LETTRE LXI.X
Monseigjievb,
Encore faut-il que vous ayez quelque mortification dans vos triomphes : et qu'ayant à toute heure le plaisir d’entretenir des gens de guerre tout vostre saoul, vous preniez pour vn moment eu pticnce, l’entretien d’vn homme de lettres. Nous ne sçaurions .souffrir à Paiis, que vous soyez si aise à Mets : et ne pouuant pas empeschcr vos joyes, nous voulons au moins les interrompre, le n’aiirois pourtant pas esté si hardy que de l’entreprendre : s’il ne ni’auoit esté commandé par vne Dame, à qui rien ne se peut refuser; et à laquelle, ceux mesmes à qui se soùmettent les armées, et leurs Generaux, ne feroient pas de difficulté d’obéir. Il est vray. Monseigneur, que toutes les fois, que ie m’imagine de vous voir auec huit ou dix Mestres de Camp à l’entour de vous : j’ay pitié de Terenee, de Virgile et do moy, ie plains extrêmement ceux qui désirent iev que vous-vous souueniez souiient d’eux , et ie suis asseiiré, qu’il n’v a point de si petit bastion en vostre place, qui ne vous soit plus considérable, et que vous n’aymiez beaucoup plus que moy. Toutefois, ie n’osois pas en murmurer. le considerois, qu’il y auoit quelques personnes, qui auoient plus de droit de s’en plaindre : et ie ne voulois pas aiioir de different auec vn homme, que l’on dit qui peut disposer de toutes les troiippes du Mareschal de la Force. Mais à celte heure que l’on m’a donné la hardiesse de parlei', et qu’il y a icy (les i>ersonnes qui m’aiioiiëronl de tout ce que j’iVriray ; ie ne
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tTaiiulray point de vous dire, que c’est vne chose exlrémenient pitoyable, que vostre affection qui estoit il y a peu de temps partagée entre tes plus ayinables personnes du monde, soit maintenant comme donnée au pillage aux gens-d’arines. le ne suis pas bien maistre de moy, et tout mon esprit se rcnuerse : quand ie songe que la place ([u’auoit en vostre cœur la plus adorable créature (I) qui fust iamais, est peut-eslre à cette heure tenue par le Colonnel Ebron(2);que Madame do Gombalet, et Mademoiselle de Rambouillet , ont quitté la leur à un Ayde de Camp, ou à vn Sergent Major, et que vous aurez donné la mienne à quelque misérable Anspesade. Cette pensée. Monseigneur, nous met tous icy dans vue tristesse, qui ne se peut exprimer. 11 n’y a qu’une personne qui est plus constante que les autres, et qui asseure que l’on ne doit pas croire de vous vne si grande injustice. Celle dont ie vous parle est vne Demoiselle ’**, blonde, blanche et grasse, plus gaye, et plus belle, que les plus beaux iours de cette saison , et telle qu’à peine en trouuericz-vüus trois en tout le pais Messin, si bien faites qu'elle. Elle a des yeux , dans lesquels il semble que toute la lumière du monde soit renfermée ; vn teint qui obscurcit toutes choses : vne l>ouche que toutes celles du monde ne scauroienl assez Joiier, pleine de traits et de charmes, et qui ne s’ouure et ne se ferme iamais, qu’auec esprit et jugement. Selon que ie la viens de dépeindre, vous jugerez bien que c’est vne beauté fort differente de celle de la Reyne Epicharis. Mais si elle n’est pas si Egyptienne qu’elle, elle ne laisse pas d’estre pour le moins aussi voleuse. Dés sa première enfance , elle vola la blancheur à la neige , et à l’yuoirc , et aux perles, l’éclat et la netteté. Elle prit la beauté et la lumière des asires ; et encore il ne se. passe guere de iours, qu’elle ne dérobé quelque rayon au Soleil, et qu’elle ne s’en pare à la veue de tout le monde. Dernièrement, en vue assemblée qui se lit au Louure : elle osta la grâce et le lustre à toutes les Dames, et aux diamants qui les couuroient. Elle n’épargna pas mesme les pierreries de la Couronne sur la teste de la lleyue : et elle en sceut enleucr ce qui estoit de plus brillant et de plus beau. Cependant, quoy que tout le monde connoisse sa violence, personne ne s’y oppose. Elle fait auec impunité ce (jui luy plaisl. Et bien rpi'il se trouue à Paris des gens (pii prennent les Ducs et Pairs dés le lendemain de leurs nopces, il n’y
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(1) .Mail.ime la Princesse.
(2) I.e colonel lléliron était un Ecossais au senicede France.
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a pas (rhoiiimos assez hardis, pour entreprendre de l’arrester. Mais (|Uoy (prelle st)it eriielle pour tout le monde, elle me semble assez douce, pour ce <pii vous regarde. Klle m’a commandé de vous dire, qu’elle n’a [Kiint les délianees que les autres ont de vous ; et qu’en reeonnoissanee de cela, elle vous prie de luy renuoyer six ares triomphaux, du reste de vostre entrée, quatie douzaines d’exelamatious publiques, et les o'iiures p<iétiquesdii Landgraue de Hesse. le vous conseille de faire exactement tout ce qu’elle desire, et d’éuiter sur toutes choses de vous mettre mal auec elle. Car si elle entreprend de vous faire du mal, vostre compagnie de Gendarmes, et celle de vos Cheuaux-legers, ne vous cmpescheront pas d'estre pris. Mets n'est pas vue assez bonne place, pour vous défendre contre son pouuoir. .Mais, Monseigneur, ie ne considéré pas que ie vous entretiens trop long-temps parmy tant d'affaires que vous auez : et si ie fais ma lettre plus longiu', ie crains que vous remettiez à la lire quand la paix sera faite. le scrois pourtant bien fasché que vous n’en vissiez pas la fin : puis que ce qui m’imjiorte le plus, est que vous n'y leussiez pas les protestations tres-serieuses que ie vous fais, que de tant de personnes qui ont receu de vos bien-faits, il n’y en a point qui soit auec plus de zele et de respect que moy,
Vnutrp, etc.
A MADEMOISKLLK DE KAMHOVIi.l.ET,
en luy envoyant douze galons de ruban d’Angleterre, pour vnc Discrétion <pi'il auoit perdue contrc-clle.