‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 60 sur 229 · LETTRE LXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXIV

Monsievr,

le vous auoQc que j’aime à me venger ; et qu’apres auoir souiTcrt durant deux mois , que vous vous soyez mocqué de la boftne espérance que j’auois de nos affaires; vous en auoir ouy condamner la conduite par les euenemens ; et vous auoir veu triompher des victoires de nos ennemis : ic suis bien aise de vous mander que nous auons repris Corbie. Cette nouuelle vous estonnera, sans doute, aussi bien que toute l’Europe , et vous trouuerez estrange , que ces gens que vous tenez si sages , et qui ont particulièrement cét auantage sur nous, de bien garder ce qu’ils ont gagné, ayent laissé reprendre vue place, sur laquelle on pouuoit juger que tomberoit tout l’effort de cette guerre, et qui estant conseruée, ou estant reprise, deuoit donner pour cette année, le pri.x et l’honneur des armes, à l’vn ou à l’autre party. Cependant, nous en sommes les luaistres. Ceux que l’on auoit jettez dedans, ont esté bien-aises (|ue le Koy leur ait permis d’en sortir : et ont quitté auec joye ces Iwistions qu’ils auoient esleucz , et sous lesquels il sembloit qu’ils se voulussent enterrer. Considérez donc , ie vous prie, quelle a esté la fin de cette expédition qui a tant fait de bruit. Il y auoit trois ans (|ue nos ennemis meditoient ce dessein, et qu’ils nous mena<;»ient (le cét orage. L’Espagne et l'Allemagne auoient fait pour cela leurs derniers efforts. L’Empereur y auoit enuoyé ses meilleurs Chefs, et sa meilleure Caualerie. L’Armée de Flandres auoit donné toutes scs meilleures troupes. Il se forme de cela vne armée de vingt-cinq mille chenaux, de quinze mille hommes de pied, et de quarante canons. Cette nuée , grosse de foudres et d’esclairs , vient fondre sur la Picardie, qu’elle trouue à dcscouiicrt, toutes nos armes estant occupées ailleurs. Ils prennent d’abord la Capcllc et le Castclet. Ils attaquent et prennent Corbie en neuf iours. Les voila maistrcs de la riuicrc. Us la passent. Us rauagent tout ce qui est entre la Somme et l’Ciisc. Et tant que personne ne leur résisté : ils tiennent courageusement la campagne, ils tuent nos pai'snns, et bruslent nos villages. Mais sur le premier bruit qui leur vient, que Monsieur s'auanre auerque vne armée, et (|uc le Roy suit do prés; ils

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se retirent , ils se reiranclieiit derrière Cürl>ie ; et ciuaiid ils a|)|>i t iinent que l’on ne s’arreste point , et qm; l’on marche à eux teste baissée : nos CoiU|nerans abandonnent leurs retraneheinens. Ces [wiiples si braues et si belliqueux, et que vous dites qui sont nez pour commander à tous les autres, fuient devant vue armée, qu'ils (lisoient estre composée de nos cochers et de nos laquais, et ces gens si déterminez, qui deuoieut i)crcer la France jusques aux l’yrenées, qui menaçoient de piller Paris, et d’y venir reprendre jusques dans Nostre-üame les ürappeaux de la baüiille d’Auein, nous permettent de faire la circonuallation d’vnc place qui leur est si importante ; nous donnent le loisir d'y faire des Forts, et en suite de cela nous la laissent attaquer et prendre par force à leur veuë. Voila où se sont terminées les brauades de Picolomini , qui nous enuoyoitdirc par ses trompettes , tantost qu’il souhaitloit (|ue nous eussions de la poudre, tantost qu’il nous vinst de la Caualeric : et quand nous auons eu l’vu et l’autre, il s’est bien gardé de nous attendre. De sorte , Monsieur, que hors la Caindle et le Castelet, qui sont de nulle considération : tout le fruit qu’a jn'cxluit cette grande et victorieuse armée, a esté de prendre Corbie pour la rendre , et fanir la remettre entre les mains du Roy, auec vue contrescarpe, trois bastions, et trois demy-lunes qu’elle n’auoit point. S’ils auoient pris encore autres <lix de nos places auec vn pareil succez, nostre frontière on scroit en meilleur estât, et ils l’auroient mieux fortifiée , que ceux qui iusques icy en ont eu la commission. Vous semble-t’il que la reprise d’Amiens, ait esté en rien plus importante , ou plus glorieuse que celle-cyl Alors la puissance du Royaume n’estoil point diuertie ailleurs; toutes nos forces furent jointes ensemble pour cét effet, et toute la France se trouua douant vne place. Icy, au contraire , il nous a fallu reprendre ccllc-cy dans le fort d’vne infinité d’autres affaires , qui nous pressoient de tous costez, en vn temps où il sembloit que cét Estât fust épuisé do toutes choses, et en vne saison, en laquelle, outre les hommes, nous allions encore le Ciel à combatre. Et au lieu que douant Amiens les Espagnols n’eurent vne armée que cinq mois apres le .siège , pour nous le faire louer ; ils en auoient vne de quarante mille hommes à Corbie , douant que celuy-cy fust commencé. le in’asseiu^, que si cét éuenementne vous fait pas deuenir bon François, au moins il vous mettra en colere contre les Espagnols; et «pic vous aurez dépit de vous estre affectionné à dos gens , «pii ont SI peu de vigueur, et qui se sçauent si mal .soruir do leur aiiaiitago. Cependant , ceux qui ni haine ilec« hi\ «pii gniuiorne, hai.ssi'iit leur

