‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 36 sur 229 · I.ETTRK X.XXIV · texte numérisé non relu

I.ETTRK X.XXIV

Moxsif.i n ,

En cinq ou six lipnes, vous auez compris tout ce que ie pouuois «uir de plus agréable au monde : et en me promettant en la présence de mon Maistre voslre eonnersation et vostre amitié , vous auez touché tons mes souhaits. Me proposant cette espérance, il n’y a point de diffienltez que ie ne trouiie supportables. La mer me semblera aisée à passer, pour aller jouir de tant de biens : et tous les plus bonnestes gens de la terre s’embarquèrent autrefois pour vn moindre prix que celny-là. Mais il faut rompre premièrement les encbantemens de Madrid , et surmonter le destin de eette Cour, qui veut que chacun y soitarresté dix ou douze mois, apres le dernier iour qu’il pensoit y estre. Gela , Monsieur, est si vray, qu’ayant fait cél hyner vn effort jHuir en échaper denant ce terme , la force <lu charme me ramena de quarante licnës loin , et ie m’y trouve aujoiird’huy aussi pris que iamais. l'attens pourtant quelques effets de ce que vous dites que vous auez cscrit en ma faueur : et si celte auentnre doit estre achcuée piir vn des plus bonnestes hommes du inonde, j’espere que ie vous denray ma deliurance. le sçay. Monsieur, que ce ne sera pas la plus belle que vous ayez mise à fin : mais ce sera, ie vous asseure, vue des plus difficiles et des plus i listes. Ciir, sans mentir, vous auez quelque inlcrest, d'auoir soin d'vne personne qui vous honore si véritablement que ie fais : et tenant le lieu où vous estes, il n'y a rien que vous ne troniiiez plus aisément que des affections aussi pures ipie la mienne. Ceux qui occupent des places comme la vostre, sont d’ordinaire Irailtez comme des Itieiix. Plusieurs les craignent, tons leur .sacrifient, mais il y en a peu qui les aiment : et ils trouuent plus aisément des

ÜH MüNSIEVH DE VUITVKE. I l.'J

adurateiirs, quf «les amis, l’oiir moy, Moiisicnr, ie vous ay loiisiuurs considéré vous-niesme, séparé de tout ce qui n’en est jmis. le voy des choses en vous, plus grandes et plus éclatantes que voslre fortune, et des qualitcz auec lesquelles vous ne syauriez ianiais estre vn homme ordinaire. Vous iugerez qiur ie dis cecy auec heaiicoiq) (le connoissance : si vous vous souuenez de l’entretien que j’eus l’honneiird’auoir auec vous dans cette prairie de Chirac ; où m'ayant ouucrt vostre cieur. J’y vis tant de resolution, de force , et de générosité, que vous acheuastes de gagner le mien, le connus alors que vous auiez de si saines opinions de tout ce qui a accoutumé de tromper les hommes : que les clioses qu’ils consideroient le plus en vous , estoient celles que vous iiigiez le moins ; et que personne ne juge d’vn tiers, auec moins de passion, que vous jugiez de vousmesme. le vous auoüc. Monsieur, qu’en ce temps-là, vous voyant tous les iours marcher sur des précipices , auec. viuî contenance gaye et asseurée,et ne jugeant pas que la constance pùst aller jusques-là : ie trouuois quel(|ue sujet de croire que vous ne les appcrceuicz pas tous. Mais vous m’appristes, qu’il n’y auoit rien en vostre personne , ni à l’entour, que vous ne connussiez auec vue clarté merueilleuse : et que voyant à deux pas de vous la prison et la mort, et tant d’autres accidens qui vous menaçoient, et d’autrt; costé les honneurs, la gloire, et les plus hautes recompenses , vous regardiez tout cela sans agitation, et voyiez des raisons de ne pas trop enuier les vns, et de ne point craindre les autres. le fus estonné qu’vn homme noim’y toute sa vie entre les bras de la fortune, sceut tous les secrets de la Philosophie : et que vous eussiez appris la Sagesse en vn lieu, où tous les autres la perdent. Dés ce moment. Monsieur, ie vous mis au nombre de trois ou quatre personnes que j’aymc , et que j’honore sur tout le reste du monde , et adjoustay beaucoup de respect et d’estime à la passion que j’auois tousiours eue pour vous. l’cn formay vne autre affection beaucoup plus grande. C’est celle-là que j’ay encore, et que ie conserueray toute ma vie, en vn si haut poinct, qu’il est vray que vous deuez la reconnoistre, et témoigner que ce vous est quelque contentement, que ie sois , autant que je suis ,

Moxsibub , Vostre, etc.

De Madrid, ce 8 lulii 103:).

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