I.ETTRE LXIV
Mademoiselle,
Ayant de si grandes obligations à Madame de Combalet , i’aurois grande honte de n’auoir point parlé d’elle. Mais dans vne lettre oii ie n’ay rien dit de .Madame vostre Mere , il me semble qu’il m’est permis d’y oublier tout le monde. le croy que c’est elle qui a mis les quatre lignes Espagnoles du Roy Chiquito. le ne connois pas asseurément son escriture. Mais ie reconnois l’air dont elle a accüustumé d’cscrire : qui est si galant, et qui luy est si particulier, que l’on n’y peut estre trompé , et que personne ne le sçauroit imiter. Pour ce qui est de vous , Mademoiselle , ie vous dis icy tout bas, et d’un stile moins releué que le commencement de cette lettre , et ainsi plus croyable , que toutes celles que ie \oy à cette heure, m’estonnent. Elles sont beaucoup meilleures, que celles pour lesquelles ie vous admirois tant autrefois, et que ie croyois les plus belles du monde : et quoy que ie ne sois guere enuieux, j’aiirois beaucoup de dépit qu'il y eust vn homme en France, qui sceust
(1) L'En/er d' Anastarax, c’oloit la (winc où otoil mnnsietir de Monlaiisier p.ir les liizarreries de inadnine Aubry. (Noie de Tntleinanl.)
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ps<7i'ire aussi bien que vous. Il n'a pas plù à Mademoiselle l*aulcl , me faire riioimeur de m'eserire. le voy bien que ces grandes b tires <|iie ie luy escriuois d’Kspagne , l’ont lassée, le me eorrigeray facilement de cela : et il me sera bien plus aisé de in’rmpesclier de luy escrire trop, que de l'aimer trop. Le seul boiumc, dont ie n'ay iamais parlé, m’a semblé le seul dont ie ne deuois iamais parler : et cpi'il estoit plus necessaire , de luy donner des preuues de ma discrétion, que de mon affection. Parlant si souiicnt de tous ceux qui sont à l’cniour de luy ; j’ay crou «pi'il jugeroit bien , que ce n’estoit |ias oubly, que le laisser seul sans luy rien dire, et qu’il ne sçaiiroil croire de moy que ie puisse oublier vue personne , que ie dois respecter et seruir sur toutes celles du monde, pour tant de differentes raisons. Mais ie ne sçay pas pour(|uoy il dit, ipie nous aurons beaucoup de disputes sur l'Rspagnol ; si ce n’est qu’ayant tousiours eu l’auantage sur moy on toutes celles que nous avions euiHv ensemble par le jtassé , et sçaebant quel plaisir c’est que de disputer et de vaincre , il me veuille préparer ce contentement pour mon retour, en m’attaquant sur vn sujet, où ie ne puis auoir que toute sorte d’auantage. le croy, Mademoiselle, que vous me pardoniterez tout ce que j’ay adjousté dans cette lettre : puis que c’est pour des personnes, que vous n’aimez pas moins que vous-mesme. Permettezmoy, s’il vous plaist, de vlire encore à Monsieur votre frere, que ie l’aime, autant, que quand ie luy dis adieu : et que ie suis son tres- Immble et tres-obeïssant seruiteur. Encore vne fois, Mademoiselle, je vous baise tres-humblement les mains de l’Iionneur que vous in’auez fait de m’écrire, le n’ay pas tant eu de joye de me trouuer icy, que d’y trouuer vostre lettre. Mais s’il vous plaist auoir encore vne fois cette bonté pour moy : j’aimerois mieux qu’elles fussent vn peu moins éloquentes , et qu’elles fussent plus aimables. Tout de bon, vous me faites peur : et quand ie voy vostre esprit si haut, il me semble, qu'il n’est pas possible que j’y puisse jamais atteindre, ny que j’y aye place. Parmy tant de belles paroles qu’il y en ait quelques vues do bonnes! R’asseurez-may de ma crainte. Car, sans mentir, j’en ay besoin : et ie mérité en quel(|ue sorte que vous ayez vn peu soin de moy.
A MONSEHiINKVR LE DVC DE BELLF>GARDE.
LETTRE LXV
Monskiünevh ,
C’est Monsieur de Cliaude-bounc, qui me fait prendre la liardiessc de vous escrire : et dans l’ennuy dont il me voit accablé, il m’a voulu donner cette consolation. Il est vray. Monseigneur, qu'entre les plus grands sujets d’aflliction que j’ay receus en ce pais, ie mets le desplaisir de ne vous y auoir point trouué. le m’estois préparé à cét exil, sur l’esperance de le passer auprès de vous : et ie croyois que ie trouuerois tousiours la France en quelque part oii vous seriez. Mais c’eust esté vn trop grand soulagement pour vii homme qui estoit destiné à estre mal-heureux : et la fortune n’a pas accoustumé de faire tant de grâce à ceux qu’elle pei-secute. Caîpendant, Monseigneur, ie prens à bon augure, de ce qu’elle nous r’approche du lieu où vous estes : et ie croiray qu’elle se veut reconcilier auec nous, si elle- nous rend le bonheur de vostre présence. Car pour dire vray. Monseigneur, ie ne puis penser qu’elle vous ait entièrement abandonné : et c’est assez qu’elle soit femme , pour croire qu’elle ne vous peut haïr, et qu’elle reuiendra bien-tost à vous. Au moins, à son defaut, aurez-vous tousiours cette extrême sagesse, et cette grandeur de courage qui vous ont accompagné par tout, et dont vous auez depuis quelque temps donné de si bonnes preuues , que ie doute si ces années de mal-heurs ne vous ont pas esté plus auantageuses que les autres, le continuërois icy , Monseigneur , bien volontiers ce discours. Mais ie crains de n’vser pas assez discrettement de la liberté que l’on m'a donnée. “*