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|)m|irc |iiiïs , ut qui pour purdro vn lionime soûl, voudroient que lu Franco so perdist, se inoquoicnt de tous les préparatifs que nous luisions pour remedier à cette surprise. (Juand les troupes que nous unions icy louées prirent la route de Picardie : ils disoient que c’estoit des victimes que l’on alloit immoler à nos ennemis; que cette armée se fondroit aux premières pluyes, et que ces soldats ipii n’estoient point afiuerris, fuïroient au premier aspect des troupes Espagnoles. Puis, quand ces troupes dont on nous menaçoit se furent retirées, et que l’on prit dessein de bloquer Corbie : on condamna encore cette resolution. On disoit , qu’il estoit infaillible que les Espagnols l’anroient pourueüe de toutes les choses necessaires* ayant eu deux mois de loisir pour cela : et que nous consumerions denant cette place, l>eaucoup de millions d’or, et beaucoup de milliers d’hommes, pour l’auoir peut-estre dans trois ans. Mais quand on se résolut de l’attaquer par force , bien auant dans le mois de Noueinbre : alors il n’y eut personne qui ne criast. Les mieux intentionnez auoüoient qu’il y auoit de l’aueuglement : et les autres disoient qu’on auoit peur, que nos soldats ne mourussent pas assez-tost de misere et de faim : et que l'on les vouloit faire noyer dans leurs propres tranchées. Pour moy, quoy que ie sceusse les incoimnoditez qui suiuent nécessairement les sieges , qui se font en cette saison , j’arrestay mon jugement, le pensay que ceux qui auoient présidé h ce conseil , auoient veii les mesmes choses que ie voyois , et qu’ils en voyoient encore d’autres que ie ne voyois pas : rju’ils ne se scroient pas engagez legerement au siégé d’vne place sur laquelle toute la Chrestienté auoit les yeux : et dés que ie fus asseuré qu’elle estoit attaquée , ie ne doutay quasi plus qu’elle ne deust estre prise. Car, pour en parler sainement, nous auons veu quelquefois Monsieur le Cardinal se tromper dans des choses qu'il a fait faire par les autres. Mais nous ne l’auons iainais veu encore! manquer dans les entreprises qu’il a voulu executer luy-mesme , et qu’il a soustenués de sa presence. le creus donc qu’il siirmonteroit toutes sortes de diflicultez : et que celuy qui auoit pris la Rochelle, iiulgré rOcean, prendroit encore bien Corbie, en dépit des pluyes et de l’Hyucr. Mais puis qu’il vient à propos de parler de luy, et qu’il y a trois mois que ie ne l’ay osé faire, permettez-le moy à cette heure : et trouuez bon que dans l’abbatement où vous met cette nouuclle , je prenne mon temps de dire ce que ie pense.

le ne suis pas de ceux qui ayant dessein , comme vous dites, de conuerlir des eloges en breuets, font des miracles de tontes les actions de Monsieur le t’ardinal; portent ses loùangi's an delà de

