‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 75 sur 229 · LETTRE XCVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XCVIII

Monseicrevb,

l’eusse bien voulu vous porter la lettre qui est auec celle-cy, et vous aller remercier moy-mesme de la faueur que vous m’auez fuite, de me recommander à celuy qui vous l’enuoye. Aussi bien, n’estant pas dcuenu plus homme de bien à Rome : ie voudrais voir si ie ne prafiteruis pas dauantage à Lisieux ; et si vous ne m’apprendriez pas, comme il faut que ie gagne les pardons que j’ay receus du Pape. le croy que ce voyage-là me seroit plus vtile, que celuy que ie viens de faire. Car il est vTay, Monseigneur, que ie ne vous voy iamais , que ie n’en sois meilleur pour quelques iours : et toutes les fois que ie vous approche, ie sens que mon bon Ange reprend de iiouuelles forces, et qu’il me conduit auec plus d’asscurance. Il y a long-temps que j ’ay dans l’esprit, que si Dien veut iamais ma conuersion , il ne se seruira point d’autres moyens, que do vos discours, et de vos exemples, pour me faire cette grâce : et que s’il m’enuoye vne voix du Ciel pour me r’appeller , il me la fera entendre par voslre bouche. Desia il me semble, que la volonté que j’ay de vous seruir, me sanctifie en quelque sorte, et que ie ne sçaurois estre tout

(1) Philippe de Cospéan, prédicateur célébré. Ne en Flandre en l.î58, il mourut évêque de Lisieux le 8 mai 1646. C'est le même qui assistant au.\ derniers moments du eardinal de Richelieu; et, tcrriiiépar le calme qu'il voyait sur les traits du redoutalile ministre, il ne put s'empêcher de dire en latin, à ceux (|ui reiitouraienl : Vinfetlù iiimiiim me terret magna ilia srniritasi - Voilà une sr-eurilé qui me fait Ireinhler. »

ÜE MONSiEVR DE VOITVRE.

à fait propbane, ayant tant de respect et d’affection pour vne personne si sainte. Au moins estes-vous cause , que i’ay quelque passion raisonnable, parmy tant d’autres, qui ne le sont pas, et que dans le déreglement où ie suis, il y a vne partie de mon cœur qui est saine. Quôy que; j’aye accoustumé de l’employer bien mal , et que i'en sois fort mauuais ménager, ie pense auoir mis à couuert pour tousiours ce que vous y auez : et ie ne s^'aurois plus perdre ni engager la place que ie vous y ay donnée. Elle est assez grande , Monseigneur, pour sauuer quelque iour tout le reste : et ie ne désespéré pas , qu’il ne soit bien-tost tout à vous. De temps en temps vous y acquérez quelque chose : et il ne s’en faut plus gueres, que vous n’y ayez autant de pouuoir que tout le reste du monde. Acheuez, ie vous supplie, de le gagner tout|entier ; et resioüissez-vous de cette acquisition, comme d’vne conqueste, que vous aucz faite dans vn pais infidèle, et duquel vous estes destiné à chasser les Idoles, l’ay quelque esperance que cela arriuera : et svachant les témoignages que vous auez rendus en ma faueur; et connoissant d’ailleurs que vous ne sçauricz vous tromper : ie prens pour vne Prophétie tout le bien que vous auez dit de moy, et ie croy que ie seray tel à l’aduenir, que vous auez asseuré au Cardinal Uarberin, que j’estois dés à cette heure. le ne puis assez bien vous exprimer le bon accueil qu’il m’a fait îi vostre recommandation , et l’affection qu’il témoigne auoir pour tout ce qui vous regarde. L'Italie, Monseigneur, ne vous connoist gueres moins que la France : et sans mentir, ie n’ay rien veu à Rome, qui m’ait tant édifié, que l’estime et la passion que l’on y a pour vous. Mais sur tous les autres, le Cardinal Darberin m’a semblé estre parfaitement vostre amy, et auoir pour vostre vertu, cette affection, et ce respect, que vous jettez dans l’ame de tous ceux qui vous pratiquent. Il m’a commandé de vous faire entendre quelques particularitez de sa part, que ie reserue à vous dire , lors que j’auray l’honneur de vous voir, et de vous pouuoir asseurer moy-mesme que ie suis plus que personne,

Monseicnevb, Vostre, etc.

K Paris ce 13 (aiiuier 1^30.

A MONSIEVR DE LYONNE à Rome.

LETTRE XCIX

Monsietb,

Quoy que vous m’ayez donné les plus mauuaises heures que j'aye eues en tout mon voyage, et que personne ne m’ait si mal-traitté à Rome que vous :-ie vous asseure, que ie n’y ay point veu d’homme, que ie désirasse tant de reuoir, ni que ie seruisse si volontiers. Il arriue peu souuent, qu’en ruinant vne personne, on acquière son amitié. Mais vous auez eu cette fortune-là auecque moy : et vôtre Genie est en toutes choses, si puissant dessus le mien : que ie n’ay pii me défendre de vous d’vne façon ni de l’autre, et qu’en me gagnant mon argent, vous auez encore gagné mon cœur, et vous estes rendu maistre de ma volonté. Que si i’ay esté si heureux, que de trouuer quelque place dans la vostre , ce gain-là me dépique detoutes mes pertes, et ie pense auoir plus profité que vous, dans le commerce que nous auons eu ensemble. Quoy que j’aye achetté bien cher vostre connoissance , ie ne crois pas l’avoir payée à beaucoup prés ce qu’elle vaut : et j’en donnerois bien volontiers encore autant, pour trouuer dans Paris vn autre homme comme vous. Cela estant ainsi. Monsieur, vous deuez estre asseuré, que ie feray tousiours tout ce qui pourra me conseruer vn honneur, que j’estime tant , et que ie ne perdray pas legerement vn amy qui m’a tant cousté. l’ay fait tout ce que vous auez désiré dans l’affaire dont vous m’auez écrit : et ie vous obeïray de la mesme sorte dans toutes les choses que vous me commanderez. Car ie suis de tout mon cœur, et aucc toute l’affection que ie dois ,

Vostre, etc.

A P^ris le 7 Feurier 1639.

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