‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 82 sur 229 · I.ETTRE CVII · texte numérisé non relu

I.ETTRE CVII

Madame ,

MuelqiPrne des Fées, à qui vous dites que vous ahaiulnnnez vos

DE MONSIEVR DE VOITVHE. irw

Lettres, apres les auoir escrites , a touché à celle que vous ra’auez enuoyée. Encore faut-il que ce soit vue des plus sçauantes de leur troupe , et qui ait autant demeuré à la Cour, que dans les lx>is. le ne croy pas , qu’il y en ait beaucoup enlre-elles qui en sçeussent faire autant : et ic pense, que la mesme qui vous inspire quand vous parlez, vous a pour cette fois aydé à écrire. Outre les gentillesses que j’y ay remarquées, et les beautez visibles qui y sont : il y a encore quelque chose qui fait que le coeur est touché autant que l’esprit, et vne vertu secrette qui produit des effets extraordinaires. Aussi-tost que i’ay eu acheué de la lire , ie me suis trouué guery de tous mes maux : et comme s’il n’y eust plus eu d’absence au monde, point de désirs, ni de craintes, mon ame a esté dans vne parfaite tranquillité. Cela, Madame, me semble n’auoir pû se faire que par Féerie : et vous aimer comme ie fais, et estre content sans vous voir, n’est pas vne chose qui puisse arriuer naturellement. Quoy qu’il en soit, ie vous suis obligé, de m’auoir mis en l’estât où ie me trouue : et puisque la raison ne me pouuoit consoler, vous auez bien fait d’y employer les charmes, le crains seulement, qu’ils ne durent pas assez. le me défie d’vne joye que ie sens, et dont ie ne voy pas la cause. Et j’ay peur qu’il n’arriue de moy, comme de oes corps, que l'on éuoqiie du tombeau , et qui n’estant animez que par magie, n’agissent que pour peu de temps, et tombent tout à coup , dés que l’enchantement est finy. Ne souffrez pas , que cela soit de la sorte : et puisque vos paroles-n.o r animent, et que vos Lettres sont des caractères auec lesquels ie ne sçaurois mourir . ayez soin de les renouueler tousiours, et faites-moy au moins subsister par artifice, jusqu’à ce que ic vous retrouue, et que vostre présence me redonne vne vcrilable vie. 11 faut croire , que la description que vous me faites de vos auentiircs, est bien agréable, puis qu’elle m’a fait prendre plaisir à tant d’incommoditez que vous auez eues. le vous supplie, continuez à me rendre compte de toutes vos fortunes : et comme vous me dites celles que vous auez eues dans le bois , mandez-moy celles que vous aurez lors que vous coucherez à la'viHe. Au reste, vous auez bien pris l'occasion de faire paroislre, que vous sçauez la ***.

LETTHES

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