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ce que peuuent et doiuent aller celles des hommes , et à force de vouloir trop faire croire de bien de luy, n’en disent que des choses ineroyables. Mais aussi n’ay-ie pas cette basse malignité , de haïr vn homme , à cause qu’il est au dessus des autres : et ie ne me laisse non plus emporter aux affections, ni aux haines publiques, que ie sç.ay estre quasi tousiours injustes, le le considéré auec un jugement, que la passion ne fait paneher ni d’ui eosté ni d’autre : et ie le voy des mesmes yeux dont la postérité le verra. Mais lors que dans deux cens ans , ceux qui viendront apres nous , liront en nostre histoire, que le Cardinal de Richelieu a démoly la Rochelle, et abbattu l’Heresie, et que par vn seul Traitté, comme par vn coup de rets , il a pris trente ou quarante de ses villes pour vne fois : lors qu’ils apprendront que du temps de son Ministère, les Anglois ont été battus et chassez, l’ignerol conquis, Gazai secouru, toute la Lorraine jointe à cette Couronne , la plus grande partie de l’Alsace mise sous nostre pouuoir, les Espagnols deffaits à Veillanc , et à Auein, et qu’ils verront que tant qu’il a présidé à nos affaires, la France n’a pas un voisin, sur lequel elle n’ait gagné des places, ou des batailles : S’ils ont quelque goutte de sang François dans les veines, et quelque amour pour la gloire de leur pais, pourront-ils lire «•es choses sans s’affectionner à luy ? et à vostre aduis l'aimeront-ils, ou l’estimeront-ils moins, à cause que de son temps les rentes sur l’Hostelde Ville se seront payées vn peu plus tard, ou que l’on aura mis quelques nouucaux Officiers dans la Chambre des Comptes? Toutes les grandes choses coustent beaucoup; les grands efforts abbattent , et les puissans remedes affoiblissent. Mais si l’on doit regarder les Estais comme immdrtels, et y considérer les commoditez à venir comme présentés ; contons combien cét homme, que l’on dit qui a ruiné la France, luy a espargné de millions, par la seule prise de la Rochelle , laquelle , d’icy à deux mille ans , dans toutes les minoritez des Roys, dans tous les mécontentements des Grands, et dans toutes les occasions de reuoltes , n’eust pas manqué de se rebeller, et nous eust obligez à vne etemelle despense. Ce Royaume n’auoit que deux sortes d’ennemis qu’il deusl craindre, les Huguenots, et les Espagnols. Monsieur le Cardinal dans les affaires, se mit en l’esprit de ruiner tous les deux. Pouuoit-il former de plus glorieux , ni de plus vtilcs desseins? Il est venu à bout de l’vn , et il ii’a pasacheué l’autre. Mais s'il eust manqué au premier, ceux qui nient à cetU^ heure, que ç’a esté vne résolution tenieraire, hors (!<• temps, et au dessus de nos forces, que de vouloir atlaqiiiT et abbalre celles d’Espagne, et «pie l’expcrienee l'a bien montré;

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n'am oienl-ils pas condamné de mesrac le dessein de perdre les Huguenots? n’auroient-ils pas dit, qu’il ne falloit pas recommencer vne entreprise où trois de nos Roys auoient manqué, et à laquelle le leu Roy n’auoit osé penser? Et n’eussent-ils pas conclu, aussi faussement qu’ils font encore en cette autre affaire , que la chose n’estoit pas faisable, à cause qu’elle n’auroit pas esté faite? Mais iugeons, ie vous supplie, s’il a tenu à liiy, ou à la Fortune, qu’il ne soit venu à bout de ce dessein. Considérons quel chemin il a pris pour cela , et quels ressorts il a fait jouer. Voyons s’il s’en est fallu beaucoup , qu’il n’ait renuersé ce grand arbre de la Maison d’.\ustricbe : et s’il n’a pas esté ébranlé iusqiics aux racines, ce tronc , qui de deux branches coiiure le Septentrion et le Couchant , et qui donne de l’ombrage au reste de la Terre. 11 fut chercher iusques sous le Pôle, ce Héros qui sembloit estre destiné ù y mettre le fer, et à l’abbatre. Il fut l’esprit meslé à ce foudre , qui a remply r.\llemagne de feu et d’éclairs, et dont le bruit a esté entendu par tout le monde. Mais quand cét orage fut dissipé, et que la fortune en eut destourné le coup, s’arresta-t-il pour cela? et ne mit-il pas encore vne fois l’Empire en plus grand hazard qu’il n’auoit esté par les pertes de la bataille de Leipsic, et de celle de Liitzen? Son adresse et ses pratiques nous firent auoir tout d’vn coup vue armée lie quarante mille hommes, dans le cœur de l’Allemagne, auec vn Chef qui avoit toutes les qualitez qu’il faut pour faire vn changement clans vn Estât. Que si le Roy deSuede s’est ietté dans le péril, plus auant que ne deuoit vn homme de ses desseins, et de sa condition, et si le Duc de Fridiandt, pour trop différer son entreprise, l’a laissée descouurir : pouuoit-il charmer la balle qui a tué celuy-là ' au milieu de sa victoire, ou rendre celuy-cy impénétrable aux coups de pertuisane? Que si en suite de tout cela , pour acheiier de |)erdre toutes choses , les Chefs qui commandoient l'Armée de nos Alliez deuant Norlinghen, donnèrent la bataille à contre-temps : estoit-il au pouuoir de Monsieur le Cardinal , estant à deux cens licuës de là , de changer ce conseil , cl d’arrester la précipitation de ceux qui pour vn Empire (car c’estoit le prix de celte victoire;) ne voulurent pas attendre trois iours? Vous voyez donc, que pour sauner la Maison d’Austriche, et pour destourner ses desseins, que; l’on dit à cette heure auoir esté si temeraires , il a fallu que la Fortune ait fait depuis trois miracles : c’est à dire trois grands éuenelueus, cpù, vrayscmblablemeni, ne (hmoient pas arriuer; la mort du lloy de Suède, celle du Duc de Fridiandt, et la perle de la bataille de Norlinghen. Vous me direz, (pi’il ne se peut pas plaindre de la

