‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 70 sur 229 · LETTRE LXXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVII

Mademoiselle,

Vous ne sçauriez voir à cette heure de moy, que des lettres ennuyeuses. Etneantmoins ie ne me puis empescher de vous cscrire. Mais pardonnez-moy, si ie lâche à me desennuyer : et considérez , que ie n’en puis auoir d’autre moyen que celuy-là. Car en l’humeur oii ie suis, que ie me peusse diuerlir auec Mademoiselle des Coudreaux, et auec Mademoiselle Chesneau, ie ne croy pas que vous

m , LETTRES

vous l’imaginiez , ni que vous croyez , qu’il y ait rien icy qui me puisse empescher vn moment , d’estre le plus triste homme du monde. Parmy beaucoup de sortes de déplaisirs que j’ay , la peine oii ie suis de vostre santé, me tourmente extrêmement. Ce dernier malheur m’a rendu tellement timide, qu’au lieu que ie ne craignois rien, j’apprehende à cette heure toutes choses. 11 me semble que ie ne dois iamais reuoir tout ce que ie perds de veuë. D’autant plus qu’vne personne m’est chere, il me semble qu’il y a plus d’apparence, que ie la dois perdre. Cela estant, Mademoiselle, jugez s’il vous plaist, combien ie dois craindre pour vous : et si ie ne dois pas penser, que si la fortune me veut faire quelque chose de pis, que ce qu’elle vient de faire, ce n’est peut-estre qu’à vous qu’elle se doit attaquer. l’ay vne extrême impatience de me voir bien-tost hors de ces craintes, et hors d’icy : et de trouuer auprès de vous quelque sorte de joye apres tant d’ennuis , ou du moins quelque repos apres tant d’inquietudes. le suis,

rostre, etc.

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