et abbattii la fortune d'Espagne, et les forces de l’Empire, se vient ranger sous le voslre. Parniy les cris de joye, et les chants de victoire que j’entends depuis tant de iours : ie n’ay rien oüy de si agréable, que le rapport qu’on m’a fait, que vous me voulez du bien ; et dés lors que ie l’ay sçeu, j’ay changé tous mes projets, et anesté en vous seule cette ambition qui embrassoil toute la terre. Cela n’est pas tant auoir retranché mes desseins, comme les auoir csleuez. Car encoiv la terre a ses bornes : et le désir d’en estre le Maistre, est quelquefois tombé en d’autres âmes que la mienne. Mais cét esprit qu’on admire en vous, et qui ne se peut mesurer ni comprendre, ce cauir i|ui est si fort au dessus des Sceptres et des Couronnes , et ces gratis qui vous font régner sur toutes les volontez; sont des biens infinis que personne que moy n’a iamais osé prétendre : et ceux qui desiroient plusieurs Mondes, ont fait en cela des souhaits plus modérez que moy. Que si les miens peuuent reüssir, et si la fortune qui me fait vaincre par tout, m’accompagne encore auprès de vous : je n’enuieray pasà .Mexandre toutes ses conquestes; et ie croiray que ceux qui ont commandé à tous les hommes, n’ont pas eu vn Empire de si belle estenduë que moy. le vous en dirois dauantage. Mademoiselle. Mais ie vay à ce moment donner la bataille à l’armée Impériale, et prendre six heures après Nuremberg. Je suis ,

Mademoiselle ,

Voslre trés-pussionné servüeitr , GVSTAVt: ADOLPHE.

A LA MESME

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