Fortune, pour l’aiioir trauei’sé en cola; puis qu’elle l’a seniy si tidellemenl dans toutes les autres choses: que c’est elle qui luy a fait prendre des places, sans qu’il en eust iamais assiégé auparauant; qui luy a fait commander heureusement des armées, sans aucune expérience : qui l’a mené toûjours comme par la main , et sauué d’entre les précipices, où il estoit jetté, et enfin qui l’a fait souuent paroislre hardy, sage et preuoyant. Voyons-le donc dans la mauiiaise fortune : et examinons, s’il y a eu moins de hardiesse, de sagesse et de preuoyance. Nos affaires n'alloicnt pas trop bien en Italie : et comme c’est le destin de la France de gagner des batailles, et de perdre des armées, la nostre estoit fort déperie depuis la dernière victoire qu’elle auoit emportée sur les Espagnols. Nous n’auions gueres plus de bonheur deuant Dole , où la longueur du siégé nous en faisoit attendre vne mauiiaise issue : quand on sceut que les Ennemis estoient entrez en Picardie ; qu’ils auoient |)ris d’abord la Capelle, le Castelet, ctCorbie,et que ces trois places, qui les deuoient arrester plusieurs mois, les auoient ù peine an'estez huit ioiirs. Tout est en feu jusques sur les bords de la riuierc d’Oise. Nous pouuons voir de nos fauxbourgs la fumée des villages qu’ils nous brûlent. Tout le monde prend l’allarme, et la Capitale ville du Royaume est en effroy. Sur cela on a aduis de Rourgogne , que le siégé de Dole estoit leiié : et de Xaintonge, qu’il y a quinze mille paisiuis reuoltez, qui tiennent la campagne, et que l’on craint que le Poictou et la Guyenne ne suiuent cét exemple. Les mauuaises nouuclles viennent en foule ; le Ciel est couuert de touscostez; l’orage nous bat de toutes parts ; et il ne nous luit pas de quelque endroit que ce soit vu rayon de bonne fortune. Dans ces tenebres, Monsieur le Cardinal a-t-il veu moins clair "f a-t-il perdu la Tramontane? durant cette tempestc, n’a-t-il pas tousiours tenu le goiuiernail d’vnemain,et la boussole de l’autre ? s'cst-il jetU; dedans l’esquif pour se sauuer?et si le grand vaisseau qu’il conduisüit auoit à st: jxirdrc : n’a-t-il pus tesmoigné qu’il y vouloit mourir deuant tous les autres? Est ce la Fortune qui l’a tiré de ce Labiriulhc : on si ç’a esté sa prudence, sa constance, et sa magnanimité? Nos ennemis sont à quinze lieues de Paris, et les siens sont dedans. 11 y a tous les iours aduis, que l’on y fait des pratiques |K)ur le perdre. La France et l’Espagne, par manière de dire, sont conjurées contre luy seul. Quelle contenance a tenu parmy tout lela cét homme, que l’on disoit qui s’estonneroit au moindre mamiais succez, cl (|iii auoit l'ail fortifier le Havre , pour s'y jet 1er a la première maiiuaise foi lune ' Il n'a pas fait vne démarclie eu

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arriéré jrour cela. Il a songé aux périls de l’Kstat , et non pas aux siens : et tout le changement que l’on a veu en liiy durant ce temi>s-là, est qu’au lieu qu’il n’auoit accoustuiné de sortir, qu’aceonqragné de deux cens Gardes , il se promena tous les iours, suitiy seulement de cinq ou six Gentils-hommes. Il faut aduoüer qu’vne aduersité soûlenue de si bonne grâce, et auec tant de force, vaut mieux que beaucoup de prosperitez et de victoires. Il ne me sembla pas si grand, ni si victorieux, le iour qu’il entra dans la Itocbclle, qu'il me le parut alors : et les voyages qu’il fit de sa maison i» r.Areenal , me semblent plus glorieux pour luy, que ceux qu’il a fait delà les monts, et desquels il est reuenu , auccquc Pignerol et Suze. Ouurez donc les yeux , ie vous supplie , à tant de lumière. Ne haïssez pas plus long-temps vn homme, qui est si heureux fi se venger de scs ennemis, et cessez de vouloir du mal à celuy qui le seait tourner il sa gloire, et qui le porte si courageusement. Quittez vostre parly déliant qu'il vous quitte. Aussi bien vue grande partie de ceux qui haïssoient Alonsieur le Cardinal, se sont conuertis par le dernier miracle qu'il vient de faire; et si la guerre peut finir, comme il y a apparence de l’esperer : il trouuera moyen de gagner bien-tost tous les autres. Estant si sage qu’il est, il a connu, apres tant d' expériences , ce qui est de meilleur : et il tournera ses desseins à rendre cét Estât le plus florissant de tous, apres l’auoir rendu le plus redoutable. Il s'auisera d’vne sorte d'ambition qui est plus belle que toutes les autres, et qui ne tombe dans l’esprit de personne ; de se faire le meilleur et le plus aimé d’vii Royaume, et non pas le plus grand et le plus craint. 11 coniioist que les plus nobles, et les plus anciennes eonquestes, sont celles des cœui-s et des affections; que les lauriers sont des plantes infertiles, qui ne donnent au plus que l’ombre, et qui ne valent pas les mois.sons, et les fruits dont la Paix est couronnée. 11 voit qu’il n’y a pas tant de sujet de louange à estendre de cent lieués les liornes d’vu Royaume, qu'à diminuer vn sol de la taille : et qu’il y a moins de grandeur, et de véritable gloire à défaire cent mille hommes , qu’à en mettre vingt millions à leur aise et en seureté. Aussi ce grand esprit, qui n’a esté occupé jusqu’à présent , qu’à songer aux moyens de fournir aux frais delà guerre; à leuer de l’argent, et des hommes ; à prcn- <lre des Villes, et à gagner des batailles : ne s’occupera de.sormais, (|u'à restablir le repos, la richesses et l’abondance. Cette mesme leste qui nous a enfanté Pallas armée : nous la rendra auecipie son oliue, paisible, douce et sçnuante, et siiiiiie de liais les Arts qui marchent d'ordinaire auec elle. Il ne se fera plus de nouueanx Edits ,

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que pour regler le luxe, et pour rcslablir le commerce. Ces grands vaisseaux qui auoient esté faits pour porter nos aniies au delà du Destroit , ne seruiront qu’à conduire n<>s marchandises, et à tenir la mer libre : et nous n’aurons plus la guerre qu’auecqiic les Corsaires. Alors les ennemis de Monsieur le Cardinal ne sçauront plus que dire contre luy, comme ils n’ont sceu que faire jusqu’à cette heure. Alors les Bourgeois de Paris seront ses gardes : et il connoistra combien il est plus doux d’entendre ses louanges dans la bouche du peuple , que dans celle des Poètes. Preuenez ce temps-là, ie vous conjure : et n’attendez pas à estre de scs amis, jiisques à ce que vous y soyez contraint. Que si vous voulez demeurer dans vostre opinion : ie n’entreprens pas de vous l’arracher par force. Mais aussi , ne soyez pas si injuste, que de trouuer mauuais que j’aye défendu la inieuue ; et ie vous promets que ie liray volontiers tout ce que vous m'escrirez, quand les Espagnols auront repris Corbie. le suis ,

Monsibvr ,

De Paris ce M Décembre I63tf.

Vostre , eU\

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